Le bonheur au présent

Édith Butler... (Spectre Média, Jessica Garneau)

Agrandir

Édith Butler

Spectre Média, Jessica Garneau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Magog) Devenue plus discrète depuis quelques années, la chanteuse Édith Butler conserve malgré tout l'entrain qu'on lui connaissait à l'époque où elle enchaînait albums et spectacles à un rythme effréné. Son quotidien est fait de projets de construction et de musique. Elle demeure parfaitement heureuse dans sa région d'adoption, l'Estrie, mais son Acadie natale habite encore chacune des parcelles de son être.

Attablée sur la terrasse d'un restaurant de Magog, Édith Butler a le rire facile. Quand la serveuse lui demande ce qu'elle boira, elle lui lance : « Un pichet de bière rousse ». Il est seulement 14 h. La serveuse ne sait quoi penser. Mais, alors qu'elle s'éloigne de la table, la chanteuse la prévient qu'elle blaguait et lui indique qu'elle se contentera finalement d'un verre de petit format.

Une entrevue avec Édith Butler doit nécessairement se faire dans la bonne humeur. « Je suis ici parce que j'en ai le goût », mentionne-t-elle à La Tribune, tout en insistant sur l'importance de savourer chaque instant pour avoir une vie heureuse.

Intitulé Le retour, le dernier disque de l'artiste a été lancé il y a trois ans. Le choix du titre n'a pas été fait au hasard, car la chanteuse se relevait alors d'un cancer et d'une mastectomie.

Sa maladie l'a beaucoup fait souffrir. « Ça a été cinq ans de douleurs. Et ce qui est le plus dur, ce sont les traitements qu'on nous donne. Par contre, je n'ai jamais lâché et je m'en suis sortie », raconte-t-elle.

Preuve sans doute qu'elle a un moral d'acier, Édith Butler a offert un spectacle dans le cadre du Festival de montgolfières de Gatineau seulement quelques jours après l'ablation de son sein droit, une épreuve qu'elle a traversée difficilement, mais qui ne l'a pas anéantie. Elle raconte brièvement cet épisode dans sa biographie Édith Butler, la fille de Paquetville, publiée aux Éditions de l'Homme en 2014.

Un nouvel album?

Depuis la parution de son disque Le Retour, Édith Butler a continué à composer. Il lui plairait vraisemblablement de lancer un nouvel album à moyen terme. Elle hésite cependant parce que l'industrie du disque lui semble carrément malade.

« Ça coûte cher de faire un album et c'est difficile, dans l'état actuel des choses, de récupérer l'argent qu'on investit dans ce genre de projet. L'industrie de la musique est très dure pour les artistes, principalement les auteurs-compositeurs-interprètes, en ce moment. Et le problème n'existe pas qu'au Québec, c'est à travers la planète que ça ne fonctionne pas. J'attends un peu qu'on trouve la solution à la problématique. »

Puisqu'elle ne planifie pas d'enregistrer un nouveau disque à court terme, Édith Butler offrira ses nouvelles chansons à son public lors des spectacles qu'elle présentera durant les prochains mois. Elle prépare d'ailleurs une tournée qui l'amènera dans plusieurs grandes salles de la province. Le coup d'envoi sera donné au Capitole, à Québec, en 2017.

« Je ne suis plus très portée vers la tournée, admet la chanteuse, en esquissant un sourire. On dirait qu'en vieillissant on a le goût de s'ancrer à un endroit en particulier. Cela dit, une fois que la série de spectacles est lancée, c'est correct. Je suis capable de prendre le rythme. »

En attendant de démarrer sa tournée, elle sera en spectacle avec deux fidèles collaborateurs, la violoniste Andrée-Anne Tremblay et le pianiste Javier Ascensio, dans le cadre du Festival des traditions du monde de Sherbrooke. Le public pourra alors entendre des pièces de son dernier album ainsi que diverses chansons tirées du répertoire acadien.

« Ça va brasser! »

Pour préparer son tour de chant, Édith Butler a pigé dans son répertoire folklorique. La commande ne l'a évidemment pas fait rechigner.

