Serge Boucher, un auteur de feu

Après avoir pondu les téléséries d'exception Aveux et Apparences, Serge Boucher... (Archives, La Presse)

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Après avoir pondu les téléséries d'exception Aveux et Apparences, Serge Boucher signe Feux, qui sera diffusée à ICI Radio-Canada dès le 12 septembre. L'auteur natif de Victoriaville insiste sur le talent des comédiens qui prêtent vie à son histoire et sur l'excellente réalisation de Claude Desrosiers.

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Inutile de le préciser : Feux est l'une des séries les plus attendues de l'automne. C'est que les deux précédentes créations télévisées signées Serge Boucher ont marqué les esprits. Avec Aveux (2009, récompensé du Gémeaux pour le meilleur texte) et Apparences (2012), l'auteur a frappé deux grands coups. La nouvelle intrigue sortie de son imaginaire loge encore à l'enseigne du suspense psychologique.

« Feux, c'est de nouveau une histoire de poupées russes, un puzzle, mais on ne naviguera pas dans le même univers que mes séries précédentes, parce que la classe sociale dans laquelle évoluent les personnages est différente », explique

l'auteur et dramaturge natif de Victoriaville.

L'un des personnages principaux, Claudine (incarnée par Maude Guérin), est directrice des ressources humaines d'une grande entreprise. À l'orée de ses 50 ans, elle mène une vie aisée, elle est heureuse en amour, en famille et au travail. Bref, c'est une femme choyée et épanouie.

« Les choses vont bien pour elle. J'avais cette volonté de montrer un parcours où tout baigne. On en connaît, des gens comme ça à qui la vie semble sourire, des gens qui avancent en ligne droite dès leur plus jeune âge. Je trouve ça beau. »

Par hasard, Claudine revoit Marc (Alexandre Goyette), un homme dont elle était la gardienne, il y a 35 ans, avant qu'il ne déménage après avoir perdu sa mère dans l'incendie qui a ravagé sa maison.

« La rencontre entre Claudine et Marc, c'est une rencontre anodine comme nous en vivons tous, à un moment ou à un autre, lorsque notre chemin croise celui d'un ami d'enfance, d'un voisin depuis longtemps perdu de vue, d'un ancien collègue. »

Sauf qu'on est ici dans une série écrite par Serge Boucher. Ce qui aurait pu être anodin ne le sera pas tant que ça, devine-t-on.

« Il y aura des retours en arrière au début et à la fin de chaque émission, mais sinon, la série se passe au présent. Elle évoque cette idée que le passé finit toujours par nous rattraper. Et elle pose une grande question : est-ce que toute vérité est bonne à dire, vraiment? Les intentions sont parfois louables, lorsqu'on cache des choses. On peut le faire par amour, pas juste par haine », exprime celui qu'on a d'abord connu au théâtre (Motel Hélène, 24 poses).

Tenter la télé

Courtisé par le milieu télévisuel, Serge Boucher a mis du temps avant de faire le saut.

« J'ai passé dix ans à dire non à la télé. »

Jusqu'à ce qu'il sente qu'il tenait peut-être une histoire pour le petit écran. Cette histoire, c'était celle d'Aveux, qui a connu le succès que l'on sait. Apparences a suivi. Un autre projet télévisuel qui n'allait pas là où il le souhaitait a été remis dans les cartons avant que Feux ne prenne forme. Il confie avoir une nouvelle histoire qui dort dans ses carnets, il continue d'écrire pour le théâtre et il pourrait éventuellement être tenté par le cinéma.

Un roman, dans tout ça, ça se pourrait?

« J'y songe un peu. Je suis un grand lecteur et je pense que je dois beaucoup à la littérature. Peut-être que je me lancerai un jour. Mais je ne sais pas si j'ai le souffle nécessaire. Pour l'instant, je me concentre sur le théâtre et la télé. Pour l'un comme pour l'autre, le moteur d'écriture est le même, c'est quelque chose qui part du ventre. Mais chaque canal a son propre rythme et commande des choses différentes. La télé m'a donné la possibilité de créer des sagas. C'est un médium qui permet un déploiement. Plus c'est compliqué, plus j'ai du fun. Cela dit, je bâtis mon intrigue comme une construction, mais au bout de la ligne, il faut qu'elle s'efface, qu'elle laisse place à l'histoire qui est racontée. Il faut aussi trouver le juste milieu entre ce que dit l'image et ce que révèlent les dialogues. »

Bref, il faut donner des clés tout en respectant l'intelligence des téléspectateurs. Il faut distiller de petits détails révélateurs de semaine en semaine pour lentement créer la trame, déterrer le noeud. Il faut surtout réussir à faire vivre sur plasma des personnages incarnés et attachants.

« Les gens, c'est l'élan numéro un. J'aime le monde, je m'intéresse à ce qui se passe entre les êtres humains, à ces relations qui lient les uns et les autres. Lorsque j'étais jeune, on a eu un resto, des dépanneurs. J'ai grandi dans le monde, j'ai été élevé là-dedans. Mes parents nous disaient que dans la vie, il fallait bûcher fort. Et quand on travaillait derrière le comptoir, le message était clair : il fallait remercier tout le monde d'égale façon, peu importe le statut de chacun. C'est probablement de là que me vient la galerie de personnages qui peuplent mes histoires. »

Cet intérêt pour ce qui se cache sous le vernis des apparences, récurrent dans son oeuvre, Serge Boucher ne sait pas d'où il tire ses origines.

« Mais je trouve que l'être humain est très fort pour nier et faire semblant. Ma fascination pour les non-dits et les secrets qu'on camoufle vient peut-être de là. »

Et au-delà de tout ça, il y a l'amour des mots, la conscience de ce que peuvent les histoires.

« J'aime qu'une oeuvre me transporte. Quand le noir se fait dans une salle de théâtre, quand j'entame un bon livre, je sais que peut-être, cette histoire-là me changera. Je suis de ceux qui sont convaincus que l'art nous aide à vivre. »

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