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Artistix et Numérix chez le Sherbrookois

Jean Dubois s'affichera sur la façade de la... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Jean Dubois s'affichera sur la façade de la Galerie d'art de l'Université de Sherbrooke.

Spectre Média, Frédéric Côté

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

À partir d'aujourd'hui et jusqu'au 25 septembre, Sherbrooke vibrera au rythme des arts numériques, ces créations d'art visuel, d'art auditif et parfois même d'art tactile qui recourent aux technologies numériques telles que l'audio, la vidéo, l'informatique et l'internet. Pourquoi? Parce que la 5e édition d'Espace [IM]Média, ce festival d'art numérique biennal qui avait dû prendre une pause en 2015 pour des raisons financières, revient en force avec quatre installations extérieures, deux autres à la galerie Sporobole, une expérience de réalité augmentée au stationnement Webster, des créations sonores... Le week-end qui s'amorce aujourd'hui sera encore plus intense, avec deux événements présentés une seule fois : des performances sonores en direct à la Petite Boîte noire et un programme vidéo à la Maison du cinéma. La Tribune vous présente donc quelques artistes qui ont préparé des installations numériques, dont certaines sur lesquelles vous risquez de tomber en vous demandant ce que c'est... À moins d'avoir lu ce qui suit.

Cellulaire tourmenteur

Lorsqu'il a été question du problème de l'itinérance dans le quartier de l'UQAM, où il enseigne les arts visuels et médiatiques, Jean Dubois a été surpris par les remous que suscitait cette problématique au sein de la communauté universitaire. Notamment par une forme d'insensibilité qui l'a porté à réfléchir sur la difficulté de reconnaître la détresse d'autrui.

Aujourd'hui, le fruit de sa réflexion s'intitule Tourmente et son installation numérique a remporté un tel succès qu'elle a déjà été présentée en Nouvelle-Zélande, à Rome et à New York, avant de venir s'installer sur la façade de la Galerie d'art de l'Université de Sherbrooke.

Dès le départ, Jean Dubois voulait que l'installation soit interactive, pour que se croisent « la bulle psychologique du spectateur et la sphère publique ».

« Il m'est apparu que le cellulaire pouvait représenter cet élément d'intimité de chacun... et que le souffle était un lien direct avec son corps, voire son âme. »

Résultat : le spectateur de Tourmente voit défiler sur grand écran une suite de visages aux yeux pleins d'eau, avec parfois une larme qui a coulé sur la joue. Il est ensuite invité à composer un numéro de téléphone, puis à souffler dans son cellulaire. Le personnage à l'écran recevra alors une petite brise

au visage ou... une bourrasque de 200 km/h. Lorsque plusieurs personnes soufflent en même temps (cinq maximum), l'image se stratifie.

« Je voulais une oeuvre d'art urbain qui soit ludique et festive, mais avec un fond aigre-doux », résume le créateur, qui a recouru à une agence de figurants, pour obtenir une variété de visages. « Je cherchais surtout des barbes et des cheveux longs, pour que l'effet de la bourrasque soit frappant. Les yeux embués ou larmoyants sont l'effet direct de la bourrasque. C'est comme tomber en parachute. »

Rarement présent pour surveiller la réaction du public à son oeuvre, Jean Dubois a quand même collecté quelques observations.

« Il y a la surprise, puis l'idée de vouloir contrôler l'image et de la pousser à son maximum... Certains se demandent pourquoi les personnages sont si troublés. Et à New York (nous étions installés tout près de Times Square), les gens se demandaient pourquoi les personnages n'étaient pas séduisants. Comme s'il devait absolument y avoir un but publicitaire. »

Pour développer son installation, notamment la façon de faire interagir cellulaire et écran, Jean Dubois a obtenu une subvention du Fonds québécois de recherche en société et culture. Comme quoi, effectivement, les artistes peuvent être source d'innovation.

« D'ailleurs, je me suis intéressé aux écrans tactiles dix ans avant l'arrivée de l'iPhone. Les artistes arrivent souvent avec des questions sur les angles morts de la technologie. Ils s'interrogent sur ce qui ne se fait pas encore. »

La fontaine et la chute Julie Tremblay et... (Spectre média: Julien Chamberla) - image 2.0

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La fontaine et la chute Julie Tremblay et Philippe HamelinSpectre média: Julien Chamberland

Spectre média: Julien Chamberla

La fontaine, la chute et la gorge

À partir d'aujourd'hui, les personnes qui déambuleront en soirée dans la gorge de la rivière Magog (que ce soit pour une simple promenade ou une chasse aux Pokémons) remarqueront que les éclairages, habituellement fixes, s'adonnent à une étrange chorégraphie, pendant qu'une vidéo défile en boucle sur l'un des édifices qui tournent le dos à la gorge. Elles n'auront pas la berlue : elles auront simplement mis le pied dans l'oeuvre que Julie Tremble et Philippe Hamelin ont réalisée pour Espace [IM]Média.

« Lors de notre exposition La colonne bleue l'an dernier à Sporobole, les gens de la galerie nous ont demandé si nous voulions réaliser une installation extérieure. Nous avons visité quelques lieux avec eux... en percevant que la gorge de la rivière Magog semblait beaucoup les intéresser... » raconte Julie Tremble.

