Au revoir Monsieur Jones!

Accompagné des fidèles musiciens de son trio, le... (Spectre média, Julien Chamberland)

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Accompagné des fidèles musiciens de son trio, le contrebassiste Éric Lagacé et le batteur Jim Doxas, Oliver Jones a fait halte une dernière fois à Orford Musique samedi soir à l'occasion de sa tournée d'adieu.

Spectre média, Julien Chamberland

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Orford) C'est une tournée d'adieu des plus sensées, avec le paradoxe qui vient avec : un musicien qui décide de prendre sa retraite pendant qu'il est encore capable de jouer... et qui, justement, joue encore tellement bien qu'on ne veut pas qu'il parte.

Mais on comprend Monsieur Oliver Jones, à 81 ans, de vouloir se retirer avant qu'un quelconque déclin s'installe, et ainsi ne pas laisser de mauvais souvenir (comme c'est malheureusement arrivé avec d'autres). Surtout que le musicien montréalais a subi un triple pontage l'an dernier.

Dans ces circonstances, son tout dernier passage, samedi soir, à la salle Gilles-Lefebvre (évidemment comble) d'Orford Musique s'est déroulé dans une atmosphère quasi familiale. C'est le plaisir qui était à l'honneur, autant le sien que celui de ses musiciens (le contrebassiste Éric Lagacé et le batteur Jim Doxas) et de l'auditoire.

En fait foi cette deuxième partie où, comme il le fait souvent, le trio a joué les demandes spéciales du public, qui les avait déposées pendant l'entracte dans un panier placé sur le devant de la scène.

«Au clair de la lune !» a lancé Éric Lagacé en ouvrant un des papillons, sur le ton de «y en a qui ne se sont trop pas forcés».

Mais vous savez quoi? Le public l'a eu, son Au clair de la lune en version trio jazz ! Le reste fut suivi de grands classiques tels Take Five de Brubeck, What a Wonderful World d'Armstrong, Take the A Train d'Ellington, Somewhere over The Rainbow, même J'attendrai... Tous joués comme ça, à trois, sur commande, avec une complicité sans faille.

Coeur et âme

Pour ce qui est de son propre plaisir, Oliver Jones a offert le répertoire qu'il affectionne le plus. Il a joué le Georgia on My Mind rendu célèbre par Ray Charles, plusieurs pièces de celui qui fut son mentor, Oscar Peterson (dont Place Saint-Henri et When Summer Comes), des souvenirs de sa base classique (dont le Nocturne no 2 de Chopin) ainsi qu'un pot-pourri de son compositeur préféré, George Gershwin, particulièrement réussi.

Et ce qui est merveilleux avec les musiciens de métier comme Oliver Jones et ses coéquipiers, c'est que, même lorsqu'on ne se prend pas la tête, la qualité est quand même au rendez-vous. Le pianiste a encore une touche remarquable. Sa façon d'improviser, sans être la plus spectaculaire, relève d'une forme de simplicité très proche du coeur et de l'âme. À défaut d'épater, Oliver Jones enlace, berce et émeut immanquablement.

La connexion avec Lagacé et Doxas est aussi belle à voir, l'amical duel entre le pianiste et le contrebassiste s'avérant très drôle. Le premier imaginait des suites de notes beaucoup plus compliquées à faire sur une contrebasse que sur un clavier. Mais avec ses mains de géant, Lagacé relève tous les défis.

Jim Doxas a aussi eu son long solo de batterie, également livré davantage dans l'abondance de nuances que dans la prouesse.

Vraie retraite ?

Qu'en sera-t-il de cette fameuse retraite, la vraie, a-t-il répété ? Rappelons-nous que le Montréalais s'était déjà retiré, de 2000 à 2004, avant de ressortir de sa cachette, à la demande d'Oscar Peterson, pour vivre ce qui allait devenir les onze années les plus fructueuses de ses 76 ans de carrière.

Olivier Jones veut maintenant surtout se consacrer au soutien des jeunes musiciens et leur donner l'appui qu'il aurait aimé avoir à son époque.

«J'ai toujours beaucoup aimé cette salle. La première fois que j'y ai joué, c'était il y a plus de 30 ans, avec Charlie Biddle et Bernard Primeau. Maintenant, c'est le moment de se dire au revoir. Vous entendrez peut-être encore parler de moi de temps en temps, on se croisera peut-être sur un terrain de golf...» a déclaré le pianiste, en anglais comme en français, avant de chaleureusement remercier ses musiciens et le public.

Le concert s'est terminé par un Amazing Grace agréablement déconstruit en solo, rappelant l'affection indéfectible du musicien pour le gospel.

Au revoir, donc, M. Jones. Et merci !

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