Yann Perreau : de plume et d'oiseaux

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Canon radiophonique, J'aime les oiseaux a cartonné tout l'été, à l'antenne de toutes les stations. Joli ver d'oreille au rythme dansant, la chanson signée Yann Perreau a séduit les fans de la première heure. Et les autres.

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Canon radiophonique, J'aime les oiseaux a cartonné tout l'été, à l'antenne de toutes les stations. Joli ver d'oreille au rythme dansant, la chanson signée Yann Perreau a séduit les fans de la première heure. Et les autres. Ceux qui ne connaissaient peut-être pas encore l'auteur-compositeur-interprète.

« Des enfants la chantent dans les cours d'école et les ados l'aiment aussi parce que, en dépit de sa facture pop, elle a un petit côté punk, elle dit tout ce qui me tape sur les nerfs, mais avec légèreté. C'est une chanson qui défoule, mais dans la bonne humeur. »

C'est aussi la chanson qu'a choisie le réseau TVA pour habiller les images de l'autopromo de Sucré Salé, au début de la belle saison.

« Ça m'a permis de rejoindre un public qui, d'ordinaire, n'entend pas vraiment ce que je fais. »

Résultat : les oreilles qui se sont tournées vers ce premier extrait ont accroché aux autres chansons de son cinquième disque, Le fantastique des astres. Le chanteur le constate, son auditoire s'est élargi.

Sa constellation de chansons tourne dans les radios plus commerciales, mais elle circule aussi dans les réseaux plus confidentiels. Petit velours pour celui qui n'a jamais cédé aux compromis et qui mène son vaisseau comme il l'entend. Les astres ne sont pas que fantastiques, ils sont alignés.

« J'ai le privilège de vivre de mon art et c'est l'fun de voir qu'au cinquième album, j'arrive à joindre davantage de monde. À surfer encore entre la pop et la création sans cadre formaté, à me promener. Je pense que j'ai réussi à établir ça, avec le temps : on peut chanter du Miron, mais on peut aussi le lendemain entonner une toune populaire sans que ce soit contradictoire. Quand c'est fait avec intégrité et honnêteté, tout va de soi. »

Nourrir le rock

En nomination pour l'album pop de l'année au prochain gala de l'ADISQ, sa galette lancée il y a six mois est pétrie de rythmes dansants, de sons électros, d'ambiances éclatées. Une volonté du chanteur qui, après deux tournées assez intimistes, ressentait le besoin de nourrir son versant plus rock.

« Tout au long de la conception du disque, je pensais au spectacle qui en découlerait. Nous sommes cinq sur scène, avec quelques instruments. Tout le monde chante, il y a passablement d'ambiance, c'est probablement plus électrique encore que sur l'album. C'est un show très organique dans lequel ça rocke, mais dans lequel il y a aussi des vagues plus douces. »

Chaque chanson a ses contours, son paysage sonore : « Pour moi, chacune est comme un film ». Cette vision a inspiré Tante Blanche, intrigant réalisateur qu'on ne connaît que sous ce pseudo. En studio, il a mis en exergue le côté atmosphérique du chapelet de 13 titres en insistant sur l'amorce et la finale de chacun. Très orchestré, l'album est un voyage. Une lancée en orbite dans le cosmos qui habite Perreau. Dans ce musical espace intersidéral, il y a des oiseaux comme des loups, il y a le bruit de la vague comme le doux de l'amour. Et il y a le temps. Celui qui passe, celui qui se dessine devant.

« C'est peut-être parce que je suis au midi de ma vie. J'ai 40 ans, j'ai eu des enfants, j'ai perdu mon père, ma mère a des ennuis de santé. Ça joue... C'est peut-être pour ça que c'est un thème qui est plus important sur cet album-là. Mais je ne l'ai réalisé qu'après. »

Parce que le premier coup de plume est souvent instinctif. Presque issu de l'écriture automatique. Après, seulement, Yann repasse, relit, biffe, corrige et polit. Après, seulement, les liens et les thèmes se dessinent et se recoupent. Un sens plus grand émane.

Des oiseaux partout

Parfois, les choses se font aussi autrement. J'aime les oiseaux est née d'une remarque de Tante Blanche : les petites bêtes à plumes volaient beaucoup, dans le répertoire de Perreau.

« Il m'a dit : "Tu parles tout le temps d'oiseaux dans tes tounes. Fais-en une chanson." Il avait une mélodie en tête, déjà. Je suis parti de ça, j'ai tenté le coup. »

Il a bien fait. La chanson a récolté deux nominations à l'ADISQ (chanson et vidéoclip de l'année).

