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Tournage de King Dave : 90 minutes sans coupez!

Mylène St-Sauveur et Alexandre Goyette dans une scène... (Yan Turcotte)

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Mylène St-Sauveur et Alexandre Goyette dans une scène du film King Dave, qui arrive sur les écrans le 15 juillet.

Yan Turcotte

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Lorsque Alexandre Goyette est venu présenter la pièce de théâtre King Dave à Sherbrooke en novembre 2006 - un texte pour un seul acteur qu'il a écrit, joué et qui lui a même valu deux Masques, un pour le texte et un pour la meilleure interprétation masculine - , il parlait déjà d'une adaptation cinématographique par le réalisateur Podz. À une semaine de l'arrivée du long métrage dans les cinémas québécois, le moins que l'on puisse dire, c'est que le tandem a fait preuve de ténacité.

« Tu as raison de dire qu'on y tenait vraiment beaucoup, commente Podz, alias Daniel Grou. En réalisation, on abandonne parfois des projets en cours de route, pour toutes sortes de raison. Mais nous voulions vraiment faire King Dave. Probablement à cause du sujet. Je suis un réalisateur qui aime parler de la société qui l'entoure », explique celui qui avait aussi signé 10½, un autre long métrage sur les jeunes délinquants.

« Il y a de jeunes garçons qui virent mal, mais qui auraient pu mieux virer. Pas tous. Certains ont des troubles qui font que ça ne marchera jamais. Mais plusieurs s'échouent parce qu'ils ont fait de mauvais choix, parce qu'ils ont été guidés par des forces qu'ils contrôlaient mal. »

King Dave est l'histoire d'un caïd de 21 ans, maître incontesté de son environnement immédiat, mais obligé par un gang de rue à voler des radios d'auto. Fort de son exploit, David Morin va fêter l'événement en s'enivrant dans un bar. Il provoque alors une altercation qui dégénère. Le jeune invincible s'engage alors dans une redoutable spirale de vengeance qui, on s'en doute, tournera au plus mal.

20 lieux sur neuf kilomètres

Si le projet cinématographique a mis autant de temps à aboutir, c'est notamment parce que l'auteur et le réalisateur n'arrivaient pas à trouver la façon de faire passer l'histoire de la scène à la pellicule, rapporte Alexandre Goyette.

« Nous avons dû passer au moins deux ans à nous demander comment adapter le texte au cinéma. Nous avons essayé des façons plus traditionnelles, mais ça ne fonctionnait pas, l'histoire devenait plate. Jusqu'à un soir où, autour d'une bière, Podz a eu l'idée du plan-séquence. Il voulait que le spectateur n'ait jamais le temps de se reposer. Il voulait garder la même énergie, le même sentiment de tonnes de briques qu'au théâtre. C'était réglé. »

Le plan-séquence, pour les néophytes, est un plan sans coupure. La caméra, en mouvement constant, n'arrête jamais de filmer. Plus le plan est long, plus il devient exploit, car si une erreur est commise, il faut absolument tout reprendre du début. Imaginez alors un film entièrement réalisé dans un seul plan-séquence. King Dave, qui dure environ 90 minutes et a été tourné dans 20 lieux différents répartis sur neuf kilomètres, décroche ainsi le titre du plus long plan-séquence de l'histoire du cinéma québécois.

« Je voulais conserver le souffle de la prestation théâtrale d'Alexandre, comme si on était devant un tsunami auquel on ne peut échapper », explique Podz.

Daniel Grou, alias Podz.... (Yan Turcotte) - image 2.0

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Daniel Grou, alias Podz.

Yan Turcotte

Du théâtre au cinéma

Décision fut donc prise que King Dave s'adresse directement à la caméra tout au long du film, ce qui donne une création hybride, à cheval sur le 7e art et le théâtre. Tant le réalisateur que l'acteur avaient le sentiment de voguer sur des territoires inexplorés.

« Podz avait l'impression que tout ce qu'il savait en cinéma ne lui servait absolument à rien, rapporte Alexandre. Il fallait tout réinventer. Moi-même, je ne pouvais jouer aussi gros qu'au théâtre. C'était bien trop d'énergie pour la caméra! À l'inverse, si je réduisais trop, on perdait l'intérêt. Je devais trouver un entre-deux. Chaque fois aussi qu'on tentait de s'écarter du texte original, ça ne fonctionnait plus. »

« Pour moi, il n'existe pas de mauvaise façon de raconter une histoire », répond Podz lorsqu'on lui demande s'il craignait de marcher sur des sentiers proscrits au cinéma. « Ce que j'aime du théâtre, c'est son appel à l'imaginaire. Mais cet imaginaire existe aussi au cinéma, par exemple ce qui se passe en dehors du cadre. Mais le plus souvent, on tourne de façon bêtement représentative, » déplore-t-il.

Bref, le cinéaste a carburé à l'instinct. « De la même façon que je ne me suis pas du tout inspiré des plans-séquences que j'avais déjà vus. »

100 000 $ la prise

Une fois le scénario écrit et le financement de 4,7 millions $ obtenu (les autres raisons pour lesquelles le film a mis autant de temps à se concrétiser), il a fallu un an de préparation au tournage, car King Dave a été tourné de nuit dans la ville de Montréal. Il y a même des scènes en autobus et dans le métro en marche. Et comme il n'y aucune coupure, acteurs, figurants, caméramans, preneurs de son, éclairagistes, accessoiristes, véhicules et métro (disponible seulement entre 2 h et 4 h) doivent être parfaitement synchronisés du début à la fin du trajet.

« Nous avons eu cinq nuits de répétition générale, puis cinq nuits de tournage, rapporte Alexandre Goyette. Quatre nuits sur cinq, nous avons tourné la séquence sans couper [c'est la dernière qui a été gardée]. Mais à la quatrième nuit, il a fallu recommencer quatre fois! À la fin, le jour s'était levé. »

Beaucoup de pression pour un acteur?

« Il n'y avait pas de place pour penser à ça. Je crois que j'ai simplement éteint une switch dans ma tête. J'avais confiance en moi, en mon réalisateur, en toute mon équipe. Mon truc, c'est aussi de faire des blagues à tout le monde : "Pas de problème, c'est juste 100 000 $ la prise!" » raconte-t-il en riant. « J'aime vraiment mon métier quand il devient sportif, quand il devient défi physique et intellectuel. »

Podz a aussi réservé quelques surprises avec effets spéciaux pour les cinéphiles, comme le jour qui débarque en pleine nuit, des cicatrices qui apparaissent et disparaissent, des cabines téléphoniques qui se mettent à bouger.

« Je voulais qu'il y ait un côté spectacle. King Dave est en quelque sorte un stream of consciousness [courant de conscience] : les pensées de Dave se concrétisent devant nos yeux. Les effets spéciaux peuvent créer un effet de distanciation, mais je pense que la proximité et l'intimité de personnage empêcheront les gens de décrocher. »

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