Sa vie, c'est d'la route

Lisa LeBlanc... (La Presse, Olivier Pontbriand)

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Lisa LeBlanc

La Presse, Olivier Pontbriand

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Karine Tremblay
La Tribune

Lisa LeBlanc trépigne d'impatience à l'idée de bientôt amorcer sa tournée. L'image n'est même pas exagérée. Partir est une fête pour l'auteure-compositrice-interprète, qui a du mal à rester au même endroit trop longtemps. Même après quatre ans de tournée et les centaines de spectacles enfilés après le succès de sa première galette, éponyme, qui a trouvé plus de 80 000 preneurs, elle n'est pas lasse.

« Depuis le début de ma vie adulte, ma réalité, c'est la route. Alors moi, après une semaine à la même place, j'ai juste envie de décrisser », résume l'auteure-compositrice-interprète dans la langue fleurie qu'on lui connaît.

Elle a dû résister à l'appel de l'ailleurs pour enfin boucler ce deuxième album qui tardait à aboutir. Le titre dont elle a coiffé ce second effort solo, Why You Wanna Leave, Runaway Queen?, n'est donc pas anodin. Il est extrait de la chanson I Love You, I Don't Love You, I Don't Know, mais il illustre aussi ce besoin d'horizons neufs qui anime la chanteuse acadienne.

« La vie de tournée, j'adore ça. C'est trop awesome. Probablement parce que mes musiciens et mes techniciens, ce sont des road warriors. On a du fun ensemble. En voiture, à l'hôtel et sur une scène, moi, je suis chez moi, je me sens bien. Mais pour pouvoir repartir, il fallait faire le disque. Je me suis dit : accroche tes cadres, savoure un peu Montréal. »

Elle a rangé sa valise. Et elle a travaillé fort. À son bureau d'écriture et en studio.

« L'album s'est fait dans les deadlines. J'ai presque tout écrit en six mois. J'ai encore du mal à croire qu'on a réussi à le boucler, ce disque. Ç'a été un blitz, un challenge, avec ben du stress, mais ben du fun aussi », raconte la chanteuse de 26 ans, qui a travaillé avec le musicien et producteur Joseph Donovan, membre du groupe montréalais Receivers.

C'était une première collaboration. Elle a été heureuse.

« Quand est venu le temps de trouver un réalisateur, j'ai cherché quelqu'un qui me faisait triper. Joseph a réalisé plein d'albums que j'aime, ceux de Sam Roberts, par exemple. On savait qui on était chacun, mais on ne s'était jamais rencontré, même s'il avait mixé deux tounes sur mon microalbum [Highways, Heartaches and Time Well Wasted, en 2014]. Je l'ai appelé, on s'est rencontré le lendemain et ça a cliqué. Comme réal, il a apporté plein de couleurs, il m'a aidée à retourner vers quelque chose de plus rock et il m'a poussée à chanter d'une autre façon, techniquement parlant. C'est quelqu'un d'assez exceptionnel avec qui travailler, vraiment un great dude. »

Ce qui ne veut pas dire que tout a coulé de source.

« On est deux têtes dures! C'est ça qui arrive avec les réal, et c'est normal : parfois, on n'a pas la même vision. C'était tout le temps friendly, mais on s'obstinait, parfois. Pour des petites affaires. Quand on bricole un disque, on est toujours en train de microscoper les tout petits détails. Et il faut trancher. »

Devinez un peu qui avait le dernier mot et le veto...

« Moi... la plupart du temps! Mais il y a des affaires qu'il a changées et c'était parfait comme ça. Il y en a d'autres auxquelles je tenais. Celles-là, j'ai insisté et j'ai dit que, well, j'allais vivre avec », exprime celle qui était repartie avec les honneurs au Festival international de la chanson de Granby en 2010.

La route et l'amour en déroute

Le loin, l'ailleurs et la route sont partout dans cette galette de 12 titres majoritairement anglophones. Probablement parce que, avant de se poser, la musicienne a multiplié les visites du côté des États-Unis. À Nashville, à La Nouvelle-Orléans, à Asheville et ailleurs, elle a enfilé les rencontres musicales.

