La partie cachée de l'iceberg

Étudiant au doctorat en littérature à l'Université de... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Étudiant au doctorat en littérature à l'Université de Sherbrooke, Nicholas Giguère a signé un recueil de poésie l'an dernier (Marques déposées, aux éditions Fond'tonne) et en prépare un second. L'homosexualité occupe une part importante de sa création. « Pour écrire, le moteur doit faire partie de moi. Je ne me vois donc pas parler d'amour hétérosexuel, car c'est une chose que je ne connais pas. »

Spectre Média, Frédéric Côté

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Sommairement, on pourrait diviser les oeuvres à caractère homosexuel en deux : celles, minoritaires, que le grand public connaît, souvent parce qu'elles ne dérangent pas trop et ont été couronnées de prix. Et celles, majoritaires, dont Monsieur et Madame Tout-le-monde ignorent l'existence même. Bref, la pointe de l'iceberg et l'imposante masse qui flotte sous la surface.

Nicholas Giguère est relativement d'accord avec cette vision, lui qui mène en ce moment, à l'Université de Sherbrooke, des études doctorales sur les périodiques gais québécois.

« Mais même des oeuvres plébiscitées sont loin d'avoir eu beaucoup de diffusion, malgré une société beaucoup plus ouverte et accueillante aujourd'hui. Brokeback Mountain a fait face à une levée de boucliers de la droite conservatrice américaine. Cela peut rendre certains distributeurs très frileux. Même des films avec des acteurs très connus, tels Un homme au singulier, avec Julianne Moore, et I Love You Phillip Morris, avec Jim Carrey et Ewan McGregor, n'ont pas eu une grande visibilité. »

L'étudiant et auteur de poésie (il a publié le recueil Marques déposées l'an dernier aux éditions Fond'tonne) pointe d'autres facteurs à la censure ou à la diffusion limitée des oeuvres gaies et lesbiennes, tant hier qu'aujourd'hui.

D'abord le contenu sexuel, souvent explicite (surtout les créations où l'auteur s'adresse directement à la communauté gaie, sans gants blancs). La sexualité, rappelle-t-il, n'est pas seulement utilisée comme différence identitaire. «L'érotisme et la pornographie apportent une image positive d'une sexualité considérée comme déviante et pécheresse, dans le passé comme dans certaines sociétés d'aujourd'hui. »

Mais il y a aussi la piètre qualité de plusieurs oeuvres, notamment parce qu'elles se réalisaient clandestinement, avec très peu de moyens, les producteurs et mécènes se faisant rares. Et ce n'est pas avec leur diffusion « sous le manteau » que les créateurs pouvaient rentabiliser leur investissement.

De l'existence sociale à l'épanouissement

Au début de son doctorat, Nicholas Giguère voulait étudier l'ensemble des publications gaies québécoises, incluant celles du gouvernement. Devant l'ampleur de la tâche, il a choisi de se limiter aux pério-diques, lesquels ont quand même participé à la diffusion de nouvelles et poèmes. Son travail de recherche préalable et ses études littéraires lui ont tout de même permis d'évaluer l'importance des oeuvres québécoises traitant d'homosexualité, surtout en matière de théâtre et de littérature.

« C'est vraiment par le théâtre que l'homosexualité a pris sa place dans la création québécoise. Il y a évidemment eu Michel Tremblay, avec La duchesse de Langeais, Hosanna, Sainte Carmen de la Main... Puis dans les années 1980 arrivent Michel-Marc Bouchard (Les feluettes), Normand Chaurette (Provincetown Playhouse), René-Daniel Dubois (Being at Home with Claude). Tellement qu'on s'est demandé, à l'époque, s'il ne fallait pas être gai pour percer au théâtre québécois. On a même parlé d'une mafia rose. »

Sur le plan romanesque, Nicholas Giguère pointe comme précurseurs Orage sur mon corps (1944) d'André Béland et Derrière le sang humain (1956) de Robert Pelchat. Les homosexuels y sont présentés comme des personnages torturés, méchants, veules, parfois même criminels. Ils sont rachetés dans la mort (par suicide ou accident spectaculaire). Ou alors par l'abandon ou une conversion à l'hétérosexualité. Les scènes sexuelles sont enfouies sous les euphémismes.

« Mais au moins, ces oeuvres ont donné une existence sociale aux homosexuels. Ont ensuite suivi, avec les années 1970 et la naissances des fronts de libération, les témoignages, récits de vie et sorties de placard, avant les premiers romans de Michel Tremblay. »

Une oeuvre gaie marquante

Les cendres bleues de Jean-Paul Daoust, une oeuvre de plus de 2000 vers où l'auteur raconte une relation pédophile vécue durant son enfance. Il la regarde sans jugement et n'a pas peur de dire qu'il s'était attaché à son agresseur. Gérald Godin a dit que c'était la plus grande histoire d'amour jamais écrite. Un amour dévastateur, mais un amour quand même.

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