L'amour fou sous l'oeil d'André Forcier

Luca Asselin, Émile Schneider et Juliette Gosselin tournaient... (Spectre Média, René Marquis)

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Luca Asselin, Émile Schneider et Juliette Gosselin tournaient pour la première fois avec André Forcier, dont la nouvelle bobine, Embrasse-moi comme tu m'aimes, met en exergue la relation trouble entre un frère et sa soeur jumelle.

Spectre Média, René Marquis

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Karine Tremblay
La Tribune

L'idée de faire un film dans lequel un personnage québécois s'engageait à combattre le nazisme hantait André Forcier (Coteau rouge, Le vent du Wyoming, La Comtesse de Bâton Rouge) depuis longtemps. Très longtemps.

« Pendant la Deuxième Guerre mondiale, mon père avait joint les rangs de la police pour ne pas faire la guerre. Je le lui ai reproché longtemps. Je me suis demandé pourquoi et je m'étais dit qu'un jour, je ferais un film là-dessus », exprime le cinéaste dont le nouveau film, Embrasse-moi comme tu m'aimes, sortira sur les écrans le 16 septembre.

Le noeud de son histoire était là. Mais la trame n'était pas suffisante pour tricoter un scénario aux mailles serrées. Avec la plume complice de la productrice et coscénariste Linda Pinet, il a ajouté des couches à son filon premier. Pour densifier le récit et compliquer les affaires, ils ont imaginé un personnage, Pierre, dont la soeur jumelle infirme, confinée à son fauteuil roulant, était un frein pour s'engager dans l'armée. Était un frein à beaucoup de choses, en fait.

Car d'emblée, c'est clair : le couple gémellaire formé par Pierre et Berthe Sauvageau nage dans des eaux troubles.

Parce que leur mère n'avait pas la force de s'occuper d'une enfant handicapée, c'est Pierre qui a pris soin de sa soeur. Il la borde, lui donne son bain, même maintenant que tous deux sont adultes. Maladivement jalouse, Berthe souhaiterait que son frère l'aime comme une amoureuse, avec tout ce que ça suppose. Il repousse ses avances, mais est quand même hanté par le fantasme qu'elle représente. L'obsédante image de sa soeur le suit partout, s'invite dans les moments les plus inopportuns.

« Elle, c'est une psychopathe, une peste, une petite bitch », résume Forcier.

« Mais son comportement vient de la grande souffrance qu'elle ressent », nuance sa coscénariste.

Obsession

C'est la comédienne Juliette Gosselin qui prête ses traits à l'inquiétante jumelle.

« C'est un film sur un personnage qui en obsède un autre et moi, dès la lecture du scénario, l'histoire m'a happée et m'a hantée. Les comportements déviants de Berthe viennent du fait qu'elle veut se faire entendre, se faire désirer et être considérée comme une femme à part entière. En même temps, elle a plein de fragilités. J'ai voulu l'incarner en explorant tout ça. Pour moi, ce personnage est un grand défi, un beau cadeau. Je me suis sentie mandatée », dit l'actrice, qui admirait depuis longtemps l'oeuvre d'André Forcier.

« Dans tous ses films, au fond, il y a toujours une histoire d'amour impossible », remarque-t-elle.

Dans tous ses films, il y a aussi une généreuse brochette d'acteurs connus qui se joignent à l'équipée. Cette fois encore, on remarque les Roy Dupuis, Céline Bonnier, France Castel, Rémy Girard, Antoine Bertrand et Réal Bossé. Entre autres.

La bobine s'attarde sur la trajectoire des jumeaux, mais elle suit aussi Ollier Allard (Luca Asselin), meilleur ami de Pierre et frappeur étoile de baseball qui n'aspire qu'à une chose : marier sa belle Marguerite (Mylène Mackay) et fonder une famille. La jolie blonde a cependant d'autres visées. L'amour n'a rien de simple.

« Mon personnage, c'est le candide de la gang, celui qui souhaitait un bonheur simple, sans complication », explique Luca.

Les complications viendront bien assez tôt, évidemment.

Deux récompenses

Tourné en 30 jours, le long métrage s'est récemment illustré au dernier Festival des films du monde où il a remporté le prix du meilleur film canadien et celui de l'innovation. Deux récompenses qui ont fait le bonheur du créateur.

« À mon âge, arriver à me renouveler, à faire éclater les structures, c'est une grande fierté. Moi, j'aime les cinéastes qui ont une voix. Le plus beau compliment qu'on m'a fait, c'est lorsqu'on m'a dit que, dès les premières minutes d'un film, on savait que c'était moi qui l'avais fait. »

Tout est dans le ton unique. Dans l'histoire décalée. Dans cette façon de faire jouer ses acteurs à la limite. Dans cette capacité à toucher au plus dramatique en faisant quand même éclore des rires en chemin.

« Tourner avec André Forcier, c'est une formidable école et ça peut vouloir dire qu'on va se faire brasser un peu la cage. Comme acteur, mais aussi comme spectateur », dit Émile Schneider.

Ce dernier, qui incarne Pierre Sauvageau, espère que le long métrage permettra à toute une nouvelle génération de découvrir l'inclassable cinéaste : « Ce qu'il propose, c'est un voyage à l'intérieur des rapports humains, dans un imaginaire sans limites. »

Le voyage nous ramène évidemment loin en arrière, à l'orée des années 40. La couleur de l'ensemble n'a pourtant rien de suranné.

« J'ai voulu placer l'époque, mais ce n'est pas un film d'époque, précise André Forcier. Il n'y a pas de crucifix ni de bondieuseries. Ma vision reste plutôt contemporaine, les personnages ne sont pas passéistes. »

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