« En voyage, on rencontre des gens, des personnages. Il se passe plein d'affaires inspirantes, il y a des moments magiques. Je me pousse souvent à La Nouvelle-Orléans. Plus précisément à Lafayette, en Louisiane. Je suis en amour avec cet endroit, j'y vais tout le temps, même pour des 24 ou des 48 heures. J'ai des amis là-bas, et pour moi, grande, grande fan de musique traditionnelle cajun, c'est trop génial. Il y a du violon, de l'accordéon, c'est juste wow! »

Imprégnée de toutes ces musiques et des rythmes folk, rock et blues entendus sur la route, Lisa a brodé des mélodies dans lesquelles le western spaghetti, la musique hawaïenne, le bluegrass et le rock classique ou un peu plus électrique s'enlacent. Les textes, eux, racontent souvent l'amour disloqué, le petit coeur magané, les sentiments déçus. Ça pourrait être lourd. Ça ne l'est pas. L'auteure d'Aujourd'hui, ma vie c'est d'la marde, chanson adoptée par plusieurs comme thème de ces journées où les malheurs s'additionnent, arrive encore à évoquer les travers des relations qui s'épuisent et qui malmènent le myocarde avec un regard mi-consterné, mi-amusé. Elle fait ressortir les notes discordantes du couple avec humour, toujours. Et sans s'embarrasser de mille détours.

« Il y a des tounes que j'ai écrites quand ça faisait vraiment mal, mais j'aime twister les choses de façon à alléger un peu tout ça. Je n'ai pas envie de tomber dans les trucs dramatiques, je ne veux pas faire des chansons dans lesquelles je me lamenterais too much. »

Franglais coloré

Ce ton particulier ainsi que son franglais coloré et direct ont plu au public français. Lisa LeBlanc a son noyau de fans en Europe. Elle y retournera, puisque le disque sera lancé en novembre, mais elle pourrait bien, aussi, pousser la porte du marché américain.

« J'aimerais ça. Avec le microalbum, déjà, on a pu faire le tour du Canada. C'était extraordinaire. Et mon but, c'est de marier les deux choses que j'aime le plus au monde : traveller en faisant de la musique. »

Ce besoin de bougeotte, toujours. Elle l'a peut-être dans l'ADN. « Le campeur van sur la pochette, c'est celui de mes grands-parents. Un vieux véhicule qui date du milieu des années 70. Ils ont tellement roulé à bord, je pense que le compteur a fait le tour complet avant de repartir à zéro! J'ai toujours capoté dessus. »

Le véhicule chargé de souvenirs est partout dans la pochette. À commencer par la photo de couverture, sympathique, où une souriante figurine en impression 3D de Lisa, banjo à la main, trône sur le tableau de bord.

Comme une façon de dire qu'elle s'apprête à partir on the road again. Avec son banjo et un sourire grand comme ça.

Vous voulez y aller?

Lisa LeBlanc

Vendredi 28 octobre, 20h

Théâtre Granada

Entrée: 41,50$

5 chansons sous la loupe

Ti-gars

« Une des deux chansons en français du disque et probablement la seule qui ne part pas d'une histoire vécue : je ne me suis jamais fait voler mon char! »

5748 km

« C'est une toune d'amour, une toune sur les relations à distance, quand tu te dis avec naïveté : let's go, on l'essaie. Au début, tu as cet espoir que ça fonctionne, parce que tu sais bien que l'amour, ça se trouve pas à tous les coins de rue. Tu te lances, t'es un peu blind, même si tu as dans le back de ta tête cette idée que ça se pourrait vraiment que ça ne marche pas. »

I Ain't Perfect, Babe

« Celle-là, c'est un calm down, une des chansons les plus personnelles que j'ai écrites, un peu comme une lettre ou un message qui dit : voici comment je me sens. En résumé l'importance de se donner du slack à soi-même. On se torture soi-même en essayant d'être parfait tout le temps. »

Ace of Spades

« Une reprise de Motörhead, parce que j'ai toujours tripé sur le heavy metal. On fait cette chanson en show depuis trois ans et on trouvait ça cool de l'enregistrer. Au début, on pensait la sortir en single, mais on a eu tellement de fun qu'on s'est dit : no way, ça s'en va sur l'album! »

Dump the Guy ASAP

« L'histoire classique d'une amie qui sort avec un gars que personne ne peut blairer. » Ils sont toujours ensemble? « Je ne m'avancerai pas sur ce terrain-là! »

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