Écrire au cycle délicat

L'écrivain français Thierry Lenain a récemment lancé l'album... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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L'écrivain français Thierry Lenain a récemment lancé l'album Elle sera toujours là, illustré par Manon Gauthier et publié par la maison d'édition sherbrookoise D'eux. Récemment de passage dans la région pour le congrès De mots et de craie, il a multiplié les rencontres avec les enseignants et les enfants, dont les écoliers de Notre-Dame-du-Rosaire (notre photo).

Spectre Média, Jessica Garneau

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Thierry Lenain a signé des dizaines et des dizaines de livres et d'albums destinés à la jeunesse, sur des sujets pas toujours faciles. L'auteur français a l'heur et la façon d'aborder les thèmes délicats, ceux qui remuent le coeur. Toujours sans complaisance et avec une finesse dont il a le secret.

« C'est peut-être parce que je vois mon travail d'écrivain comme une extension de mon rôle de parent, comme un accompagnement avant tout. C'est ce qui fait que j'aborde les trucs plus difficiles. C'est tout à fait normal qu'il y ait une crainte quant aux questions à propos de la mort, de la sexualité, de la maladie, du racisme, par exemple. Ça ne veut pas dire que je ne ressens pas cette crainte à l'idée d'écrire sur ces choses-là. Mais mon travail à moi, c'est de la dépasser et de trouver comment on peut parler de ces sujets-là. C'est important de le faire. Parce que, sinon, les enfants continuent à souffrir en silence. Dans le silence des adultes, dans notre silence à nous », dit celui à qui on doit entre autres les titres Petit zizi, C'est ta vie!, La fille du canal et la collection des Mlle Zazie.

Au fil des ans, il a vu le livre pour enfant prendre du coffre.

« Le monde de l'édition jeunesse s'est ouvert à plus de sujets, mais peut-être avec plus de réserves qu'avant. Si un thème commence à heurter, on n'en parle plus, alors que les enfants sont quand même confrontés à beaucoup de sujets délicats. Je suis à fond pour les nouvelles technologies, mais elles amènent aussi cette réalité que, de nos jours, les enfants peuvent avoir accès à différentes choses en un instant. Ils pouvaient y être exposés avant aussi, bien sûr, mais pas avec cette même facilité, cette instantanéité. Ils se retrouvent parfois plongés dans des mots et des images qu'ils ne saisissent pas. Je ne dis pas qu'il faut tout interdire ou revenir en arrière, je dis qu'il faut ajuster notre participation dans l'accompagnement », exprime l'auteur pour qui il n'y a pas de lecture nette, juste et unique. Une histoire peut emprunter plusieurs chemins, raconter moult choses, selon le regard du lecteur. Selon son vécu, surtout.

« Le récit se transforme selon l'histoire que l'enfant porte en lui-même », résume celui qui part souvent de son propre ressenti, ou de ce qu'il observe autour de lui, pour tisser ses univers littéraires.

« Être branché sur soi permet souvent de toucher à l'universel. De raconter le très pointu. »

En retrait

Thierry Lenain l'a dit souvent : il a commencé à écrire des histoires lorsqu'il est devenu papa. Maintenant qu'il est grand-père, il réalise que son rapport à l'écriture change. Les textes pour plus petits émergent dans son paysage créatif.

« Voir son enfant avoir un enfant, ça te place dans une autre sphère, plus en retrait. Et c'est sain et sage : il faut savoir se mettre en retrait. »

C'est pour cette raison, peut-être, qu'il envisage désormais de créer en ne mettant plus les pieds à l'avant-scène. Terminées, les rencontres d'auteur. C'est pourtant dans la foulée du dernier congrès De mots et de craie qu'on l'a rencontré, à Sherbrooke. Il y a multiplié les rencontres et les conférences. Pour une dernière fois.

« J'étais là lors de la première édition de l'événement, en 2012. Il y avait une vraie conversation autour du livre et de l'éducation. Étant donné la qualité de ce rendez-vous, je trouvais que c'était un bel endroit pour terminer les rencontres du genre. »

Un bel endroit pour mettre un point à un chapitre, en somme. Avant de se lancer dans un nouveau.

Un album France-Québec

C'est sous l'égide de la maison d'édition sherbrookoise D'eux qu'a été lancé le nouvel album de Thierry Lenain, Elle sera toujours là. Et c'est un clip imagé, dans lequel un enfant évoquait sa mère absente, qui a été la pépite d'or à l'origine de cette nouvelle histoire sur la maternité. Le titre est évocateur, Lenain y raconte tout en finesse la présence de la mère qui n'est plus, mais qui sera pourtant toujours là. Quelque part dans le cocon des souvenirs tendres, dans l'amour qui habite la mémoire et le coeur.

L'illustratrice québécoise Manon Gauthier a mis en images le touchant récit. Une belle première cocréation entre les deux artistes, qui ne se connaissaient qu'à travers leur oeuvre respective. « C'est l'éditeur Yves Nadon qui a eu flair d'aller chercher Manon et d'amalgamer nos univers. Je trouve qu'elle a su capter l'essence du texte. Ses images sont magnifiques. Ça donne un tout réussi. C'est un équilibre qui n'est pas si évident que ça à trouver », exprime celui qui voit toute trame narrative comme un terreau dans lequel peuvent fleurir les images.

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Elle sera toujours là

Thierry Lenain

Illustrations, Manon Gauthier

Éditions D'eux

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