Le duo d'artistes montréalais a aussi eu un coup de coeur pour ces lieux qui devaient inspirer leur création in situ. « Mais il a d'abord fallu faire quelques tests : le système d'éclairage de la gorge n'avait jamais été programmé auparavant. Il fallait bien le comprendre pour être capable de le synchroniser », précise Philippe Hamelin.

« Nous avons aussi rencontré les gens de la Société d'histoire de Sherbrooke, pour nous renseigner sur le passé industriel de Sherbrooke, car la transformation de la matière est une des choses qui nous inspirent. L'animation numérique est une façon de transformer la matière numériquement », ajoutent-ils.

Le tandem a ainsi créé une vidéo où formes et séquences rappelleront le bois, le métal ou le textile. Ils se sont aussi efforcés pour que la chute du barrage soit partie intégrante de l'oeuvre.

L'installation s'intitule justement La fontaine et la chute III, puisqu'il s'agit de la troisième création en tandem de ces deux grands amis (chacun a sa démarche créative propre, mais aide souvent l'autre dans ses recherches artistiques).

La fontaine et la chute, présentée en 2012 à la Cinémathèque québécoise, fusionnait plusieurs de leurs oeuvres respectives en un magma vidéographique, alors que La fontaine et la chute II a été produite lors d'une résidence d'exploration de la vidéo stéréoscopique à Sporobole. Cette

animation de trois minutes s'inspirait de la nature et des trompe-l'oeil qui composent le paysage urbain de la ville de Sherbrooke.

« Mais pour La fontaine et la chute III, nous avons enfin une véritable chute! » conclut Julie Tremble.

Autres installations extérieures

La production fantôme

Tanya St-Pierre et Philippe-Aubert Gauthier

Devant le 42, rue Wellington Sud

Entrevue avec l'artiste Caroline GagnéSpectre Média : Frédéric... - image 3.0

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Entrevue avec l'artiste Caroline GagnéSpectre Média : Frédéric CÃ'té

Montre le son!

Pour Caroline Gagné, le bruit entendu dans un lieu donné définit fondamentalement ce lieu. Autrement dit, si vous traversez le même endroit deux fois mais que vous y avez entendu des bruits différents chaque fois, ce n'était plus vraiment le même lieu.

« J'ai découvert mon hypersensibilité au son un jour où je devais installer une oeuvre dans une ancienne caserne de pompier. J'entendais constamment un bruit d'eau qui coulait. On m'a expliqué que c'était le système d'écoulement d'eau de pluie. J'ai alors installé un tuyau qui amplifiait ce bruit... et j'ai compris que le son provoquait une émotion artistique chez moi », raconte la créatrice de Québec.

Aujourd'hui directrice d'Avatar, un centre d'artistes en arts audio et électronique dans la capitale, Caroline Gagné poursuit en parallèle son travail de création sur le monde sonore. Elle est allée jusqu'à traverser l'Atlantique en cargo pour enregistrer aussi bien les monstrueuses vibrations du moteur du bateau que le crayon qui roule sur une table à cause de la houle.

Elle a aussi capté les bruits que produisent les petites maisons des Îles-de-la-Madeleine lorsque le vent les malmène. Son oeuvre était constituée de portes et fenêtres dessinées directement sur les murs de la galerie, avec des haut-parleurs diffusant les craquements du bois et les sifflements d'Éole lorsqu'il se faufile dans les fentes mal calfeutrées.

« Celle-là avait beaucoup ému les gens. Ils étaient touchés qu'un tel élément de leur vie ait pu ainsi être utilisé dans une oeuvre », raconte-t-elle.

Malgré brouillard et courants

Pour Le bruit des icebergs, sa nouvelle installation sonore campée pour deux semaines à Sporobole, Caroline Gagné s'est rendue jusqu'à Terre-Neuve, afin d'enregistrer les sons produits par les énormes

masses de glace flottante.

« J'avais été interpellée par une entrevue de la sculptrice Jocelyne Alloucherie, qui avait réalisé tout un corpus de photos d'icebergs et racontait avoir été marquée par le ruissellement et les craquements de la glace qui fond. »

Lors de ses deux semaines à Terre-Neuve, Caroline Gagné n'a pu faire que trois sorties en mer. « Il y a eu sept jours de brouillard. Je devais aussi faire couper le moteur du bateau, ce qui comportait un certain danger à cause des courants. »

Elle a quand même pu rapporter un ensemble de sons souvent abstraits, très difficilement identifiables sans image. Elle a aussi utilisé un hydrophone pour enregistrer sous l'eau. Elle a également greffé les bruits de l'embarcation, indissociables de son expérience.

Son installation se compose d'une vitre de 270 livres, sur laquelle sont installés de petits haut-parleurs. Ainsi, non seulement peut-on entendre les bruits enregistrés, mais on peut voir les vibrations sonores dans le verre.

« Mais pour cela, il faut qu'il y ait un reflet dans la vitre. Le jour, ce sera le reflet de ce que l'on voit par la fenêtre de Sporobole, et le soir, le reflet de la projection de l'iceberg, sur un grand écran que j'ai placé en face. »

Le bruit des icebergs est aussi, pour elle, une façon indirecte de parler du réchauffement climatique et d'avoir un élément social greffé à son oeuvre. « Même si ce n'est pas l'essentiel du propos, je me suis aperçue que ça ralliait les gens. »

Autre installation intérieure

Tourner de l'oeil

Martine H. Crispo

Sporobole

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