Une voix taillée pour le blues

En spectacle ce soir sur la grande scène... (Benoît Rousseau)

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En spectacle ce soir sur la grande scène extérieure du Sherblues & Folk, l'ancien participant de La voix Martin Goyette interprétera des standards de blues et plusieurs nouvelles compositions.

Benoît Rousseau

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Martin Goyette a découvert qu'il avait une voix presque par hasard. Après avoir été recruté par un groupe à titre d'harmoniciste, en fait, à l'âge de 18 ans.

« Les gars m'ont demandé si j'étais capable de chanter. J'ai dit non. »

Ils ont un peu insisté, il a fini par prendre le micro. En plein milieu de la chanson, tout le monde a arrêté de jouer.

« J'étais convaincu que c'était parce que je n'étais pas bon. »

Il avait tout faux.

« Le batteur, un musicien plus âgé qui avait roulé sa bosse dans le milieu, m'a demandé si je le niaisais quand je lui disais que je n'avais jamais chanté de ma vie. »

Martin ne niaisait pas. Mais à partir de ce moment-là, il s'est mis à explorer sa voix. « Pour moi, le chant s'inscrivait dans la foulée de l'harmonica. Parce que ça vient de la même place : de la respiration et du souffle», explique celui qui s'est fait connaître du grand public en participant à La voix, l'hiver dernier.

Il écoutait du vieux blues bien avant de découvrir que ses cordes vocales semblaient avoir été taillées sur mesure pour ce style musical. Il avait 16 ans et des timbres Columbia à écouler. Dans sa commande postale, il y avait un disque de B.B. King. Coup de foudre musical immédiat et sans appel.

« Le blues, tout comme le jazz, c'est une musique qui me transporte. Je ne peux pas expliquer pourquoi. Encore aujourd'hui, ça vient me chercher avec la même force, ça me vire à l'envers, ça me rend heureux. »

Retourner aux racines

Il rêve d'ailleurs de remonter aux racines du genre. Jusqu'à la Nouvelle-Orléans, jusqu'au Mississippi, jusqu'à Memphis. « Dans quelques années, ce serait un beau voyage à faire en Winnebago... C'est un rêve qui pourrait bien se concrétiser. »

D'ici là, il se plonge dans le riche répertoire issu du sud des États-Unis. Un répertoire aux chansons chargées d'histoires. Martin Goyette ne saurait d'ailleurs dire laquelle est pour lui la plus évocatrice.

« Il y en a tellement, c'est impos-sible de trancher. Mais si je devais en nommer une, parmi d'autres, qui me touche particulièrement, il y a Me and the Devil Blues, de Robert Johnson. Quand on l'écoute, quand on lit les paroles, on réalise à quel point les temps ont changé, à quel point notre époque diffère de celle des vieux bluesmen. Dans cette chanson, Johnson raconte qu'il a pactisé avec le diable pour faire de la musique. C'est dur, c'est fort. »

Autre temps, autre moeurs. Le Montréalais à la voix d'exception n'a évidemment pas conclu de marché avec Satan pour patauger dans le blues, mais il a quand même renoncé à subir une opération qui aurait réglé ses problèmes d'apnée du sommeil. Par crainte de voir sa voix changer après coup. En lieu et place, il a préféré dormir avec la machine, ce qui, déjà, lui a redonné une énergie qu'il ne pensait plus avoir.

« Je traînais ça depuis un bout de temps. Je ne récupérais jamais, j'étais tout le temps fatigué, mais je me disais que ça passerait, que c'était contextuel. »

Mais voilà¸ca ne passait pas. Ça s'aggravait, plutôt.

Le premier médecin qui l'a vu a tout de suite soupçonné l'apnée du sommeil. Bingo! C'était ça.

« Le pneumologue m'a dit que j'étais le pire cas qu'il avait vu. J'avais étiré l'élastique, disons. »

La voix, vitrine de choix

Son énergie nouvellement retrouvée lui a permis d'envisager l'aventure de La voix, où il a été recruté par la coach Ariane Moffatt. On s'en souvient, il a été éliminé lors des premiers directs, en même temps que le Sherbrookois Tim Brink, lorsque leur chef d'équipe a généreusement avantagé la candidate Amélie Nault en lui octroyant un pointage de 60. Le public n'avait pas la même favorite. Et il s'est fait entendre sur les réseaux sociaux. La controverse n'a pas atteint Goyette. Et il n'a pas davantage ressenti d'amertume en quittant le bateau télévisuel.

« Il ne faut pas oublier que c'est un show de télé. Je comprenais très bien le choix artistique d'Ariane. Elle est allée avec la candidate dont l'univers était le plus près du sien. Les gens ont été très méchants sur les réseaux. Ariane m'a appelé deux jours après l'émission. C'était difficile pour elle. C'est tout un univers, les médias sociaux... Moi, tout ça ne m'a pas ébranlé. À 38 ans, je ne participais pas à cette émission-là pour trouver qui je suis. C'était une formidable vitrine, par contre. Avant, les gens venaient m'entendre sans trop savoir à quoi s'attendre. Maintenant, ils me connaissent un peu plus », dit celui qui en sera à sa quatrième participation au Sherblues & Folk. C'est toutefois la première année où il se retrouve tête d'affiche, sur la scène principale. L'heure sera aux retrouvailles heureuses : il partagera les coulisses avec son confrère de La voix, Tim Brink.

« Tim et moi, on était les deux plus vieux de l'équipe, alors, naturellement, on s'est trouvé des affinités. Le hasard a voulu qu'on parte en même temps. Ce sera l'fun de le recroiser ce soir. On se succédera sur la scène, lui et moi. »

Ce tour de chant a la couleur des premières pour Goyette, qui présentera en primeur un spectacle tissé de ses propres chansons. Celles-ci se retrouveront sur son prochain disque, dont la sortie est prévue en hiver ou au printemps de 2017.

« J'étais rendu là, à composer mes propres trucs, mais c'est vraiment un travail d'équipe. J'ai écrit de concert avec les quatre musiciens qui m'accompagnent depuis six ans. On a créé ensemble un éventail de chansons. Elles sont toutes en anglais, mais mon passage à La voix m'a montré que je pouvais aussi chanter en français. C'est une avenue que j'ai envie d'explorer prochainement. »

Les gens qui suivent le bluesman depuis longtemps ne seront pas déboussolés, promet-il, puisqu'il entend aussi interpréter plusieurs standards de blues.

Vous voulez y aller ?

Martin Goyette et Tim Brink

Samedi 9 juillet, 20 h

Grande scène extérieure du Sherblues & Folk

Entrée gratuite

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