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King Dave : un exploit technique qui vaut le détour

Dans King Dave, Alexandre Goyette livre une renversante... (Film Séville)

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Dans King Dave, Alexandre Goyette livre une renversante prestation, au souffle ininterrompu, traversant les montagnes russes émotives de son personnage avec beaucoup de nuances et de justesse.

Film Séville

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) King Dave n'est pas un long métrage totalement réussi. Mais il vaut tellement la peine d'être vu quand même.

Cela peut sembler sacrilège, féliciter un film d'abord pour sa forme plutôt que pour son fond (c'était aussi le cas du Café de Flore de Jean-Marc Vallée, remarquable principalement pour son montage), mais King Dave est avant tout une impressionnante réussite technique. Non seulement le défi du plan-séquence - une scène de 90 minutes sans coupure, filmée dans 20 lieux différents sur un trajet de neuf kilomètres à Montréal - est pleinement relevé, mais il est poussé encore plus loin, avec une forme narrative éclatée et des effets spéciaux inattendus, étonnants, voire déstabilisants.

Qui plus est, le réalisateur Podz et l'acteur principal Alexandre Goyette (ce dernier a signé le solo théâtral original, ici adapté pour le grand écran) ont choisi de garder le monologue initial tel quel, c'est-à-dire que le personnage principal s'adresse directement à la caméra tout au long du film. Ils ont aussi emprunté la voie du courant de conscience : l'action est une transposition des pensées de King Dave, mêlant passé et présent, monde réel et imaginaire. Un procédé beaucoup plus utilisé sur scène que sur pellicule.

Bref, le tandem a audacieusement choisi de faire du théâtre au cinéma, bouleversant plusieurs conventions, brisant constamment le quatrième mur. Une forme d'impertinence qui ne manque pas d'attrait.

La contrepartie, c'est justement que King Dave évolue dans un appareil tellement particulier qu'il se crée une distance par rapport au sort du personnage principal, un jeune bum prétentieux, influençable et un peu con qui, en plus, ne suscite pas d'emblée la sympathie. Quant aux surprises techniques, elles créent malgré elles de fréquents décrochages, non par désintérêt mais parce qu'on se demande si on n'a pas eu la berlue.

Quelques plumes perdues

King Dave, c'est David Morin, un jeune au début de la vingtaine qui, comme plusieurs de ses semblables en perte de repères, tente de devenir adulte en jouant les durs. Voulant devenir l'ami d'un gang criminalisé, il se retrouve avec un contrat de vols de radios d'auto sur les bras. Une sortie dans un bar pour fêter cet argent vite fait tournera au vinaigre lorsque sa copine sera séduite par un autre homme. King Dave s'engage alors dans une spirale de vengeance, s'embourbant toujours davantage jusqu'à toucher le fond.

Écrit pour dépeindre les circonstances qui mènent un jeune homme à mal virer, notamment la violence comme réponse à la peur, King Dave touche à une vérité et à une réalité urbaine certaines. Ce succès théâtral mérité (deux Masques) perd toutefois quelques plumes dans son adaptation.

À commencer par le choix d'Alexandre Goyette, qui, à 37 ans, n'a plus vraiment l'allure d'un vingtenaire. On comprend à la fin que le personnage revisitait son passé, mais il aurait fallu quelques clefs de plus, au départ, pour embarquer immédiatement dans cette proposition. Certains passages plus oniriques, qui surviennent sans transition, et quelques ruptures de ton trop brusques créent aussi des déséquilibres momentanés.

Podz a aussi sous-estimé toute la décharge émotive d'un personnage s'adressant constamment à la caméra, ce qui, certes, catapulte dans l'action et crée un sentiment d'emprisonnement et d'oppression, mais entraîne aussi son contraire, soit l'envie pressante de fuir, comme lorsqu'une personne vous agonit de paroles incessantes, cette fois-ci dans une agressante langue de rue. Même si Alexandre Goyette a diminué son niveau de jeu par rapport aux planches, les multiples gros plans et la voix haut perchée sont autant d'intrusions dans l'espace vital.

Sans pantoufles

Cela étant, le comédien livre une renversante prestation, au souffle ininterrompu, traversant les montagnes russes émotives de son King avec beaucoup de nuances et de justesse (les 20 ans, il les joue bien, à défaut de les avoir). On ne peut pas dire qu'on s'attache au personnage, dont la sottise semble sans limites, mais on veut savoir jusqu'où il va s'enfoncer.

Il y a aussi l'exploit technique, qui, à lui seul, vaut le détour, pas seulement pour sa durée, mais pour son ingéniosité. On est loin du plan-séquence pantouflard. Avec des jours recréés la nuit (même, brièvement, en extérieur), des cicatrices qui apparaissent et disparaissent, des tournages dans le métro en marche, dans un autobus, dans une voiture, dans un édifice où se trouvent à la fois un appartement, une prison, une discothèque, on ne peut que s'incliner devant l'incroyable travail de l'équipe technique et de son capitaine. Tout ça en y encastrant une histoire qui se tient.

Ainsi, il reste après coup le sentiment d'avoir été le spectateur d'une oeuvre unique et incomparable, qui marque, à sa façon, un jalon dans la cinématographie québécoise. King Dave s'inscrit parmi les films qui repoussent les limites du cinéma, notamment en nous rappelant régulièrement que c'en est.

Rendez-vous

Podz sera à la Maison du cinéma de Sherbrooke le lundi 18 juillet pour rencontrer les cinéphiles qui seront à la représentation de King Dave de 19 h 15, afin de répondre à leurs questions après le film. À noter que la représentation est payante et non gratuite, mais il est possible d'acheter ses billets pour cette projection dès aujourd'hui.

King Dave

Genre : Drame

Cote : *** 1/2

Réalisateur :  Daniel «Podz» Grou.

Acteurs : Alexandre Goyette, Mylène Saint-Sauveur et Karelle Tremblay.

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