Une parole en art

Ultra Nan... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Ultra Nan

Spectre Média, Frédéric Côté

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La Tribune

Ils choisissent la plume ou la guitare, la gravure ou la scène et ils causent ouvertement de ce qui les dérangent, ils nomment ce qu'ils espèrent, ils agissent pour que demain soit pétri de mieux. D'autres fois, ils profitent plutôt de leur tribune pour transformer en porte-voix le micro qu'on leur tend. Alors ils disent ce qui ne va pas. Ils parlent de justice, d'équité, d'environnement, de monde meilleur, de rêves communs. Ils incarnent un débat, une idée, un projet, un idéal, une cause. À travers leur art ou leur parole, se dessine une société en relief, avec ses aspérités, ses manques à combler, ses possibles et ses bons coups, aussi. Ils s'engagent de mille façons et chacun à leur manière, ils rêvent le futur en agissant sur le présent. Entretien avec quelques artistes d'ici qui ont une voix qui porte loin.

Le cri d'alarme d'Ultra Nan

Avec ses petits bonshommes aux airs naïfs, qui s'immiscent dans le paysage sherbrookois depuis plusieurs années, le dessinateur Ultra Nan illustre des préoccupations on ne peut plus sérieuses : inégalités, surconsommation, exploitation animale, changements climatiques. Sous le couvert de l'anonymat, Ultra Nan se sert des murs de la ville pour tenter d'ouvrir les yeux des citoyens sur les travers de la société.

« Je pense que l'art permet surtout de semer une réflexion dans la tête des gens, de les faire réfléchir à quelque chose à laquelle ils n'avaient peut-être même jamais pensé, dit-il. Avec mes dessins, j'essaie de pousser les gens vers une prise de conscience par rapport à ce qui se passe autour de nous. »

La simplicité des traits formant la bouille sympathique du personnage noir et blanc d'Ultra Nan n'est pas un choix artistique anodin : elle rend son message universel, compréhensible par tous.

« On reproche souvent à l'art actuel d'être inaccessible, mais moi, mon art, je le fais pour que tout le monde puisse le saisir, même un enfant. »

Bref, par ses oeuvres, qu'il réalise tantôt à l'acrylique, tantôt sur Photoshop, le Sherbrookois incite petits et grands à porter un regard critique sur notre monde.

« Je crois qu'il faut vraiment se réveiller avant qu'il ne soit trop tard. Et ce n'est pas être alarmiste, c'est juste être réaliste. Tout autour de nous nous dit : réveillez-vous! », insiste-t-il.

« Mais la première étape avant d'essayer de régler un problème, c'est d'en être conscient. Et je pense que s'il y a quelque chose qui peut mener à cette prise de conscience collective, c'est bien l'art engagé. »

Richard Séguin... (La Tribune archives, Frédéric Côté) - image 2.0

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Richard Séguin

La Tribune archives, Frédéric Côté

Côte à côte de Richard Séguin

J'avance à pied dans

mes pensées, des ronds dans l'eau pour te

chanter je cherche

de l'or dans la rivière,

une vérité parmi les pierres.

J'avance à pied dans mes nuits, quand je n'ai plus rien à offrir je veux me taire, me reconstruire,

loin du vulgaire

« à tout prix ».

J'avance à pied dans

les mots pour les porter à l'abri loin des froideurs, loin du mépris du

temps perdu loin

de nous-mêmes.

J'avance à pied dans

ma peur, de m'engourdir de m'endurcir.

On croit n'avoir besoin

de rien, on est comme

la bête qui a faim.

Et je marche côte

à côte avec mes rêves

ce que j'en fais.

