Le genre d'emmerdements  qu'on aime

Dans L'emmerdeur, la tentative de suicide ratée de... (Photo Projets de la Meute)

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Dans L'emmerdeur, la tentative de suicide ratée de François Pignon (Marcel Leboeuf) viendra contrecarrer les plans d'un tireur à gages (Normand D'Amour), qui mettra tout en oeuvre pour que l'esclandre de son voisin de chambre ne le fasse pas découvrir. Ce faisant, le tueur met le doigt dans un terrible engrenage...

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Drummondville) Non, on ne s'emmerde pas du tout avec L'emmerdeur que proposent les Projets de la Meute tout l'été à la Maison des arts de Drummondville. Faut-il s'en étonner, puisque cette pièce de Francis Veber, créée en 1971 sous le titre initial Le contrat, est en quelque sorte l'aïeule du Dîner de cons, donc la toute première à mettre en scène François Pignon ? Doit-on en être surpris, puisque c'est encore Normand Chouinard qui signe la mise en scène et que c'est encore Marcel Leboeuf qui tient le rôle principal ?

Non, on ne s'emmerde pas du tout avec... (Photo Projets de la Meute) - image 1.0

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Mais si on vous disait qu'il faut absolument aller voir ce spectacle à cause de... Normand D'Amour ? Ah ! Ha ! Vous ne l'attendiez pas celle-là, hein ?

Oui, oui, Marcel Leboeuf est toujours parfait, avec sa face de pet idoine, sa façon délicieuse de jouer la candeur et l'incommensurable incapacité du personnage de comprendre ce qui se passe réellement autour de lui... Mais de voir Normand D'Amour, acteur tragique s'il en est (on a encore son capitaine Achab de Moby Dick dans la poitrine), disjoncter de la sorte est tout simplement renversant. Un autre acteur complet, qui étonne cette fois par ces capacités de jeu comique et de jeu physique. On n'est pas totalement dans le burlesque du regretté Gilles Latulippe, mais on a quand même un pied dedans.

Trop facile...

La nouvelle vague de gaffes de François Pignon s'amorce alors que notre homme, maintenant photographe de son métier, vient d'être laissé par sa femme et ne pense qu'à en finir. Pignon débarque dans un hôtel situé devant le palais de justice où doit avoir lieu le témoignage d'un délateur, au cours d'un important procès, mais n'a vraiment pas le coeur à l'ouvrage. Ce qui n'est pas du tout le cas de Ralph, le tueur à gages (D'Amour) qui vient de s'installer dans la chambre voisine pour liquider le gênant témoin.

Mais la tentative de suicide ratée de Pignon viendra contrecarrer les plans du tireur, qui mettra tout en oeuvre pour que l'esclandre de son voisin de chambre ne le fasse pas découvrir. Ce faisant, il met le doigt dans un terrible engrenage...

D'emblée, on a presque envie de reprocher à la Meute de vaincre sans péril : après le très grand succès remporté par le Dîner de cons, ce n'était pas très risqué de mettre à nouveau du Francis Veber dans les mains du tandem Chouinard-Leboeuf, même si, on s'en doute, personne ne s'est assis sur ses lauriers. La mécanique parfaite du texte de Veber, très bien transposé à la réalité québécoise, est quand même une solide assise.

Mais il faut admettre que Normand Chouinard a l'art de la bonne dose : l'humour physique n'est jamais trop cabotin, la grivoiserie ne devient pas vulgarité. Cette fois, seules les premières tentatives de suicide de Pignon sont trop épaisses, de même que les circonstances dans lesquelles le tireur reçoit son coup sur la tête, compliquées pour rien. On abuse aussi un peu des sirènes de police.

Mais l'ensemble se déroule généralement dans une belle folie, jamais excessive, où l'on se permet au plus (à moins que ce soit dans le texte initial) une fausse gaffe digne d'un dessin animé. Et attendez d'entendre de quelle sorte de bijoux Pignon est prêt à couvrir son ex-épouse (Monique Spaziani) pour qu'elle revienne... Éclat de rire assuré !

Confusion et hyperexcitabilité

De par son rôle, Normand D'Amour a la chance de pouvoir montrer une large palette de ses talents, de l'inquiétant Ralph qui vous fusille du regard à l'individu complètement déboussolé lorsque les circonstances, on ne vous les révèle pas, le placent dans un état de confusion totale, puis dans une hilarante hyperexcitabilité. Tout un travail de composition !

À saluer également les prestations de Patrice Coquereau, dans le rôle du très tendu Dr Wolf, et de Pierre-François Legendre, en valet d'hôtel qui n'entre jamais au bon moment, trouvant toujours Pignon et son tueur dans des positions, disons, équivoques... C'est parfois un peu tiré par les cheveux, mais ça marche quand même.

En somme, un divertissement réussi, sans grande morale, la seule étant la victoire d'un coeur pur comme celui de François Pignon. Dans le fond, l'innocence reste probablement la meilleure protection contre toutes les méchancetés du monde.

Sylvia

Les Projets de la Meute ont par ailleurs annoncé qu'ils seraient de retour en été 2017, pour une troisième année. Cette fois, ils offriront une adaptation de la pièce de Broadway Sylvia, dans laquelle un chien est interprété par une actrice. André Robitaille signera la mise en scène, avec comme acteurs Pierrette Robitaille et à nouveau Marcel Leboeuf.

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