Survivre aux grandes marées

«C'est merveilleux pour une actrice d'enfiler un personnage... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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«C'est merveilleux pour une actrice d'enfiler un personnage pareil. J'ai été touchée par cette pièce, elle résonnait très fort en moi. La première chose que j'ai faite, après l'avoir lue, c'est écrire à Patrick Quintal pour lui dire combien j'avais adoré son texte», raconte Louise Portal.

Spectre Média, Frédéric Côté

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Karine Tremblay
La Tribune

L'Île aux Sabots, la toute nouvelle création du Théâtre du Double Signe, n'est pas un projet qui s'est fait dans la précipitation. Patrick Quintal portait la pièce dans son imaginaire et dans ses carnets depuis plus d'une dizaine d'années. Depuis un séjour à l'Archipel-de-Mingan, en fait. La vie insulaire avait laissé son empreinte dans la tête et le coeur du créateur.

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Jean Maheux

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Jérémie L'Espérance

« Le vrai de vrai déclic, je l'ai eu en visitant le phare de la Grosse île au marteau, avec un groupe de touristes. Une femme parmi nous s'était reconnue sur les photos exposées. C'était la fille de l'assistant du gardien du phare. Elle avait vécu sur l'île lorsqu'elle était enfant. Elle a évoqué quelques souvenirs avec nous. Son émotion a été l'étincelle de départ », raconte le dramaturge et comédien sherbrookois, qui signe le texte de la pièce, en plus d'y tenir le rôle principal.

L'histoire qu'il a tissée est campée dans le paysage insulaire de l'Île aux Sabots, endroit (fictif) qui doit son joli nom à la croyance selon laquelle les chevaux sauvages galopaient dans les terres bien avant que l'humain ne s'y installe.

« Il y a toute une fantasmagorie développée autour des chevaux. La métaphore s'amalgame à l'histoire, d'ailleurs. La vie sur une île m'interpellait, pour la solitude qu'elle suppose au beau milieu d'un environnement à l'horizon ouvert comme nulle part ailleurs », explique l'auteur, qui a surtout voulu raconter la grande histoire d'amour entre son personnage, Julien, gardien de phare, et Cécilia, la femme qu'il adore. Le noeud de la pièce, c'est d'abord celle de ces deux coeurs qui battent à l'unisson en dépit des tempêtes qu'ils ont traversées.

« Si un amour est très profond, il peut survivre aux grandes marées. L'idée de la résilience est très présente dans la trame. »

C'est à Normand Chouinard que la mise en scène a été confiée. « C'est un homme qui est très respectueux du texte. Il a une direction en tête, mais il est à l'écoute, il fait preuve de beaucoup de souplesse. Il travaille avec rigueur et sensibilité. »

Hier et aujourd'hui

Enracinée quelque part dans les années 70 ou 80, l'histoire a un propos résolument contemporain. Julien voit son existence bousculée par la fermeture prochaine du phare dont il est le gardien depuis tant d'années. « Il y a une résonance actuelle. Les technologies d'aujourd'hui modifient le monde. La voiture sans conducteur de Google, par exemple, c'est la disparition éventuelle des chauffeurs de taxi. »

Dans la vie comme dans la fiction qu'il a imaginée, les changements ne se font pas sans heurts. Rattrapé par les fêlures de son enfance, son Julien est traversé de sentiments mixtes. Au-dehors comme en lui-même, la tempête gronde. Blessé, emporté par les réminiscences de différentes époques, il se barricade dans son phare. Là, il revoit des moments de son passé tandis que le souvenir de certains de ses proches s'invite dans le décor. Il y a la pétillante Cécilia (Louise Portal), son grand amour, avec laquelle il a vécu des heures douces et passionnées dans le giron de l'île. Il y a son père (Jean Maheux), irascible, qui était gardien avant lui et qui impose sa vision rigide des choses. Il y a Antonin (Jérémie L'Espérance, jeune comédien natif de Sherbrooke), son assistant et ami avec qui il partageait une complicité franche.

« Normand Chouinard l'a remarqué, et je l'ai pensé ainsi lorsque je l'ai écrite : la pièce est bâtie comme le souffle de la mer. Il y a des moments de grands fracas, il y a aussi des moments d'accalmie. On sent le ressac, le mouvement de la vague. »

Le dramaturge, qui a travaillé son idée de départ avec la comédienne Nicole Leblanc, garde plusieurs surprises sur le déroulement et le dénouement de son histoire. Le bonheur du théâtre, c'est aussi de se laisser surprendre, fait-il comprendre. Il ose cependant une précision : ses personnages ne seront pas avalés par la tourmente. Après tout, en mer, le crachin finit toujours par céder sa place à une belle éclaircie.

