Les enfances de l'art

Il n'y a pas que les crocus qui percent au printemps. C'est en mai que... (Spectre Média, Julien Chamberland)

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Spectre Média, Julien Chamberland

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Il n'y a pas que les crocus qui percent au printemps. C'est en mai que fleurissent les projets artistiques menés dans les écoles tout au long de l'année. Concerts de musique, expositions diverses, pièces de théâtre et tutti quanti couronnent les efforts des uns, nourrissent l'imaginaire des autres. Pour saluer cette florissante culture, La Tribune vous propose un dossier sur l'art, les jeunes et tous les possibles qui naissent de l'amalgame des deux.

Des lapins dessinés au feutre noir habillent les larges portes de la Galerie Foreman. Les enfants jettent un oeil intrigué avant d'en franchir le pas. De l'autre côté des vitrines, il y a encore des lapins partout, une carotte géante déconstruite, des trous de terrier en tous genres épinglés sur les murs. « C'est une lapinerie! » entends-je parmi les voix surexcitées du groupe scolaire. L'après-midi de visite rassemble une classe d'enfants de six et sept ans de L'Écollectif.

Autour de moi, ça commente, ça regarde partout, ça se retient de toucher à tout. Les écoliers sont fascinés, ça se voit. Chaque détail les appelle dans cette exposition d'art contemporain conçue pour eux. Ici, tout est à échelle d'enfant.

« L'artiste, Jonathan Plante, a vraiment pensé à vous. Tout a été imaginé pour des jeunes de votre âge », explique la stagiaire en médiation culturelle Ariane Larose aux élèves impatients de découvrir cet univers ludique et éclaté qui joue des tours à leur vision et à leur perception.

Le monde imaginaire qui se déploie autour, c'est celui d'un lapin un peu spécial. Un certain Lapincyclope. Il est bien nommé, il n'a qu'un oeil. Une vision en mono, ce n'est pas pratique pour sauter dans son terrier. Il se casse les dents plus souvent qu'à son tour. Le détail fait rire les enfants lorsqu'ils visionnent le court film d'animation qui met la table avant la visite guidée.

Autour de la première oeuvre, un cylindre en miroir autour duquel une image déformée s'étale, ils s'immobilisent plusieurs minutes. Intrigués par l'anamorphose.

« C'est comme si les morceaux n'étaient pas à la bonne place! », s'exclame un jeune élève. Plus loin, devant l'image lenticulaire qui bouge lorsqu'on se déplace, les élèves s'obstinent : c'est du 2D, du 3D, du 6D, même? Ils ne s'entendent pas, mais ils lèvent tous la main lorsque l'enseignante demande s'ils ont déjà entendu parler d'illusion d'optique. Aucun n'arrive cependant à expliquer ce que c'est.

« On a déjà entendu ce mot-là, mais on ne sait pas c'est quoi », résume un élève avec sérieux.

Ariane décrypte le mécanisme, explique la « magie » derrière chacune des installations. Elle fait le chemin avec les écoliers et met les oeuvres en contexte, mais ils font aussi des liens par eux-mêmes. Des liens souvent saisissants.

Lorsque l'animatrice montre l'image de Jackson Pollock en action pour illustrer l'inspiration derrière l'oeuvre qu'elle pointe, une élève remarque « qu'il ressemble à Riopelle! » Une élève de six ans, je précise.

« C'est beau de voir l'interaction qui existe entre les jeunes et les créations. Je leur donne des clés de lecture, ils ne connaissent pas nécessairement les termes ou les techniques, mais ils savent reconnaître l'effet que l'oeuvre produit. C'est toujours impressionnant d'entendre leurs commentaires », mentionne Ariane Larose, qui entraîne à sa suite la vingtaine d'écoliers.

Autour du Grand livre des illusions laissé par Lapincyclope, dernière station du tour guidé, les écoliers s'agglutinent et n'arrivent pas à décider si oui ou non, le créatif lapin à un oeil existe.

La question sera laissée en suspens. Qu'il soit réel ou pas, en fait, ça importe peu. L'expérience vécue, elle, est tangible. Et elle est porteuse, croit Véronique Sirois. Enseignante en arts plastiques à l'Écollectif, elle aime faire vivre des visites en galerie ou au musée à ses élèves, qu'elle encourage, ensuite, à créer sans limites.  

« J'aime leur proposer de sortir du cadre, leur laisser beaucoup de portes ouvertes. »

Parce que c'est dans cette trouée que se dessinent les neuves et belles idées.

Vous voulez y aller?

Lapincyclope

Exposition de Jonathan Plante, bâtie pour les jeunes de 4 à 10 ans

Galerie d'art Foreman de l'Université Bishop' s

Jusqu'au 6 juillet

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