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Richesse et célébrité de Patrick Nicol

Exceptionnellement, le dixième roman de Patrick Nicol, Vox... (Spectre Média, Julien Chamberland)

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Exceptionnellement, le dixième roman de Patrick Nicol, Vox populi (Quartanier), n'a rien de personnel. Le personnage principal, commis à la médiathèque d'un cégep et grand responsable de la distribution des dictionnaires et autres volumes entre les cours, est même assez loin de l'auteur.

Spectre Média, Julien Chamberland

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Patrick Nicol ne sera jamais riche et célèbre. C'est lui qui le prédit, et c'est un peu ainsi qu'il explique son obstination à continuer de faire ce qu'il veut, quand il veut, parce qu'« on ne va pas se faire ch... en plus », lance-t-il au moment de préciser pourquoi, malgré l'avis de certains proches, il a insisté pour publier, entre le succès de La nageuse au milieu du lac et « son gros livre » à venir, ce petit Vox populi paru il y a deux semaines.

« J'écris un autre livre plutôt fastidieux, et celui-ci s'est écrit en parallèle, un peu en cachette de moi », confie l'auteur sherbrookois, dont cette plaquette de moins de 90 pages, s'inscrit comme un dixième ouvrage depuis Petits problèmes et aventures moyennes publié en 1993 chez Triptyque.

Comme La nageuse au milieu du lac, qui avait valu à Nicol une place parmi les aspirants au Prix littéraire des collégiens 2016, Vox populi est sorti des presses du Quartanier. C'est tout petit, à l'image de Marc, son personnage principal.

Mais Marc n'est ni vraiment attachant ni carrément antipathique, accroché dans le vide de sa vie et de ses très rares relations. Sa blonde est partie après une « presque infidélité », sa fille lui en veut un peu, sa maîtresse n'est pas sa maîtresse, son boulot n'est pas à la hauteur de la valeur qu'il s'accorde, « il aurait pu faire tellement mieux s'il avait voulu ». Sauf que Marc se surestime un peu, à la façon des beaux-frères qui savent tout et vous font partager ces grandes vérités repiquées à gauche et à droite.

« C'est le gars qui t'explique des choses que tu sais déjà, qui pense avoir des idées, mais qui répète simplement ce qu'il a entendu ailleurs. Il ne se distingue pas par son contenu, il n'y a que l'origine du contenu qui varie. C'est assez commun », fait remarquer Patrick Nicol en avouant que, dans la vie de tous les jours, ce type de grandes gueules du savoir l'énerve au plus haut point.

Du temps pour penser

« Mais curieusement, je n'arrive pas à trouver Marc complètement antipathique. C'est un personnage un peu désagréable, mais pour lequel on peut avoir de la sympathie », fait valoir l'écrivain, qui a de nouveau situé une grande partie de son récit dans ce cégep où il enseigne et dont il ouvre les portes au fil de ses écrits.

Marc y est en effet commis à la médiathèque, grand responsable de la distribution des dictionnaires et autres volumes entre les cours, ce qui lui laisse pas mal de temps pour penser et se surprendre lui-même de la valeur de ses réflexions.

Et ça tombe bien, c'est surtout la pensée qui intéresse Patrick Nicol. « Mes personnages masculins étaient souvent proches de moi. Celui-ci est plus loin. Mais de toute façon, ce n'est pas tant les personnages qui m'intéressent que ce qu'ils disent, comment on parle, la relation entre celui qui parle et celui qui écoute », explique l'auteur, qui fait résonner les conversations de ce roman dans un cadre de 24 heures.

« Ça faisait longtemps que je voulais planter un livre dans l'espace d'une seule journée et en lien avec l'actualité du moment, reprend Patrick Nicol. Même la banalité de l'actualité m'intéressait dans le projet, parce qu'il y a toute cette dimension des choses dont tout le monde parle à un moment précis, puis qui tombent rapidement dans l'oubli pour être remplacées par autre chose. »

Comme ces pandas que la Chine envoyait en cadeau au premier ministre canadien le 25 mars 2013, moment où Patrick Nicol situe Vox populi et où Marc se questionne sur la pertinence d'acheter des fleurs à sa fille qui revient de voyage. « On sent tout au long de l'histoire qu'il est dans le vide, que sa vie ne changera pas, mais qu'il est toujours border. En fait, sa vie pourrait basculer, mais ça doit venir de l'extérieur, d'une femme probablement, parce que lui n'est pas doué d'une grande capacité d'action. »

Et c'est là qu'on se réjouit que le personnage de ce Vox populi écrit en catimini ne ressemble en rien à son auteur, pour une fois. Parce que Patrick Nicol, on le préfère dans l'action, qu'il soit riche et célèbre ou non.

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