Tannants un jour, Tannants toujours

Le trio de puissance des Tannants, Shirley Théroux, Joël... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Le trio de puissance des Tannants, Shirley Théroux, Joël Denis et Pierre Marcotte, fêtera ses retrouvailles avec le public, presque 40 ans après la dernière prise.

Spectre Média, Jessica Garneau

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) « Surtout, n'oublie pas de dire aux gens que c'est un retour sur scène, pas à la télé ! » insiste Joël Denis.

Mais faut-il vraiment s'étonner qu'une partie du public se méprenne ainsi sur le retour des Tannants ? Pendant presque une décennie, l'émission multimillionnaire du « Canal 10 » (ils furent jusqu'à 2,5 millions d'amateurs à la regarder) a monopolisé les matins, les midis, puis l'heure du souper des téléspectateurs, avec une popularité qui ne s'est jamais démentie, malgré le snobisme dont elle a été la cible du début à la fin.

Mais c'est sur scène que le premier trio de puissance des Tannants (l'équipe a connu quelques changements au fil des ans, Pierre Marcotte étant le seul qui a fait toute la série) fêtera ses retrouvailles avec le public, presque 40 ans après la dernière prise. Jusqu'à maintenant, les ventes de billets confortent les trois amis dans leur décision de revenir.

« De toute façon, je ne crois pas qu'un retour télévisuel serait possible, estime Shirley Théroux. Il n'y a plus d'artistes qui seraient capables de faire une émission d'une heure en direct, cinq jours par semaine, 39 semaines par année, même les jours fériés. C'est d'ailleurs la principale raison pour laquelle je suis partie. J'étais tellement fatiguée ! »

« Les équipes techniques ne pourraient plus suivre non plus, ajoute Pierre Marcotte. Elles se fendaient en quatre pour que tout réussisse bien. Les caméramans, aujourd'hui, n'ont plus cette dextérité », croit-il.

Mais un retour sur scène, ça oui ! Surtout que la chimie, lorsqu'ils se sont retrouvés pour la première fois les trois ensemble des années plus tard, est revenue comme s'ils s'étaient laissés la veille.

Le secret de ces atomes si crochus ?

« Une grande camaraderie, une grande complicité, un désir de ne pas se prendre au sérieux... Avec ça, tu vas avoir un premier trio écoeurant. Mais on ne peut pas vraiment mettre le doigt dessus : c'est une magie ! » répond Joël Denis.

« Le respect, le respect, le respect et le respect », ajoute Pierre Marcotte.

« Le respect du talent de l'autre, mais plus que ça, Pierre, poursuit Shirley Théroux. Je vous trouve drôle tous les deux et je sais que c'est réciproque. Tous les trois, nous avons aussi la passion de notre métier. »

Les Tannants Catelli

Les Tannants est une idée de l'ancien vice-président de la programmation Robert L'Herbier, qui a eu le flair d'amalgamer ces trois mousquetaires.

« Robert L'Herbier a réuni Gilles Latulippe, Paolo Noël, Jean Paquin et moi au Beaver Club, rapporte Pierre Marcotte. Nous avons passé quatre heures à discuter. C'est Gilles Latulippe qui avait trouvé le titre, inspiré des Talents Catelli : Les Tannants Catelli, qui sont devenus Les Tannants de chez nous. »

L'émission, alors diffusée le matin, réunissait donc Pierre Marcotte, Gilles Latulippe, Paolo Noël et Réal Béland père. Elle fut diffusée en 1972-1973.

« À l'époque, Robert L'Herbier faisait des tests pendant la saison estivale. Lorsque le public était au rendez-vous, il gardait la formule à l'automne. C'était brillant ! Il voulait aussi rajeunir l'équipe. Il nous a donc demandé à tous les trois de faire Les Tannants pendant l'été, le midi », se souviennent Shirley Théroux et Joël Denis.

C'était parti pour quatre saisons de sketchs, de blagues, de jeux avec le public... et de chansons : Shirley Théroux en avait toujours deux, et Joël, une. Sauf si le sketch, où le cabotinage et l'improvisation étaient la norme, durait deux fois plus longtemps que prévu et grugeait la portion variétés... Ce qui arrivait assez souvent.

Cette même facture humoristique, inspirée directement du vaudeville, valut à l'émission d'être regardée de haut par une partie de la société, voire d'être proscrite dans certains foyers. Pierre Marcotte ne cesse de raconter cette anecdote où le président de l'époque Roland Giguère, se faisant accuser par la haute société d'« abrutir le peuple », exigeait de Robert L'Herbier qu'il retire l'émission... puis se ravisait lorsqu'il voyait ce qu'elle rapportait en revenus publicitaires.