Normand Chouinard... - image 2.0

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Normand Chouinard

Le théâtre comme un phare

Lorsque Normand Chouinard l'a appelée pour lui offrir le rôle de Cécilia, Louise Portal a tout de suite été tentée. Parce que c'était Normand Chouinard, avec qui elle avait déjà travaillé dans le temps de l'émission Du tac au tac. Et parce qu'elle avait envie de renouer avec les planches, elle qui n'avait pas touché au théâtre depuis une quinzaine d'années. Elle a parcouru la pièce d'une traite. Son idée, alors, était faite : elle plongeait. Le texte était magnifique et le rôle, en or.

« Il y avait tout cet univers maritime qui me rejoignait beaucoup, moi qui ai mes attaches en Gaspésie, au bord du fleuve. Et Cécilia, je l'ai immédiatement aimée. C'est un beau personnage, une femme pétillante qu'on retrouve à différents âges. On la sent évoluer à travers l'histoire. C'est merveilleux pour une actrice d'enfiler un personnage pareil. J'ai été touchée par cette pièce, elle résonnait très fort en moi. La première chose que j'ai faite, après l'avoir lue, c'est écrire à Patrick Quintal pour lui dire combien j'avais adoré son texte. »

Une première rencontre entre eux deux a confirmé l'intuition de départ. La complicité était là d'emblée, le travail se ferait dans le bonheur et la simplicité.

« Il y a pas mal de texte, c'est beaucoup de travail, mais c'est une belle aventure. Je ne pouvais pas passer à côté de ça », note celle qui, tout de suite après le chapelet de représentations, prendra part au tournage de Everything Outside, premier long métrage du cinéaste David Finley. En plus de poursuivre ses projets d'écriture. En clair : l'automne est chargé.

« Mais c'est une joie de retourner à mes premières amours théâtrales. J'ai des papillons dans le ventre comme lorsque j'avais 22 ans et j'en ai 66! Ce n'est pas rien, quand même », explique la comédienne.

Sa phrase se noie dans un torrent d'émotion. Un trop-plein qui déborde : « Ce rôle-là est un cadeau immense », confie-t-elle avec un trémolo dans la voix.

Elle rêvait de retrouver les coulisses d'une salle de théâtre. « Je l'avais dit à Normand lorsqu'on s'était croisé sur le plateau du Choc des générations, il y a une couple d'années. J'avais alors en tête quelque chose comme une comédie musicale. »

La confidence n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Le metteur en scène a pensé à Portal, même si la pièce de Quintal créchait à des lieux d'une production façon Broadway.

« Je chante et je danse un petit peu, quand même », dit la comédienne en riant.

Vrai : les deux personnages amoureux osent quelques pas sensuels sur de langoureux rythmes de jazz, ai-je pu voir lors du lumineux extrait que les comédiens répétaient lors de mon passage.

« J'ai fait beaucoup de cinéma et de télé, ces dernières années. J'ai beaucoup écrit, surtout. Mais j'aime cette énergie qui vient avec le théâtre, j'aime participer à une pièce qui évolue chaque soir. Revenir aux sources du métier ici, à Sherbrooke, au sein d'une troupe professionnelle comme le Double Signe, c'est une chance. »

Drôle comme les choses arrivent, quand même. Elle qui a habité la campagne d'Eastman pendant 12 ans vit à Montréal depuis un an. Et c'est à ce moment précis qu'on lui propose un grand rôle dans la région.

« On a fait la moitié des répétitions à Montréal. Sinon, c'est un plaisir de venir m'installer ici pour un mois et demi. L'automne en plus. C'est une si belle région », dit celle qui joue les touristes... et les agentes de promotion.

« Je redécouvre Sherbrooke et je refile mes bonnes adresses aux amis de la métropole qui viendront voir la pièce! »

Vous voulez y aller?

L'île aux Sabots

Théâtre du Double Signe 

Du mercredi au samedi, 20h 

Du 28 septembre au 15 octobre

Théâtre Léonard-Saint-Laurent

Entrée : 25 $ (20 $ avant le 28 septembre); 18 $ pour les moins de 30 ans

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