Privé, public et subtilité

Kiev Renaud... (La Tribune archives, Jessica Garneau)

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Kiev Renaud

La Tribune archives, Jessica Garneau

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La Tribune

Partons d'une prémisse encore plus évidente que l'évidence même : les membres de la communauté LGBTQIA de même que les artistes qui en sont issus ne s'intéressent pas qu'à la culture gaie, queer ou autre.

De même, tous les artistes de la communauté n'intègrent pas ou ne brandissent pas nécessairement leur différence sexuelle avec la même fougue.

Par exemple cette auteure-compositrice-interprète tout à fait sortie du placard et affirmée dans sa vie personnelle et sociale, qui préfère tracer une ligne entre cet espace et celui qu'elle occupe sur scène, sur disque et dans les médias (et préfère ainsi rester anonyme pour ce reportage).

« La limite est mince entre faire de la musique et être lesbienne par rapport à être une lesbienne qui fait de la musique. Personnellement, j'ai envie d'être reconnue avant tout pour ce que je fais et le reste appartient à ma vie privée. Ce sont deux chapeaux totalement différents : mon objectif n'est pas de revendiquer la gaititude à travers mes chansons », explique celle dont les premières influences musicales n'avaient rien à voir avec l'homosexualité, mais plutôt avec le style.

Malgré tout, elle apprécie le travail d'icônes comme Melissa Etheridge, Tegan and Sara ou Brandi Carlile.

« En fait, je crois que ce n'est pas tant ce qu'elles ont à dire en lien avec la gaititude ni leur musique directement. La musique n'a, à mon avis, pas de frontière d'identité sexuelle, elle peut être universelle et c'est ce qui est beau! Je crois que c'est plutôt ce qu'elles sont, ce qu'elles dégagent et comment elles font leur place. C'est ce genre de détails provenant de ces icônes qui ont, je crois, le plus d'impact sur mon identité musicale... et identité de femme lesbienne aussi! » explique-t-elle.

Éviter les cadres

L'artiste Luc Pallegoix tient un discours complètement à l'opposé, lui qui refuse le courant normatif actuel et installe ses oeuvres queers au coeur de lieux aussi populaires et grand public que la Taverne américaine O Chevreuil sur Wellington.

« De la même façon qu'un hétérosexuel n'exclut pas sa dimension hétérosexuelle ni son propre sexe de chacune de ses actions et de ses pensées, je fais pareil. À vrai dire, encore plus, parce que je n'entre pas dans les cadres d'une société de plus en plus normative, uniforme et passive, et que je dois sans cesse lutter pour ne pas être rayé de la mappe. À vrai dire, plus personne n'y entre. C'est de ça que je parle dans mes tableaux », confie l'artiste estrien.

L'auteure Kiev Renaud aurait tendance à se situer à mi-chemin. Bien que l'homosexualité soit intégrée dans ses nouvelles et romans, incluant le tout dernier Je n'ai jamais embrassé Laure, l'écrivaine sherbrookoise préfère éviter l'étiquette lesbienne qu'elle trouve trop réductrice.

« Ce que j'aime côtoyer en tant que lectrice, et donc ce que je crée en tant qu'écrivaine, ce sont des oeuvres où l'homosexualité est intégrée, fait partie de la vie et des rapports possibles entre humains sans que l'attention y soit canalisée », raconte Kiev Renaud.

« Je trouve que ça contribue à l'acception, poursuit-elle. La littérature a un rôle à jouer en fournissant des représentations multiples et nuancées », avance-t-elle en citant en exemple le travail de Flora Balzano, Marguerite Duras, André Gide, Marcel Proust, et bien entendu, Violette Leduc, à qui on a accolé l'étiquette lesbienne.

Lecture fondatrice

« C'est parfait qu'elle puisse agir comme point de repère identitaire pour une communauté, mais l'étiquette, justement, n'est pas venue de la communauté. Elle me semble surtout avoir fourni une excuse pour la reléguer dans les marges et jeter son oeuvre aux oubliettes, alors qu'on n'a pas moins étudié Gide parce qu'il était homosexuel. Il faut voir l'oeuvre pour ce qu'elle est. »

Si elle a un parti pris pour le traitement subtil du sujet, Kiev Renaud n'en apprécie pas moins les textes qui se présentent directement comme homosexuels.

« Ils sont aussi importants dans l'affirmation d'une identité et d'une culture gaies et lesbiennes. La littérature présente des points de vue singuliers, intimes, plus qu'indispensables; la lecture est un acte personnel et créateur qui peut être fondateur dans la construction d'une identité. Les textes doivent, à mon avis, absolument émaner de la communauté », fait-elle valoir.

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