Le bonheur de ne plus résister

Lorsqu'on entend Life Is Good (le premier extrait du quatrième album... (Fournie)

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Fournie

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Lorsqu'on entend Life Is Good (le premier extrait du quatrième album de Champion), on se dit : « Tiens! Il a eu envie de retravailler avec Betty... »

Jusqu'à ce que, un couplet et un refrain plus tard, on se rende bien compte que, malgré la similitude, cette voix n'est pas celle de Betty Bonifassi, qui avait participé au départ foudroyant de la carrière de Champion en 2004, avec l'album Chill 'Em All et la chanson No Heaven.

« Je suis content de ta réaction, parce que tu aurais pu être déçu », commente Maxime Morin à propos de ce retour à une voix soul féminine. Parce que, voyez-vous, Life Is Good, de même que trois autres pièces du nouvel album Best Seller, sont nées juste après son premier opus.

« À l'époque, je m'étais aperçu que mes chansons après Chill 'Em All ressemblaient trop au matériel précédent et j'avais trouvé ça poche. J'avais décidé de tout jeter et de recommencer. L'équivalent de six mois de travail s'est retrouvé aux poubelles. C'est pour ça que le second album s'appelle Resistance : j'avais résisté à la facilité », raconte-t-il.

Visiblement, il ne pense plus de la même manière aujourd'hui. On savait déjà que l'assaut imprévu d'une leucémie en 2010 (guérie moins d'un an plus tard) avait fondamentalement changé sa façon de voir les choses. Notamment en dégonflant plusieurs idées reçues qui, trouve-t-il maintenant, s'avèrent plutôt être des barrières qui empêchent de profiter de la vie telle qu'elle est.

« Pourquoi la facilité serait-elle un problème? La complexité n'est pas forcément un gage de qualité ni d'émotion. Justement, il y a souvent une grande part d'émotion dans la simplicité. Ça prend juste des c... pour l'assumer. J'ai donc repris mon disque jeté à la poubelle et j'ai décidé de le refaire... Mais je reste un gars qui aime créer », précise-t-il.

Life Is Good, initialement instrumentale, s'est ainsi retrouvée avec des paroles. Lead On s'est complètement transformée et seule la mélodie est restée.

« Mais il y a quand même des limites à réinventer le passé, poursuit-il. Avec une de ces vieilles chansons, j'ai dû essayer six différentes versions de drum, mais rien ne marchait. J'ai fini par comprendre qu'elle était destinée à rester comme elle était. »

Ajouter des gaffes

Les autres plages de Best Seller ont été créées à partir de ce que Champion appelle des erreurs volontaires : garder les gaffes imprévues ou ajouter sciemment des dissonances, des sonorités grinçantes, des prises de son médiocres, des rythmes brisés... Par exemple, sur And I You, il a intentionnellement monté le volume des frottements de cordes de guitare (en bon français, les squeak) que la plupart des réalisateurs s'efforcent d'effacer, pour les transformer en élément rythmique. Sur Boing Boing, on a l'impression d'entendre tourner une girouette rouillée.

Et dans le cas de Lead On, il... chante lui-même. D'une voix tout sauf charismatique (pensez Louie Louie par The Kingsmen).

« Pour celle-là, je n'ai même pas eu besoin de me forcer pour ajouter des erreurs », commente-t-il avant d'éclater de rire. « Cette démarche est quand même un défi, car ça ne fonctionne pas toujours. Par exemple, pour I Can't Let Go [la chanson d'ouverture], je voulais faire quelque chose d'ultradénudé, pour laisser toute la place à l'émotion. Finalement, je crois que c'est réussi. Mais on m'a dit de Lead On qu'elle était difficile, et même qu'elle ne passait pas du tout... alors que c'est la préférée de mon petit frère! Je dois dire qu'il a des goûts spéciaux. »

Champion voulait justement réaliser un album à la fois large et ambigu, pour que « chacun entende des choses différentes selon sa perspective et que la musique puisse être appréciée de plusieurs points de vue ».

Trio de chanteuses

Mais, au fait, qui est cette nouvelle voix qui prend la relève de Pilou (Pierre-Philippe Côté), le chanteur des deux albums précédents?

C'est Lou Laurence, une interprète originaire de Victoria et vivant à Montréal, que Champion et son équipe ont découverte par hasard sur la toile (elle était inscrite à la programmation du Divan orange). Ils ont mis le grappin dessus juste avant qu'elle s'envole pour le Chili enseigner l'anglais pendant trois ans.