L'engagement est présent chaque jour de ma vie. Les mots sont là pour qu'on leur donne un sens, pour qu'ils se prolongent dans nos gestes. Je n'ai jamais opposé imaginaire et action. J'avais écrit une phrase sur le mur de mon atelier à chanson, j'avais besoin que cette phrase du poète Michel Garneau soit là, devant moi, lorsque je commençais mon travail d'écriture : « Les mots méritent qu'on les vive sinon, ils ne disent rien et trahissent le réel. »

Les mots sont là pour me venir en aide, ils ont pris racine dans ma mémoire, des mots d'arbres et de feuilles comme les peupliers de mon enfance ceux qui donnent leurs musiques dans le vent de l'été du quartier des raffineries de l'Est de Montréal, des mots de famille et de respect de la musique et de ma lignée de griots, des mots utiles et solidaires pour crier les silences et la peine.

Nos chansons d'engagements n'ont rien d'inutile; elles trouvent écho dans le présent de ce monde...

Nos paroles, nos actions n'ont rien d'inutile, un jour elles trouveront écho dans les générations à venir.

David Goudreault... (La Presse archives, Marco Campanozzi) - image 3.0

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David Goudreault

La Presse archives, Marco Campanozzi

DAVID GOUDREAULT, poète, slameur, écrivain et auteur-compositeur-interprète

e crois à l'art engagé, mais davantage à l'art engageant. Je dois être cohérent avec ce que j'écris et les causes que je supporte. Ça influence au moins une personne, moi; changer le monde commence par se changer soi-même. Tant mieux si ça en inspire d'autres. Dans les limites que nous avons; si un roman, un poème ou une chanson pouvait changer le monde, il y a longtemps que John Lennon serait pas mort...

Deborah Davis... (La Tribune archives, René Marquis) - image 4.0

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Deborah Davis

La Tribune archives, René Marquis

DEBORAH DAVIS, artiste

Je pense que je fais passer mes intérêts personnels après ceux de la collectivité. C'est un non-sens pour moi que ça soit autrement. La force de la communauté, j'y crois, même si je sais que nous ne sommes pas une majorité à penser comme cela. Je suis profondément altruiste, je suis une personne heureuse et je travaille sur mon équilibre de vie pour continuer à l'être. Le bonheur est contagieux. Quand on aime ce que l'on fait, on trouve du monde agréable pour travailler ensemble à améliorer la vie autour de nous. Je suis une artiste engagée dans ma communauté parce que pour moi, les gens sont importants et m'intéressent, des plus jeunes aux plus âgés. Si je peux contribuer à faire avancer une cause ou un service, ça me fait plaisir de le faire au sein d'une équipe qui chemine vers des objectifs communs. J'ai aussi à coeur d'aider ceux qui veulent développer leur pouvoir créatif, j'aime partager mes connaissances avec eux. Par contre, je ne « bénévole » pas pour ce qui est de ma profession : je me fais gardienne de ce qui me permet de m'investir bénévolement ailleurs. Je suis stricte sur ce point. Et je souhaite que les autres artistes s'investissent aussi dans l'éducation que nous devons faire autour de nous pour que soit reconnue la valeur de notre travail. Notre art n'est pas un loisir, il nous permet de vivre, parfois de survivre mais surtout, de continuer à être les artistes que nous tentons d'être.

Véronique Grenier... (La Tribune archives, Jessica Garneau) - image 5.0

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Véronique Grenier

La Tribune archives, Jessica Garneau

VÉRONIQUE GRENIER, auteure, blogueuse et enseignante en philosophie

S'engager. Le mot le dit de lui-même : c'est offrir une part de soi, l'imbriquer, dans autre chose que soi et s'y maintenir. Ce peut être du temps, des mots, des actions. C'est souvent, voire nécessairement, pour défendre, mettre en lumière, exposer, soutenir. C'est une manière d'exister. Je vis l'engagement comme un souffle, celui qui me tient en vie, mais aussi celui qui peut être donné. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai eu ces pulsions de participer à la vie collective en m'investissant dans des organisations, des causes. Un mouvement quasi obligé. Sans doute mû par la conviction de pouvoir faire une différence ou du moins, d'avoir essayé, de ne pas avoir raté l'occasion de. Un besoin de générer du sens, de lier la pensée et l'agir. Un genre d'amour de l'humain, et du monde, aussi, ose-je.

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