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Louis Hamelin : le beau (et mouvementé) projet d'Éva

Créant pour la première fois une histoire autour... (Spectre Média, René Marquis)

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Créant pour la première fois une histoire autour d'un personnage féminin, le romancier sherbrookois Louis Hamelin publie la semaine prochaine Autour d'Éva, racontant l'histoire d'une femme qui tente de prendre du recul en s'exilant en Abitibi mais se retrouve au beau milieu d'un conflit entre un promoteur hôtelier et des militants pro-environnement.

Spectre Média, René Marquis

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(Sherbrooke) C'est en quelque sorte une première dans son parcours romanesque : Louis Hamelin a tissé son récit autour d'un personnage féminin.

« Je voulais sortir d'une certaine zone de confort en racontant une histoire d'un autre point de vue, celui d'Éva. Pour ce personnage-là, je ne me suis pas inspiré de gens autour de moi : j'ai essayé d'imaginer à qui aurait pu ressembler ma soeur si j'en avais eu une. »

Dans Autour d'Éva, sa nouvelle brique qui sera en magasin dès mardi, l'héroïne qu'il a tricotée retourne marcher dans le décor abitibien de son enfance. Après dix ans passés à Montréal, elle a besoin de silence et de quiétude. La forêt boréale est un cocon où atterrir, le chalet de son père est un havre où elle pense se terrer pendant un an. Un an à ne rien faire, sinon nager dans le lac Kanogama.

« J'ai vécu six ans en Abitibi. Je voulais parler de mon expérience là-bas, du silence dans lequel on se rencontre soi-même. On va là un peu pour se trouver, sans doute. C'était un des moteurs de l'écriture, mais il reste qu'au départ, j'avais surtout envie de raconter une bonne histoire, celle d'une jeune femme qui décide d'aller s'installer sur le bord d'un lac pour s'échapper du tourbillon », explique l'écrivain sherbrookois.

« Peut-être parce que j'ai l'impression que ce besoin de calme et de solitude est de plus en plus présent. On mène des vies où on voit le temps fuir sans pouvoir le rattraper... Je trouvais qu'Éva avait un beau projet, finalement. »

Sauf que la parenthèse qu'elle espère vivre au coeur de son repaire de conifères ne dure pas. La jeune femme est vite happée par le mouvement écologiste et citoyen qui se met en branle pour contrecarrer les plans d'un extravagant promoteur. Lionel Viger, surnommé le « Lion de l'Abitibi », caresse l'ambitieux projet de vendre « le silence du Nord » aux Américains. Rien de moins.

« Cet homme d'affaires, il ne m'est pas entièrement antipathique. Je le crois quand il dit être un rêveur. C'est juste qu'il ne rêve pas aux mêmes choses que moi. »

Voyage de puissance

Soucieux de préserver leur forêt, une poignée de riverains se mobilisent pour contrecarrer les projets hôteliers de l'homme d'affaires. « Cette idée d'un conflit entre militants et promoteurs, je l'ai campée dans le nord du Québec, mais elle est très actuelle, elle trouve des échos un peu partout avec les changements climatiques, les sables bitumineux, le pétrole d'Anticosti, les pipelines. Il me semblait intéressant de fouiller ce genre d'affrontements entre des gens qui prétendent que le développement est toujours bon, qu'il y a toujours moyen d'atténuer les contrecoups environnementaux, et d'autres pour qui la préservation des milieux naturels est primordiale. »

À la tête des contestataires se trouve le charismatique Dan Dubois, acteur, documentariste et séducteur en série qui ne laisse pas Éva indifférente. Entre eux, le courant passe. Mais les rapprochements ne se font pas sans casse. Le beau Dubois s'engage un peu moins dans sa vie privée qu'il ne le fait dans sa cause environnementale. Mettons.

« L'histoire d'amour entre Éva et Dan n'est pas idyllique. Peut-être que je détrône la figure de l'artiste engagé héroïque, mais je ne crois pas vraiment aux héros. Le pouvoir est toujours périlleux... Il y a des gens qui accomplissent des choses remarquables, mais personne n'est à l'abri des contradictions. C'est presque une fable politique sur les ennuis que peut apporter un power trip, quand un militant se sent un peu trop investi d'une mission, au point de se percevoir supérieur aux autres. »

Autre personnage pivot : Stan, le père d'Éva, journaliste qui signe tous les textes de l'hebdo local et qui aime un peu trop picoler. Entre le père et sa fille, les retrouvailles sont un peu distantes, au début. Il faut du temps pour retresser des liens.

« Le rapport père-enfant, c'est quelque chose que j'avais peu exploité jusqu'ici dans mes romans. Le fait d'avoir eu des enfants moi-même m'a branché là-dessus, sans doute parce que ça a changé ma perception, ma perspective. »

Des nouvelles de René

Un peu comme un réalisateur invite des apparitions surprises au cinéma, le romancier a aussi planté quelques noms connus ici et là dans son intrigue. Des journalistes, par exemple. Et René Lévesque, à qui il a réservé un brillant échange avec Viger, lors d'une rencontre quelque part en 1976.

« J'aime l'histoire et la politique. Et j'aime faire passer René Lévesque dans mes romans. Je l'avais fait aussi dans La constellation du lynx [Boréal, 2010, Prix des libraires du Québec et Prix littéraire des collégiens]. C'est périlleux, mais c'est un beau défi : on ne peut pas traiter Lévesque n'importe comment », exprime celui qui caressait le projet d'écrire un roman qui amalgamerait politique et environnement depuis nombre d'années, déjà. La vie de famille, les cours qu'il donne à l'Université de Sherbrooke et une opération cardiaque ont ralenti un iota sa cadence d'écriture. Il est aussi de ceux qui relisent et qui raturent, qui coupent des pages et des personnages s'il le faut.

Entre les chinoiseries des uns et des autres, différentes espèces du règne animal rôdent dans les chapitres comme dans une forêt de sapins et d'épinettes noires.

« Il y a une sagesse dans la grandeur de la nature. Mettre côte à côte animaux et humains dans un même décor, c'est une façon de dire qu'on est juste des bibittes nous aussi. »

Au fil des pages, il y a également de l'humour. « Je ne pense pas que j'en avais autant quand j'ai commencé à écrire. C'est venu progressivement. Pour moi, l'ironie est très importante. C'est une façon d'être capable de rire de soi et des autres, même méchamment, au besoin. Dans l'ironie, on refuse d'être un héros, on fait partie du monde avec toutes ses imperfections. »

Vous voulez y aller ?

Lancement du livre Autour d'Éva

Louis Hamelin

Mardi 1er novembre, 17 h

Taverne O Chevreuil, Sherbrooke

Vous voulez lire ?

Autour d'Éva

Louis Hamelin

ROMAN

Boréal

419 p.

Sortie : 25 octobre

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