Wonny Song : en avant... pour la musique

Nommé directeur artistique d'Orford Musique l'an dernier, Wonny... (Spectre Média, René Marquis)

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Nommé directeur artistique d'Orford Musique l'an dernier, Wonny Song attend impatience l'envol du tout premier Festival Orford Musique qu'il a monté de ses propres mains. Il donnera aussi, avec le quatuor à cordes Cecilia, le concert d'ouverture du 2 juillet... Ce qui n'était pas dans son plan initial...

Spectre Média, René Marquis

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Orford) Wonny Song n'avait vraiment pas prévu donner le concert d'ouverture du 65e Festival Orford Musique, samedi prochain, en compagnie du quatuor à cordes Cecilia. Se mettre ainsi en avant, à sa première saison comme directeur artistique du renommé centre d'arts? Ce serait bien mal le connaître.

« Si j'ai envie de me faire voir, c'est d'abord auprès des étudiants », insiste-t-il, réitérant la principale raison qui lui a fait postuler pour la succession de Jean-François Rivest : le soutien à la relève musicale.

Wonny Song avoue avoir eu un coup de coeur pour la cause lorsqu'il est devenu vice-président de la Fondation Père-Lindsay, laquelle a notamment octroyé des bourses de carrière de 50 000 $ au flûtiste Vincent Lauzer et au violoncelliste Stéphane Tétreault.

« Je dois dire que ça m'a vraiment allumé. Ça m'a procuré beaucoup de joie. Si je suis ici, c'est donc, en premier lieu, pour les stagiaires de l'Académie d'Orford Musique. Depuis mon arrivée, j'ai vraiment envie de partager leur vie, de me mêler à eux, peut-être leur donner des trucs... » insiste celui qui, naguère, était justement à leur place.

Mais voilà : 24 heures avant que les programmes du Festival Orford Musique 2016 partent chez l'imprimeur, l'artiste du concert d'ouverture a annulé, rapporte le pianiste, dans un souriant soupir. Pour sauver le navire, le capitaine, déjà très occupé, a quand même accepté de se « sacrifier ». Mais dans le plaisir. D'abord en invitant le quatuor Cecilia, avec lequel il rêvait de jouer. Puis en choisissant un de ses quintettes romantiques préférés, le Quintette pour piano en la majeur de Dvorak.

« C'est une oeuvre festive, lyrique, positive... et une première pour moi. Ça signifie donc, en ce moment, des répétitions à minuit! » dit-il, en faisant aller ses mains sur un clavier imaginaire.

Les défis d'un pianiste

Si les précédents directeurs artistiques du Centre d'arts Orford étaient principalement chefs d'orchestre (Agnès Grossman, Yuli Turovsky, Jean-François Rivest) ou gestionnaires du milieu des arts (Sophie Galaise, Davis Joachim), Wonny Song arrive au beau milieu d'une active carrière d'interprète.

« Et c'est tout un défi! reconnaît-il. Les priorités changent. Je ne peux plus accepter tous les concerts et je discute beaucoup avec mes agents », dit-il, avouant qu'il a même accepté certaines offres avec l'idée de trouver des débouchés internationaux pour ses stagiaires.

Et c'est ce qui s'est produit : l'an dernier, Wonny Song a joué à Séoul, et cette année, l'Orchestre Orford Musique donnera, à la fin de l'été, une série de concerts en Corée du Sud, notamment au Festival Maru.

« Mon but, c'est vraiment d'ouvrir Orford sur l'international. La compétition dans ce domaine est vraiment très forte [une des raisons pour lesquelle le centre est devenu Orford Musique, pour mieux se mesurer aux Aspen Music et compagnie]. Voilà pourquoi, au moment de choisir nos maîtres invités, nous nous sommes tournés vers de nouvelles facultés cette année. Par exemple, nous recevons Yoheved Kaplinsky, de Julliard, et Mauricio Fuks, de l'Université de l'Indiana. Et cela se répercute non seulement sur le niveau des stagiaires, dont plusieurs sont au seuil d'une carrière professionnelle, mais aussi dans les classes des autres professeurs. Ce sont de bons coups de main à la réputation d'Orford. »

40 pianos à Osaka

S'il a invité plusieurs nouvelles têtes pour les concerts de 2016 (dont plusieurs qui feront leur baptême en terre canadienne et avaient très envie de découvrir Orford malgré leur horaire chargé), il demeure conscient que le public d'Orford apprécie beaucoup les musiciens canadiens.

« Par contre, il est aussi très chaleureux et très ouvert, avec cette bienvenue propre aux Québécois, cette façon de s'approprier des gens qui ont envie de jouer pour nous. Je ne pensais d'ailleurs pas que l'auditoire était si proche ici, c'est quelque chose d'unique. »

Quand les gens sont si chaleureux, on n'hésite pas à s'envoler pour Osaka pour trouver en catastrophe 40 pianos pour l'Académie parce que la commandite d'Archambault, qui depuis des années prêtait les instruments en juin avant de les reprendre en août, est subitement tombée à l'eau après la vente à Renaud-Bray.

« Ce fut très stressant. J'ai usé de mes contacts et je suis allé voir les pianos un par un. Ils étaient de meilleure qualité que prévu et nous avons réussi à les acheter à un coût deux fois moindre, à même notre budget. Après, il a fallu attendre qu'ils arrivent par mer, puis par terre. Quel soulagement quand nous avons cassé le cadenas du camion! »

Maintenant que tout semble en place, Wonny Song attend le concert d'ouverture avec excitation. « Ce sera un moment particulier, car mon passé ici, mon présent et mon futur seront tous reliés. »

Mais à la façon dont les gens d'Orford lui ont démontré qu'ils se rappelaient encore très bien du jeune pianiste d'origine coréenne venu passer une partie de son été près du Vivace d'Yves Trudeau, il se sent rassuré. « C'est vraiment comme une famille ici. »

Fabriqué en Corée, qualité Québec

Né en Corée du Sud et arrivé à Montréal à l'âge d'un an, Wonny Song a grandi dans le quartier Ahuntsic-Cartierville. Il a donc fait son primaire et une partie de son secondaire en français, avant d'aller étudier, dès l'âge de 14 ans, au Curtis Music Institute de Philadelphie.

« Mon père était homme d'affaires, il était venu travailler ici pour sa compagnie, mais il a tellement aimé Montréal qu'il a démissionné et fondé sa propre entreprise pour y rester. Mes parents trouvaient que ma soeur et moi aurions accès à une meilleure éducation ici. Il n'y avait pas de talent musical dans la famille, alors mon père était un peu surpris de mon choix de carrière, mais pas ma mère, car elle voyait comment je prenais le piano au sérieux. Ce fut difficile de partir étudier à l'étranger à 14 ans, tant pour moi que pour mes parents, mais ils étaient prêts à ce sacrifice, comme bien des familles d'origine asiatique. »

Vous voulez y aller ?

Wonny Song et le Cecilia Sting Quartet jouent Dvorak

Samedi 2 juillet, 20 h

Orford Musique

Entrée : 46 $

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