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Alain Pierre Boisvert : la paternité en double

Originaire de Bishopton, Alain Pierre Boisvert a mené... (Fournie par Stéphane Audet)

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Originaire de Bishopton, Alain Pierre Boisvert a mené une brillante carrière dans le milieu des communications, des arts et, aujourd'hui, de l'éducation. L'Estrien a longtemps habité la région torontoise avant d'aller s'établir à Caraquet, au Nouveau-Brunswick. Son premier roman, racontant les aléas de la vie d'un couple gai parent d'un petit garçon, vient d'obtenir le prix Coup de coeur du Salon du livre d'Edmunston.

Fournie par Stéphane Audet

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) On pourrait presque dire que le premier roman d'Alain Pierre Boisvert est une réponse au mégasuccès de 2013 du chanteur belge Stromae. À l'itératif Papaoutai, l'auteur acadien d'origine estrienne réplique : Mépapasonlà!

Oui, mépapa, parce que le roman met en scène un couple acadien gai, parent d'un petit garçon né en Jamaïque.

« Au moment où Stromae s'interrogeait sur la notion de responsabilité, en nous martelant la question où est mon père?, je trouvais assez intéressant de présenter deux hommes qui, eux, ont totalement ce sens de la responsabilité », explique l'écrivain, qui avait simplement envie, pour son premier bébé romanesque, de raconter l'histoire d'une famille.

« En fait, au départ, j'avais mis en scène une famille typique. Mais, étant moi-même gai, je me suis vite aperçu qu'une famille homoparentale me parlait davantage, même si je ne suis pas parent. D'autant plus que, depuis 20 ou 30 ans, la cellule familiale traditionnelle a complètement changé. »

Mais Mépapasonlà n'est pas un roman porte-étendard pour autant, même si le couple formé par Ricky et Mathusalem sera confronté, dès le premier chapitre, à la possibilité de perdre la garde de Jacob, à la suite de la plainte d'une personne intolérante.

Mais Alain Pierre Boisvert voulait plutôt montrer la similarité du quotidien et des questionnements de deux personnes qui s'engagent à fond dans l'éducation de leur enfant. Et il se trouve que ces deux personnes sont deux hommes amoureux l'un de l'autre.

« J'avoue toutefois avoir été fortement inspiré par ce reportage d'Enquête, en 2013, où des parents ont été faussement accusés de maltraitance envers leur enfant [l'affaire du Dr Alain Sirard de l'hôpital Sainte-Justine]. Quel sentiment d'injustice pour un parent! Ça s'est probablement inscrit dans mon inconscient et c'est comme ça que tout a démarré. »

Le sens de la communauté

Originaire de Bishopton (aujourd'hui Dudswell), septième d'une famille de huit enfants, Alain Pierre Boisvert s'est retrouvé dans la capitale nationale lorsque, à la fin de son secondaire à la polyvalente Louis-Saint-Laurent d'East Angus, il a choisi d'aller étudier à l'Université d'Ottawa.

« J'avais un frère aîné qui était passé par-là avant moi. J'ai fait une première série d'études en communications et en théâtre, puis une maîtrise en communications à l'Université de Montréal, avant d'accepter un poste d'animateur télé à TFO à Toronto. Ce furent des années incroyables, qui m'ont fait découvrir plein de choses. »

Notamment un premier séjour en Acadie, aux fins d'une émission. C'était l'époque où la chaîne franco-ontarienne, spécialisée dans l'éducation et la culture, commençait à être diffusée dans les Maritimes.

« Je suis revenu d'Acadie avec l'envie forte d'y retourner un jour », raconte l'écrivain, qui a depuis jeté l'ancre à Caraquet, au Nouveau-Brunswick. « Je crois que c'est le sens de la communauté et de la solidarité qui m'a vraiment séduit. J'ai vécu ça dans mon village natal de 300 personnes, puis avec les Franco-Torontois, et maintenant je le retrouve en Acadie. Mais il faut dire aussi que ma défunte maman était une Leblanc-Boudreau. Je suis vraiment un Acadien du Québec. C'était donc un retour aux racines pour moi. »

C'est aussi TFO, où il a été animateur pour des émissions jeunesse, qui l'a fait bifurquer vers l'éducation. Alain Pierre Boisvert est aujourd'hui directeur du campus du Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, après avoir été successivement journaliste aux arts et spectacles pour Radio-Canada, directeur général du Théâtre La Nouvelle Scène d'Ottawa et chef du Village historique acadien.

Un an sans télé

Mépapasonlà, succession d'une myriade de courts chapitres, comporte plusieurs petits tableaux où Ricky et Mathu se retrouvent en situation d'éducation, avec leurs bons comme leurs mauvais coups. À travers cela, dans une ligne du temps totalement déconstruite, s'intercalent les circonstances ayant mené à la formation du couple et à sa situation de paternité, de même que l'enquête des services sociaux.

Ayant eu à signer, au fil de sa carrière, des scénarios pour la télé, Alain Pierre Boisvert avait déjà goûté à l'écriture de fiction, mais jamais testé le souffle du roman.

« Jusqu'à ce que j'entende un auteur expliquer qu'il n'avait pas besoin d'un canevas de départ; seulement d'écrire une page par jour. J'ai débranché ma télé pendant un an et je me suis plié à cette discipline. Après quelque temps, c'est comme l'exercice physique : on ne peut plus s'arrêter. »

Non seulement Alain Pierre Boisvert n'a eu aucun mal à trouver un éditeur, mais les réactions ne sont que positives jusqu'à maintenant, malgré un sujet qui pourrait être considéré comme tabou.

« Le plus difficile aura été de me décider à envoyer le manuscrit, de me convaincre que cela pourrait intéresser les gens! » concède-t-il en riant.

Quant aux lecteurs, ils ont parfois des appréhensions en lisant le résumé de l'histoire. « Ils l'expriment ouvertement : "Je ne sais pas si c'est pour moi..." Mais après, ils reviennent pour me dire que je les ai complètement surpris. Beaucoup de pères de famille m'avouent que j'ai réussi à leur tirer des larmes. Je reçois même des câlins à l'épicerie! C'est vraiment touchant de voir les gens relier Mépapasonlà à leur propre histoire familiale! C'est un cadeau inattendu pour un auteur en herbe comme moi. Les gens ne voient pas l'homoparentalité comme la thématique du livre, mais comme un élément qui ajoute une couche de réflexion. »

Et ce, même si l'auteur n'a pas censuré la dimension sexuelle du couple.

« Sans aller dans les Cinquante nuances de Grey, j'ai quand même gardé cinq ou six nuances d'arc-en-ciel », résume-t-il en riant.

Questionné sur les lendemains d'Orlando, l'auteur pense, en toute humilité, qu'il peut y avoir, dans son livre, quelques réponses à la douleur des derniers événements. Et ce ne sont pas des détecteurs de métal.

« Il n'y a pas vraiment d'ingrédients pour affronter la haine ou la violence... à part l'éducation et l'espoir d'une vie meilleure. »

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MÉPAPASONLÀ

ALAIN PIERRE BOISVERT

ROMAN

Éditions David

224 pages

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