« Pour moi, le véritable critique, c'est le public. C'est toujours lui qui a décidé de faire un artiste ou de l'ignorer. Il y a des critiques qui ne savent même pas où est le do sur un piano ! » clame Shirley Théroux.

« Les gens étaient tellement affectueux. Ils étaient fiers de nous, mais ils se sentaient aussi des nôtres : ils voyaient des gens comme eux réussir à la télé et avoir des carrières. On faisait partie de leur famille », opine-t-elle.

Quelques portes montrées...

En revanche, il fallait composer avec une certaine familiarité. Joël Denis se souvient encore cette concurrente (probablement un peu ivre) qui lui donnait des coups de coude et qu'il lui rendait gentiment. Une escalade s'ensuivit jusqu'à ce que la dame se donne un élan... et que le chanteur se recule à la dernière minute, laissant la spectatrice plonger vers le sol, heureusement sans se blesser.

« C'est une des quelques fois où on m'a montré la porte », raconte celui qui espère pouvoir rectifier, avec cette tournée de spectacles, l'image de bouffon qui lui colle aux baskets depuis toujours. Non pas qu'il la renie, mais on a tendance à oublier ses autres talents.

« J'ai animé Jeunesse d'aujourd'hui et mon répertoire de prédilection, c'est la chansonnette française », mentionne celui qui interprétera quand même ses deux grands classiques, Le ya-ya et Hey Hey Lolita ! et qui, mine de rien, aura 80 ans en octobre.

La polyvalence était d'ailleurs une qualité implicite des artistes à l'époque. « Même pour un gars comme moi qui arrivais des nouvelles et qui perlais un peu, souligne Pierre Marcotte. D'ailleurs, mes premiers sketchs avec Gilles Latulippe étaient désastreux. J'étais tellement mauvais ! Mes punchs étaient accueillis par une tonne de briques. Je faisais pitié. Après une semaine, Gilles a eu l'idée de me voler mes punchs. Le monde pleurait dans la salle. Et ça a toujours été comme ça par la suite. »

Toto et Toutoune

C'est aussi à cette époque que Pierre Marcotte et Shirley Théroux ont commencé à former un couple (ils ont eu un fils ensemble, Bruno-Pierre), d'abord en cachette.

« Je dois d'ailleurs dire que, même si Pierre et Shirley étaient ensemble, jamais je ne me suis senti isolé, l'esprit de groupe est resté le même », dit Joël Denis.

Au début de 1977, le chanteur et animateur, après une énième frasque, se fait remercier et est remplacé par Roger Giguère. Shirley Théroux, elle, quittera l'émission six mois plus tard. Les saisons suivantes verront se succéder les Christine Chartrand, Anne Renée ainsi que les défunts Marcel Giguère (père de Roger), Richard Niquette et Daniel Hétu.

Les Tannants tirent leur révérence en 1981, mais lorsque Pierre Marcotte prendra la barre de Montréal en direct, un talk-show diffusé également en fin d'après-midi de 1984 à 1987, il ramènera ses anciens coéquipiers, notamment pour faire revivre les sketchs de Toto et Toutoune.

Le célèbre tandem sera d'ailleurs de retour dans le spectacle, auquel participent cinq musiciens. Non, pas de concours d'imitation d'Elvis ni de piscine où plongeaient parfois les animateurs, et parfois même des concurrents.

« Le spectacle nous donnera plutôt l'occasion de faire valoir tous nos talents. Si on revient, c'est aussi avec l'idée de nous amuser. On va rire, mais les émotions seront aussi au rendez-vous, croyez-moi ! On va offrir un show en or ! » affirme Joël Denis.

La mise en scène a été confiée au comédien Patrice Coquereau. « À la première rencontre, il nous regardait avec l'air de penser : "C'est quoi, ces bibittes-là ?" raconte Pierre Marcotte. Mais après quinze minutes, il a embarqué en riant comme un fou : "Mais vous êtes malades !" »

« T'as pas besoin d'ouvrir un dictionnaire pour comprendre un gag des Tannants. C'est un humour bon enfant », conclut Joël Denis.

Vous voulez y aller ?

C'est fou! fou! fou!

Les Tannants

Les samedis 30 juillet et 6 août, 20 h

Salle Maurice-O'Bready

Entrée : 49 $

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