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Les solitudes unies selon Matt Holubowski

« Les deux solitudes ». Expression consacrée, au Canada, pour parler de... (La Presse, Patrick Sansfacon)

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La Presse, Patrick Sansfacon

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

« Les deux solitudes ». Expression consacrée, au Canada, pour parler de l'éloignement culturel et du manque de communication entre anglophones et francophones. Mais ce n'est pas tout le monde qui sait que cette locution vient de Two Solitudes, un roman de Hugh MacLennan publié en 1945, tentant d'analyser les tensions entre les deux communautés et mettant notamment en scène un personnage coincé au milieu.

Un statut que Matt Holubowski connaît très bien. Pas seulement parce qu'il a lu et relu Two Solitudes depuis son adolescence, mais cet oppressant sandwich culturel sied à sa réalité de fils d'immigrant, élevé dans les deux langues par un père polonais anglophone et une mère québécoise francophone, fréquentant l'école primaire et secondaire en français, puis le cégep et l'université en anglais. Une situation par moments si inconfortable que le chanteur n'hésite pas à la qualifier de « troisième solitude ».

« J'ai eu mes périodes où j'en avais vraiment assez de devoir constamment défendre les uns et les autres lors des chicanes sur la langue - et ça arrive encore en 2016! Tellement que j'ai déjà eu ce désir, dans ma jeunesse, d'aller vivre ailleurs », raconte le natif d'Hudson, qui trouve quand même que cette tension est beaucoup moins forte chez les jeunes d'aujourd'hui et s'emballe devant des groupes et artistes bilingues comme Lisa LeBlanc et les Dead Obies.

La chanson-titre de son deuxième album, paru hier chez Audiogram, est directement inspirée de ce déchirement culturel. Matt y fait notamment référence à la Belgique.

« Quand j'étais à l'université, j'ai participé à un échange de six mois en France et je m'étais fait quelques amis belges, chez qui la tension entre Wallons et Flamands ressemblait beaucoup à celle d'ici. L'idée de cette chanson, c'est de dire que c'est plat. Moi qui ai grandi

entre les deux, je ne vois aucun besoin de se battre. C'est possible de cohabiter. Cette chanson est comme un dernier essai pour dire aux gens d'arrêter de faire le clown, d'un côté comme de l'autre. »

État d'être et état d'esprit

Matt Holubowski ne souhaitait évidemment pas que son deuxième album (le premier, Old Man, était paru sur Bandcamp sous le nom d'artiste Ogen juste avant La voix) porte uniquement sur les conflits de culture. « Ça a été le point de départ, pour partir ensuite dans plusieurs directions et parler de la solitude comme état d'être et état d'esprit. Par exemple l'isolement des prisonniers [The Warden & The Hangman], ou cette solitude cathartique quand j'ai passé cinq jours seul dans un camp de chasse [Wild Drums]. Je trouvais le thème très fort. »

Solitude, également, du gars qui participe à un populaire concours musical télévisé, sachant pertinemment qu'il devra refaire ses preuves par la suite. Sa chanson L'imposteur, une des deux écrites entièrement en français, est « probablement sa plus personnelle ».

« C'est un sentiment qui m'a suivi un certain temps, mais j'en ai fait mon deuil aujourd'hui », raconte celui qui a reçu une grosse tape dans le dos lorsqu'il a rempli le Métropolis, l'an dernier, au Festival de jazz de Montréal.

« J'ai fini par accepter ce chemin différent. La voix, c'est un raccourci, ce qui n'est pas aussi satisfaisant, et ça peut se retourner contre toi. La chanson illustre ce sentiment que je vivais devant des musiciens professionnels. Pourquoi étais-je parmi eux? Parce que j'avais fait un show de télé. J'ai longtemps cru à ça et ça devenait dur à vivre. Mais j'ai travaillé comme un fou, au point de frôler le burn-out. Aujourd'hui, je suis encore conscient du chemin à faire, mais personne ne peut me reprocher que je ne travaille pas assez. »

Heures, travail et âme

Pour franchir ce pas, Matt a pu compter sur Esther Teman, productrice au contenu à La voix qui est ensuite devenue son agente, et sur son fidèle ami Connor Seidel, avec qui il avait réalisé son premier opus.

« Connor est capable de traduire en musique ce que j'essaie de dire. On dirait que je ne parle pas la bonne langue, mais je suis capable d'expliquer ce que je veux à Connor. C'est quelqu'un de très méticuleux avec la couleur des sons. Je pense qu'aucun autre réalisateur n'aurait pu mettre autant d'heures, de travail et d'âme sur cet album. Je savais que ce projet avait autant d'importance pour lui que pour moi. »

Cette couleur, c'est d'abord ce folk dépouillé, ce guitare-voix qui a transpercé le petit écran et qui teintait entièrement Old Man, galette inspirée notamment par la musique d'Elliott Smith, ce Texan qui a fait découvrir à Matt toute la richesse possible avec un si petit appareil acoustique, en misant sur les mots.

« En fait, j'ai découvert Smith en même temps que je découvrais la littérature au cégep et que je décidais que je ferais ma vie dans les arts. C'est lui qui m'a poussé vers d'autres auteurs-compositeurs qui trouvent des façons plus intéressantes de dire je t'aime que de simplement dire je t'aime. Mais ça, c'était avant d'avoir adopté Bob Dylan dans ma vie comme un dieu de la prose! » dit-il en riant.

Mais Solitudes a aussi son lot de plages plus étoffées musicalement, parfois carrément rock, tel le premier extrait The King lancé en mai. Le disque est majoritairement en anglais, la langue avec laquelle Matt a le plus de facilité à écrire. Mais le chanteur à l'indomptable chevelure observe une transition, parce que sa vie s'est davantage déroulée en français depuis 18 mois.

« J'écris en anglais d'instinct, mais le français me vient plus naturellement aujourd'hui. J'ai quand même fait des efforts pour améliorer ma plume, notamment en lisant davantage en français, mais ça reste plus difficile pour moi. J'avais cinq ou six autres chansons en français, mais je ne les ai pas gardées : je trouvais que je n'étais pas capable d'avoir la même richesse littéraire. J'ai gardé les deux qui me touchaient le plus personnellement. »

Dont La mer / Mon père, dédiée à son père immigrant, arrivé au Canada par bateau avec sa famille.

« Ç'a été une vie de grands sacrifices, mais qui a mené à une réussite. Je voulais rendre hommage à ça. »

Vous voulez y aller?

Matt Holubowski

Samedi 22 octobre, 20h

Théâtre Granada

Entrée: 33,50$

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