S'inspirer d'un déclin pour créer

Ancien graphiste à La Tribune, Luc St-Jacques a... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Ancien graphiste à La Tribune, Luc St-Jacques a profité de sa retraite pour retourner sur les bancs d'école et réaliser une maîtrise interdisciplinaire en art à l'Université Laval. Il présente maintenant le fruit de ses trois années d'études, soit une exposition intitulée Péril pollen et inspirée notamment du déclin des populations d'abeilles.

Spectre Média, Jessica Garneau

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Il y a ceux que le déclin des populations d'abeilles indiffère. Ceux qui en perdent le sommeil. Et ceux que cela inspire. Pour l'artiste sherbrookois Luc St-Jacques, ce fut même le coeur d'une maîtrise interdisciplinaire en art à l'Université Laval, dont il expose ces jours-ci le produit fini, sous le titre de Péril pollen.

« Mais mon but n'est pas de sauver l'humanité », s'empresse-t-il de préciser, même si, oui, peut-être que cette exposition permettra de sensibiliser quelques personnes de plus. « Mais il s'agit davantage d'une recherche sur l'éphémère, à travers l'art, la nature et l'être humain. »

En fait, Luc St-Jacques est parti d'une précédente exposition, Mange l'art mange, présentée en 2010 et dans laquelle il avait réalisé des oeuvres en pâte à pain avant de les installer dans la nature. Les sculptures n'avaient pas fait long feu avant d'être dévorées par les animaux sauvages, mais l'artiste avait camouflé des caméras de surveillance lui permettant de croquer les bêtes en pleine action. Créer ainsi des oeuvres destinées à disparaître avait changé sa perspective et renforcé son muscle du détachement.

« À l'époque, je me questionnais beaucoup sur le cumul des oeuvres. Après plusieurs années de pratique, on finit par manquer d'espace pour entreposer ses créations, dont plusieurs ont peu été vues. Mais l'art éphémère n'est pas nouveau. Je pense par exemple au land art, apparu dans les années 1960 : des oeuvres réalisées en pleine nature et destinées à être abandonnées. »

Quatre rencontres

L'effondrement des essaims d'abeilles plaçait ainsi Luc St-Jacques non seulement devant le caractère éphémère de cette espèce animale, mais aussi de l'homo sapiens. Pas étonnant donc que les animaux, la nature et les êtres humains aient pris une grande importance dans sa démarche.

Péril pollen s'est ainsi échafaudée en quatre étapes correspondant à autant de lieux : le rucher, l'atelier d'artiste, le parc et la forêt. Chacune de ces étapes a été soigneusement filmée. Le résultat est une vidéo d'une quinzaine de minutes.

Le reste de l'exposition est constitué des objets qui ont ponctué chacune des étapes : table de pique-nique, chapeau d'apiculteur, sculptures en cire d'abeille, bûches de bois... Même des biscuits sablés au miel! Car s'il y a une chose éphémère, c'est bien la nourriture.

Luc St-Jacques a appelé « rencontre » chacune de ces étapes. « Dans la première, je suis allé à la rencontre des abeilles », raconte-t-il. Les premières images ont en effet été captées au rucher de son ami artiste et apiculteur Benoît Héguy, à Stukely-Sud.

Dans les trois rencontres suivantes, Luc St-Jacques s'est amusé avec l'intervention du public. Avec le miel récolté au rucher, il a préparé un repas auquel il a invité ses amis, installant une table de pique-nique (symbole de convergence sociale, comme les fleurs le sont pour les abeilles) dans son atelier. Au parc Blanchard, il a imaginé, pour les badauds, un jeu de société avec des dés enduits de miel, au cours duquel les participants finissaient par être associés à un des rôles des abeilles dans la ruche : nourrice, architecte, butineuse, sentinelle, ventileuse, manutentionnaire, etc.

Effacer l'artiste

« Au thème noir et dense de l'éventuelle disparition humaine, j'ai voulu opposer la légèreté et le ludisme. C'était aussi pour moi une façon d'effacer l'artiste. Les gens ne me voyaient pas en tant que tel », explique-t-il.

« Les participants s'identifiaient très vite au rôle qu'il devait jouer dans la ruche », poursuit Luc St-Jacques, qui a épluché, dans sa démarche, une imposante documentation sur l'univers des abeilles, dont plusieurs essais dressant des parallèles entre les communautés d'abeilles et celles des hommes. Il a transcrit les plus éloquentes citations sur sa table de pique-nique. Par exemple, que « l'intelligence des abeilles est décuplée par la vie en communauté ».

Péril pollen s'est terminée sur un terrain boisé, où l'artiste a demandé aux participants de déconstruire une abeille géante réalisée entièrement en matériaux naturels et d'en disperser les composantes dans la forêt.

Des interventions du public, Luc St-Jacques retient la créativité, tant à la tablée d'amis qu'en forêt. « Ils ont tenté de créer des choses, notamment en forêt, avec les fragments de l'abeille géante, sans que je leur demande. Comme s'ils se sentaient coupables de faire disparaître l'oeuvre. On peut voir ça comme une fuite devant l'éphémère. »

Ou comme la naturelle propension de l'être humain à créer?

Vous voulez y aller?

Péril pollen : à la rencontre de l'éphémère

Luc St-Jacques

Du 15 au 19 juin, de 13 h à 17 h

(sauf vendredi, de 13 h à 19 h)

Salle multi du Centre d'art actuel Sporobole

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