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De Sherbrooke à Brooks : D'un exil à l'autre

Roger Parent, réalisateur du documentaire De Sherbrooke à... (Spectre Média, Marie-Lou Béland)

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Roger Parent, réalisateur du documentaire De Sherbrooke à Brooks, qui sera présenté au Parvis dimanche et met notamment en scène des réfugiés africains établis à Sherbrooke et obligés de s'exiler une deuxième fois, cette fois en Alberta.

Spectre Média, Marie-Lou Béland

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) « Quand je verrai un Africain passer la vadrouille dans un corridor, je ne le regarderai plus de la même manière. »

Ces mots sont ceux de Roger Parent, réalisateur du documentaire De Sherbrooke à Brooks, un puissant et touchant témoignage d'immigrants africains francophones qui empruntent un « couloir migratoire » entre le Québec et l'Alberta pour trouver du travail et se bâtir une nouvelle vie.

Le documentaire, qui sera présenté simultanément dimanche à Sherbrooke et à Brooks, en Alberta, donne la parole « à ceux qui sont invisibles », dit Roger Parent, qui a vécu au Québec et à Paris et qui enseigne aujourd'hui à l'Université de l'Alberta.

Le film d'une durée d'un peu plus d'une heure a été tourné dans les deux villes et entremêle les récits de ces exilés : ceux qui ont choisi de quitter Sherbrooke pour l'Alberta, les autres qui ont tenté leur chance là-bas mais qui sont revenus, et finalement ceux qui ont fait le choix de demeurer à Sherbrooke.

« J'ai voulu lever le voile sur ce que vivaient les jeunes Africains francophones à Brooks », explique Roger Parent, soulignant que cette communauté de 6000 personnes compte aujourd'hui pas moins de 80 nationalités.

« À partir de 2005, il y a eu un véritable exode vers l'Ouest : de jeunes travailleurs de 14 ou 15 ans oeuvraient dans un gigantesque abattoir, souvent le soir, dans des conditions de travail qui évoquaient celles de l'Angleterre du XIXe siècle », illustre-t-il.

À l'époque la communauté de Brooks était peu accueillante pour ces exilés, la consommation de drogue était importante, le crime organisé très présent et les Africains formaient le deuxième groupe en importance dans les prisons.

« Quand on a affaire à des réfugiés, il s'agit de communautés fragilisées, avec du décrochage scolaire, de la pauvreté, des divorces, etc., et les prédateurs sont là », illustre Roger Parent.

« Il y avait des luttes pour le contrôle du marché de la drogue, il y a eu des assassinats, des parents ont perdu leurs enfants, eux qui étaient venus au Canada pour vivre, non pour y mourir. En 2005, c'était l'enfer à Brooks », dit-il au sujet de cette réalité méconnue.

Une communauté francophone est née

« Or, en 2015, je me suis demandé quelle était la situation et la grande surprise a été de découvrir que Brooks n'était plus une ville de WASP [White Anglo-Saxons Protestants, l'archétype de l'Américain blanc favorisé]. La situation était complètement transformée, le conseil municipal avait changé, il y avait des services sociaux, une école francophone. Ça relevait de l'impensable : une petite communauté francophone était née! »

Sa rencontre avec Angèle, une jeune Congolaise de Sherbrooke qui était partie en Alberta puis en était revenue, a été en quelque sorte le déclic de ce film,

« Les gens qu'on a rencontrés, tous des Africains francophones, adorent Sherbrooke et le Québec. Ils ont vécu un déchirement profond en partant. Ce sont des gens simples, résilients, des gens qui ont vécu dans des camps de réfugiés et qui souvent ont vu l'horreur », souligne Roger Parent.

Le film met notamment en scène Désiré Kiana, secrétaire administratif de l'Association francophone de Brooks, qui a été de tous les combats pour faire changer les mentalités, bâtir une communauté francophone et lui donner des services. Cet homme de courage semble porter à lui seul tous les espoirs de ces exilés dont la vie, même là-bas, n'est pas facile.

« Ce qui est très problématique à Brooks comme à Sherbrooke, c'est que les gens prennent des emplois de soir et ne sont pas là pour leurs enfants. Il y a d'ailleurs un parallèle entre les services de police de Brooks et de Sherbrooke qui offrent des services d'appui aux familles et ont adopté de nouvelles stratégies dans les écoles pour gagner la confiance des jeunes », explique Roger Parent.

Retenir les immigrants

De Sherbrooke à Brooks soulève également bien des questions sur le problème de rétention des immigrants au Québec, de surcroît lorsqu'ils sont francophones et ont, bien souvent, des compétences. Comment se fait-il que le Québec, qui a besoin de l'immigration pour combler ses besoins en main-d'oeuvre et pallier la dénatalité, ne puisse offrir des emplois à ces personnes?

« On a beaucoup apprécié le travail des professionnels en immigration, mais le mot qu'on ne prononce pas, c'est discrimination [...] : plus on va avoir d'Africains qui auront leur mot à dire dans les services d'intégration, plus ça va fonctionner. C'est ce que le film illustre », affirme Roger Parent.

« Pour moi, présenter le film à Sherbrooke, c'est une façon de remercier les participants. Il y a un urgent besoin de raconter leur histoire si on veut mieux les comprendre. »

Le producteur du film, Dominic Desjardins, sera présent pour la projection à Sherbrooke et la discussion qui suivra. Roger Parent sera à Brooks.

Vous voulez y aller?

De Sherbrooke à Brooks

Dimanche 9 octobre, 14 h, Le Parvis

Entrée gratuite, réservation obligatoire au 819 563-3993

Diffusion le 20 novembre à 20 h sur la chaîne UNIS

Accessible gratuitement sur le site ONF.ca les 22 et 23 novembre

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