« On va avoir bien du fun au Festival des traditions du monde, lance-t-elle avec enthousiasme. Et je peux vous dire que ça va brasser. La musique acadienne fait aussi partie des traditions du monde, tout comme celles du Pérou ou du Mali par exemple. Elle mérite sa place dans un festival semblable. On va s'assurer que les gens s'amusent. »

Avant l'entrée en scène d'Édith Butler, le groupe Grouyan Gombo interprétera des musiques de Louisiane, où on retrouve la tradition cajun. « Les gens vont pouvoir voir comment la musique a évolué en Acadie et en Louisiane après la déportation des Acadiens. »

Après son passage au festival sherbrookois, la chanteuse prendra part au Festival western de Saint-Tite. Elle chantera de plus des oeuvres immortalisées par Édith Piaf lors d'un spectacle prévu en octobre. « Je ne peux pas parler de ce show-là pour le moment. Mais soyez certain que je ne vais pas tenter d'imiter Piaf. Je veux faire ses chansons à ma façon », précise-t-elle.

Héritière de la Poune

Entre deux spectacles, Édith Butler se sert de ses mains pour construire ou bricoler. Elle a entièrement reconstruit la maison qu'elle habite et a récemment entrepris la construction d'une minimaison pour ses collaborateurs Andrée-Anne Tremblay et Javier Ascensio.

L'artiste reste donc passablement occupée, ce qui n'a rien de très étonnant quand on sait à quel point elle aime bouger. « Moi, j'arrêterai quand je vais mourir », lance-t-elle.

Édith Butler raconte à ce sujet qu'elle avait un jour annoncé à La Poune (Rose Ouellette) qu'elle serait son héritière. « J'ai pu la rencontrer plusieurs fois au cours de ma carrière. Et, une fois, je lui avais dit que je ferais comme elle, que je la remplacerais en continuant à faire des spectacles jusqu'à la fin. »

Du micro au marteau

Édith Butler est certes une artiste accomplie, ce dont témoignent ses 28 albums et ses deux millions de disques vendus en carrière. Mais elle possède aussi un autre don, celui de la menuiserie.

Après avoir acquis la maison qu'elle habite actuellement, la chanteuse a fait disparaître toutes les subdivisions à l'intérieur et elle a transformé la résidence en une sorte de grand loft au centre duquel on retrouve un piano à queue, lequel constitue « l'âme du lieu ». Ce sont ses mains à elle qui ont réalisé l'ensemble du travail.

Au cours des derniers jours, elle s'est par ailleurs amusée à assembler un barbecue pour deux amis. Elle raconte avoir utilisé différents matériaux inhabituels, un vieux baril et des tuyaux d'abri d'auto notamment, pour créer le barbecue en question.

« En Acadie, les Butler ont des moulins à scie, révèle-t-elle. Moi, j'ai vécu ma jeunesse dans la scierie familiale. Et chez les Godin, qui est le nom de famille de ma mère, ce sont des charpentiers. La construction, c'est génétique dans notre famille. J'adore construire des choses. C'est comme ma drogue, d'une certaine façon. Ce que j'aime, c'est qu'on voit vite le résultat de notre travail. »

D'ailleurs, au sein de la famille Butler, Édith n'est pas la seule femme à savoir manier le marteau, la perceuse et la scie. « Mes deux soeurs sont excellentes en construction », note fièrement la chanteuse.

L'Acadie tatouée sur le coeur

L'attachement d'Édith Butler envers la culture acadienne ne s'est pas manifesté uniquement à travers son travail en tant qu'artiste. Alors qu'elle étudiait à la maîtrise à l'Université Laval à Québec, elle a également placé l'Acadie au coeur de son parcours scolaire.

À ses débuts dans le domaine de la chanson, Édith Butler a voulu se doter d'un répertoire qui la distinguerait. Cela l'a amenée à apprendre de nombreuses chansons appartenant au folklore acadien.

« On était dans les années 1960, se remémore-t-elle. Je connaissais un large éventail de chansons du folklore acadien. Puis des chercheurs de l'Université Laval sont venus à Paquetville, mon village natal. Ils s'intéressaient à notre culture. Je leur ai donc présenté les chansons que je savais et je les ai orientés vers ceux qui me les avaient montrées. »

Sans doute épatés par les connaissances et les aptitudes de la jeune Édith, les chercheurs en question l'ont invitée à s'inscrire à l'Université Laval. L'Acadienne d'origine a étudié les us et coutumes de l'Acadie et du Québec pendant ses études universitaires.

« C'est important pour moi, les racines, confie la chanteuse. Elles nous permettent de savoir qui on est et d'aller plus loin. C'est ma théorie et j'y crois profondément. »

Vous voulez y aller ?

Édith Butler

Samedi 13 août, 21 h

Shack d'Amérique, Festival des traditions du monde

Sherbrooke

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer