Art sous observation

David Spriggs... (Spectre Média, René Marquis)

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David Spriggs

Spectre Média, René Marquis

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Il y a au moins cinq ans que le Musée des beaux-arts de Sherbrooke voulait apporter les oeuvres de David Spriggs dans son enceinte. Avec PRISM, c'était le bon projet, au bon moment. Présentée l'an dernier à L'Arsenal de Montréal, l'exposition ne pourrait être plus actuelle. L'artiste britannique établi à Vancouver y explore le thème de la surveillance et de la transparence.

« Je me suis toujours intéressé à cette idée de la surveillance, j'avais envie d'explorer sa symbolique à travers ma production artistique. »

Quatre installations regroupées sous le titre Tranparency Report dévoilent l'intérieur de quatre sacs différents. Comme si on les avait passés dans les rayons X d'usage dans les aéroports. Une valise, un sac à main, un sac à caméra et un coffret de violon ont tous été dessinés par l'artiste qui, pour créer un effet de transparence, a monté ses oeuvres en superposant des acétates. Le résultat final est saisissant.

« La couleur bleutée produit un effet presque fantomatique. Ce qui se trouve dans les sacs constitue une sorte de portrait parce que, à travers ce que possèdent les gens, on arrive à établir un certain profil », explique celui qui s'est inspiré du panoptique imaginé par les frères Bentham pour bâtir son oeuvre The Logic of Control, une installation circulaire qui évoque les limites qu'on ne franchit pas lorsqu'on se sait peut-être observé.

« Ce qui est particulier, maintenant, c'est que la surveillance se dématérialise. Tout ce qu'on fait sur nos appareils électroniques laisse des traces dans une immense banque de données. Tout ça est enregistré. On ne s'en soucie pas trop, mais c'est épeurant si on pense à qui pourrait s'emparer de ça. Ça ne semble pas poser problème avec le gouvernement actuel, mais imaginez que Donald Trump soit élu... »

De couleurs et de lumière

Liées par la symbolique, les oeuvres de Spriggs jouent avec la lumière et doivent donc être admirées dans la pénombre. Elles ont en commun d'être chargées de sens. Aucune couleur n'est choisie à la légère, tous les détails ont été pensés et réfléchis.  

Ainsi, dans l'oeuvre The visible spectrum, il a tracé les contours d'un camion remorque dans lequel il a campé, façon infrarouges, plusieurs silhouettes d'êtres humains dissimulés derrière une cargaison de bouteilles. Tout est là pour que le spectateur devine qu'il s'agit de réfugiés. L'oeuvre résonne fort en ces temps troubles. Elle a pourtant été conçue avant que ne survienne toute la crise migratoire en Syrie.

« Les formes humaines qui se dessinent à travers la projection sont presque hypnotiques. J'ai mis le plus de détails possible, même à l'intérieur du camion. »

Dernière pièce de l'exposition, et pas la moindre, Regisole mesure cinq mètres de haut. Rien de moins. « C'est l'une des plus importantes de mon oeuvre. » Le MBAS a d'ailleurs dû construire un mur pour pouvoir la montrer.  

« Elle représente un cavalier sur son cheval. Je l'ai conçue en référence à une statue ancienne qui avait été érigée à Rome, mais qui a été détruite pendant la Révolution française parce qu'elle symbolisait le pouvoir et la monarchie. J'aimais l'idée de reconstruire quelque chose qui n'existe plus, d'une façon nouvelle, très contemporaine. En l'observant, je pense qu'on ressent quelque chose. Sa stature en impose, mais quand on fait le tour, elle se dématérialise. Ça crée tout un effet. »

Prism, parce que...

« C'est une expo qui évoque la surveillance et qui joue avec la transparence, mais aussi parce que c'était le nom du programme américain de surveillance mis au jour par Edward Snowden. »

Vous voulez y aller ?

PRISM

David Spriggs

Musée des beaux-arts de Sherbrooke

Jusqu'au 2 octobre

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