Safia Nolin brasse la boîte à tabous

Les invitations pleuvent de partout. Safia Nolin est... (La Presse archives, Édouard Plante-Fréchette)

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Les invitations pleuvent de partout. Safia Nolin est de tous les festivals un brin branchés, dont celui de la Grosse Lanterne de Béthanie les 12 et 13 août. Elle sera aussi au Festival de la poutine, le 27.

La Presse archives, Édouard Plante-Fréchette

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(Sherbrooke) Safia Nolin a quitté Limoilou, mais pas entièrement. Concrètement, physiquement, oui, l'auteure-compositrice-interprète a déménagé sa guitare et ses petites affaires à Montréal. Mais dans la tête, dans le coeur, dans tout le corps de Safia Nolin, il y a encore une part de la solitude, des peurs et de l'anxiété partagées sur son premier album qui demeurent et dont elle a encore à dire.

« Je suis sortie de ce qui faisait mon enfer et il y a quelques éclaircies, mais il reste des problèmes », raconte avec franchise celle qu'on a saluée du plus récent prix Félix-Leclerc de la chanson après son passage aux FrancoFolies de Montréal.

« Je ne suis plus dans la même sorte d'émotions, mais c'est un autre genre de stress et je ne suis pas une pro là-dedans. Je vis beaucoup d'anxiété, je la gère mal et je n'ai jamais été bonne pour gérer ça », reprend Safia Nolin, qui dissimule sous le nom de famille emprunté à sa mère les racines arabes paternelles qui lui ont valu les longues années d'intimidation responsables de ses troubles d'anxiété et de son décrochage scolaire.

« Je me suis fait ramasser, lance la jeune femme de 23 ans. Les gens pensent que ça n'arrive pas ici, mais ça arrive en crisse. Y en a du racisme au Québec. C'est vrai que c'est ouvert comme société, mais pas tout le monde pis pas tout le temps. Y a du racisme, y a de l'homophobie aussi, et ça se passe chez nous. Je pense que refuser de le voir, c'est pire que ne rien faire. Moi, j'essaie de faire ma part pour dénoncer ça, ça me tient à coeur l'ouverture d'esprit, mais c'est un gros mandat pour moi toute seule. Tandis qu'à la gang... »

Et Safia Nolin a rapidement élargi sa gang de fans, mais aussi de copains artistes adorant ce qu'elle fait et voulant partager avec elle la scène et les projets. Après avoir assuré une large part des premières parties de spectacle de Lou Doillon l'hiver dernier, elle a aussi partagé les planches avec Louis-Jean Cormier, avec son ami Koriass, avec les Soeurs Boulay. Les invitations pleuvent de partout, elle est de tous les festivals un brin branchés, dont celui de la Grosse Lanterne de Béthanie les 12 et 13 août. Elle sera aussi au Festival de la poutine le 27.

« J'ai plus d'amis qu'avant, et surtout plus de bons amis, confie la jeune artiste. C'est weird que ces gens-là soient devenus mes amis, mais la dernière année m'a apporté ça, des amis et beaucoup de confiance. La confiance que la vie, c'est pas juste du caca. »

Du caca et de cette intimidation qui a commencé au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 pour se poursuivre jusqu'à ce qu'elle abandonne ses études, en troisième année de secondaire, après avoir « tellement souvent changé d'école ».

Comme Auschwitz

« Chaque matin, c'était comme aller à Auschwitz, je voulais pas, lance-t-elle. J'y allais en auto pour ne pas avoir à prendre l'autobus et me faire écoeurer aussi dans l'autobus. Quand j'ai lâché l'école, le bullying a arrêté. Mais y a encore un paquet de monde pogné là-dedans, j'aimerais ça faire la différence. »

Entre autres par ses chansons, sa musique, qu'elle trimballe depuis qu'elle a remporté le prix de la SOCAN au Festival de Granby en 2012, mais plus allégrement encore depuis le lancement de son premier album, Limoilou, il y a presque un an.

« Quand j'étais petite, je voulais être chanteuse, mais je chantais mal, vraiment mal », se rappelle-t-elle en révélant qu'elle massacrait alors les grands succès de Lady Gaga, Taylor Swift et les Jonas Brothers.

« Je ne sais pas ce qui est arrivé, mais quand je veux, je me donne à fond », explique celle qui a appris la guitare en autodidacte, à 17 ans, et qui écrit depuis paroles et musique.

« Bientôt, va falloir que je m'isole quelque part dans le fond des bois où j'aurai pas peur des ours non plus pour pouvoir écrire quelques chansons pour un prochain album », annonce celle qui n'arrive pas à se « donner à son art » sans tranquillité.

« Aaah! Je me trouve drôle quand je dis ça ''me donner à mon art'', poursuit Safia Nolin dans un long rire. Mais sérieusement, j'ai juste une chanson devant moi et j'ai vraiment très envie de retourner écrire bientôt. Sauf que là, c'est un peu fou, y a des shows et tout plein de choses, j'y arrive pas. Pis en même temps, j'aime ça les shows, le dialogue avec le public, même si je le laisse pas vraiment parler. Cet automne, un peu avant les fêtes, ça va tomber tranquille, je vais en profiter et écrire. »

Sans doute beaucoup sur la santé mentale, un sujet qu'elle souhaite sortir de la boîte à tabous pour de bon. Lorsqu'elle a récemment appelé sa maison de disque pour annuler un show parce qu'elle faisait une crise de panique à l'idée de monter dans l'avion, on lui a dit de ne pas s'énerver, « que si je m'étais foulé une cheville, on n'aurait pas exigé que je donne mon show, et que c'était pareil », raconte Safia Nolin.

« Ils ont été cool, ils ont compris. C'est comme si j'avais eu une cheville foulée dans ma tête et les gens à l'autre bout le comprenaient. La santé mentale, on en parle plus souvent, mais on en parle jamais assez, c'est fucké un peu », regrette Safia Nolin, dont les troubles de panique sont souvent ingérables.

« Je peux parfois laisser passer quatre métros avant de me décider à monter, c'est un peu long, reprend-elle en riant. Ces peurs-là sont incontrôlables, un peu comme des petites fins du monde. Heureusement, les nouvelles générations consultent plus facilement. C'est là que tu réalises que t'es pas folle, qu'il y a d'autre monde comme toi et des outils pour t'aider.

« C'est aussi une grande source d'écriture, la santé mentale, que ce soit ton vécu ou celui de tes amis, note encore Safia Nolin. Mais c'est sûr que des fois ça peut être plus difficile de garder ça poétique. »

On lui fait confiance.

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