« Quand j'ai vu sa vidéo sur YouTube, j'ai tout de suite su que c'était la chanteuse qu'il nous fallait. Elle avait fait tous ses adieux à ses amis avant de partir... mais elle n'est jamais partie », rapporte Champion, qui ne ressent aucune culpabilité d'avoir recruté une voix très proche de celle de Betty Bonifassi.

« Je n'ai pas hésité plus de trois secondes. De toute façon, je réagis très peu maintenant à ce genre d'autocensure. Le genre blues et soul, ce ne sont ni Lou ni Betty qui l'ont inventé, sauf tout le respect que je leur dois et hormis leur grand talent. C'est un matériau que je connais bien et que j'aime. Moi, je compose mes lignes vocales en chantant n'importe quoi. C'est comme ça que tu crées du blues. Pas en t'assoyant avec un cahier et un crayon. La chanson française est quelque chose de très carré et d'organisé, qui m'interpelle un peu moins. »

Champion a aussi sollicité Marie-Christine Depestre (qui avait fait les spectacles de °1) pour deux chansons. « En fait, j'avais écrit la chanson What a Life pour elle, mais finalement, Lou s'est révélée plus appropriée au registre plus bas. J'ai donc gardé Lou pour les couplets et Marie-Christine pour le refrain. L'inverse s'est produit avec Claustrophobic : je l'avais pressentie pour Lou, mais Marie-Christine s'est imposée en studio. J'avoue qu'au moment de faire les mix, je devais vérifier le nom, parce que leurs timbres se ressemblent beaucoup. »

Quant à Anna Frances Meyer des Deuxluxes, qui interprète Boy Toy, il l'a sollicitée pour sa voix gamine... mais aussi pour son allure provocante.

« J'ai écrit cette chanson juste avant le passage à Montréal de trois douchebags crétins internationaux, du genre de ceux qui font la promotion de la culture du viol. Comme j'avais écrit des paroles qui disaient my pin-up was up and down, j'ai trouvé ça trop proche de la misogynie. Jusqu'à ce que mon ancienne blonde Rébecca [Makonnen] me demande pourquoi je ne remplacerais par pin-up par boy toy. J'ai trouvé ça génial! Et Anna Frances, avec son look, n'est pas du tout une victime. Elle est en contrôle. »

Souvenirs de le poutine

En 2015, Champion n'a donné qu'un seul spectacle, au Festival de la poutine de Drummondville. « Pour nous approprier les nouvelles chansons (surtout que certaines sont improvisées). Nous avons chanté sur scène avec Lou pour la première fois. Juste sortir du studio et de brasser la cage un peu nous a permis de confirmer des choses. »

Toujours accompagné de ses G Strings, Champion retrouvera la scène dès l'été prochain, avec des spectacles déjà annoncés au Festival de jazz de Montréal et au Festival d'été de Québec. Et, à moins d'un imprévu, nous indiquent nos sources, il sera à la Fête du lac des Nations de 2016. Son dernier passage à la grande kermesse estivale de Sherbrooke remonte à l'été 2011, pour la fin de la tournée de Resistance. Champion devait le présenter en 2010, jusqu'à ce que la maladie le force à annuler à un mois d'avis. Mais le platiniste, complètement guéri, était de retour l'année suivante, pour clore la tournée du spectacle Resistance au parc Jacques-Cartier, en reprenant le rendez-vous manqué.

BEST SELLER

Assez ironique de la part de Champion d'intituler son album Best Seller à une époque où les ventes de disques n'arrêtent pas de chuter. Mais ceux qui connaissent l'artiste savent qu'il n'aime pas se prendre trop au sérieux. On pourrait même dire que les deux premiers extraits, Life Is Good et What a Life, expriment bien ensemble sa vision de la vie : voir le bon côté des choses et accepter les montagnes russes avec leurs hauts et leurs bas.

« J'irais même jusqu'à dire : célébrer les erreurs et tout ce qui est un peu tout croche. Ce n'est pas grave. Pourvu que tu sois intense, ça va être correct. Et, oui, dans l'abnégation et les moments difficiles, il y a toujours un verre à moitié plein quelque part. La vie, c'est de plus en plus ma muse », conclut-il.

Discographie

2004    Chill 'Em All

2009    Resistance

2013     °1

2016    Best Seller

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