Dans un autre registre, il a aussi osé l'avenue du plus intime avec la chanson À l'amour et à la mer. Le sujet était sensible, il venait avec une grande charge émotive. Le chanteur s'adresse à sa mère, malade. « J'avais besoin de lui dire des choses, je ne m'attendais pas à être en mesure de le faire sur ce disque-là. C'est probablement l'une des chansons les plus personnelles que j'ai écrites. Tante Blanche m'a proposé une mélodie. Après quelques accords de piano, j'avais les larmes aux yeux. C'est une chanson à fleur de peau, mais elle a aussi un côté lumineux, en partie parce qu'on a ajouté des rythmes africains. C'était une première pour moi, mais ça se mariait bien avec le propos. Ce côté roots évoquait les battements de mon coeur et du coeur de ma mère. Ça martelait le temps qui passe, ça évoquait le souffle de la terre. C'était plein de sens. Cet album-là, en fait, c'est ça. Plein d'instinct, plein de beaux accidents, mais rien de superflu, rien qui, au final, a été laissé au hasard. »

C'est là tout le fantastique des astres.

Racines poétiques

Yann Perreau était de la Grande nuit de la poésie à Saint-Venant-de-Paquette. La traversée nocturne a été magique. Il y en aura d'autres : « Richard Séguin m'a confirmé que j'étais invité pour la prochaine édition, dans deux ans, dit le chanteur. Le village m'a adopté, en quelque sorte », dit le chanteur.

Pas étonnant. Tout au long de l'entretien, on jase de musique et des mots qu'elle habille. Souvent, la poésie revient sur le tapis. C'est qu'elle est un ancrage nécessaire, une percée lumineuse pour celui qui a fait partie du collectif Douze hommes rapaillés et qui a chanté, en solo, les univers lyriques de Claude Péloquin (À genoux dans le désir).

Les mots habitent depuis longtemps l'imaginaire du parolier et musicien. Le premier harpon est venu de Nelligan. Yann amorçait son secondaire. La prof de français avait mis Le vaisseau d'or à l'étude. Le poème était à la fois mystifiant et intrigant pour le jeune élève.

« Il y a sûrement eu des textes de chansons avant et il y a eu bien d'autres poèmes après, mais les premiers vers lus qui m'ont touché, ce sont ceux-là. »

Le feu allumé alors ne s'est jamais éteint. Yann Perreau revient périodiquement à la poésie. Pour la richesse de ce qu'elle propose, pour la réflexion qu'elle amène, pour la joliesse de ses tournures. Celui qui a déjà signé le recueil Perreau et la plume (en 2007) planche d'ailleurs sur un nouveau florilège de poèmes.

Yann Perreau et Marie-Thérèse Fortin dans Piaf a... (Le Soleil archives, Patrice Laroche) - image 3.0

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Yann Perreau et Marie-Thérèse Fortin dans Piaf a 100 ans. Vivre la Môme!

Le Soleil archives, Patrice Laroche

Dans l'univers des autres

Le tour de chant Piaf a 100 ans. Vive la Môme! portait un peu beaucoup sa griffe. Yann Perreau en a signé la direction artistique comme la mise en scène. Ce spectacle ambitieux, acclamé par public et critiques, lui vaut d'ailleurs d'être en lice pour trois Félix, soit scripteur du spectacle de l'année, metteur en scène de l'année et spectacle de l'année - interprète.

Un beau bouquet de nominations qui salue le talent du créateur.

« J'adore mon travail en musique, mais c'est très agréable d'ajouter des cordes à mon arc, de sortir de mes bottes habituelles. Je le fais de plus en plus et j'adore ça. »

Il y a Patrice Michaud qui l'a invité à poser son regard sur le spectacle qu'il mitonne. Il y a aussi Alexandre Belliard qui lui a demandé de signer la prochaine mouture scénique des Légendes d'un peuple, dans laquelle il sera accompagné de Daran, Jorane et Salomé Leclerc.

« Ça me fait toucher à l'envers du décor, à la technique. J'apprends beaucoup, c'est très stimulant et ressourçant. En regardant les autres travailler, on apprivoise de nouvelles façons de faire. »

Yann Perreau... - image 4.0

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Yann Perreau

Vous voulez y aller?

Yann Perreau

Samedi 15 octobre, 20 h

Théâtre Granada

Première partie : Fragile Fantôme

Entrée : 36,50 $

Vous voulez écouter

Yann Perreau

Le fantastique des astres

Pop Rock Franco

Bonsound

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