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Tiken Jah Fakoly : ramener le reggae en Afrique

Longtemps réticent à interpréter des reprises, le chanteur... (La Presse, Alain Roberge)

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Longtemps réticent à interpréter des reprises, le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly a finalement cédé à la tentation en réalisant l'album Racines, paru en septembre dernier. L'artiste y rend hommage aux grands classiques du reggae, en apportant toutefois sa petite touche, soit ajouter des instruments traditionnels africains sur les grand succès de Bob Marley, Burning Spear et autres immortels.

La Presse, Alain Roberge

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) À part son célèbre Africain à Paris, estampé sur la musique d'Englishman in New York de Sting, Tiken Jah Fakoly avait toujours refusé d'enregistrer des reprises des grands classiques du reggae, même si cette musique a bercé son enfance. Tout simplement parce qu'il voulait développer un style personnel, livrer son propre message et s'assurer de ne pas ressembler à quelqu'un d'autre.

Jusqu'à son album Dernier appel (2014), où il a osé inviter la Nigériane Nneka et le germano-léonais Patrice à chanter avec lui le standard reggae War Ina Babylon, de Max Romeo. La réaction du public a été si forte que l'Ivoirien s'est dit qu'il ne pouvait en rester là.

En septembre dernier est donc paru Racines, un album hommage aux grands classiques du reggae... mais avec une touche particulière : Tiken Jah y a ajouté des instruments traditionnels africains, tels la kora, le balafon, le djembé et tutti quanti.

« Et ils se sont très bien mariés! » appuie l'artiste, qui croit que cela n'avait jamais été réalisé auparavant et qui voit là une preuve supplémentaire des origines africaines du reggae. « Le reggae, même s'il est né en Jamaïque, a ses racines en Afrique », affirme-t-il, mentionnant que c'est une citation de Bob Marley qui a sous-tendu toute la démarche de l'album : « Le reggae reviendra en Afrique. »

Souvenirs de camion

En fait, le reggae y est revenu depuis longtemps, d'abord sous forme de vinyles et de cassettes, puisque Tiken Jah en a beaucoup écouté durant son enfance. « Mon grand frère était chauffeur de camion. Une fois par semaine, nous avions la tâche de nettoyer son véhicule. Nous amenions le camion directement dans le lit du fleuve et, pendant que nous le lavions, nous mettions la musique très fort. C'est comme ça que j'ai découvert le reggae », raconte-t-il en entrevue téléphonique depuis Bamako, au Mali, où il habite depuis une douzaine d'années et où il a complété l'enregistrement de Racines. Celui-ci s'était amorcé chez Tuff Gong, le fameux studio de Bob Marley à Kingston, où Tiken Jah a ses entrées depuis 2002.

De nombreuses légendes vivantes ont ainsi mis leur griffe sur Racines, à commencer par Ken Boothe, U-Roy et Max Romeo, Sly & Robbie pour la rythmique, Mikey Chung à la guitare et Robbie Lyn aux claviers. Tiken Jah n'a pas oublié la relève en faisant une place à Jah9 (Janine).

Le créateur a aussi choisi des chansons qui parlent, directement ou indirectement, de la lutte des Noirs, qu'il s'agisse du racisme, de la colonisation, de l'esclavage, des agressions policières ou des dictatures du continent noir. Le reggae, rappelle-t-il, est une musique de combat et d'éveil des consciences, qui « donne une voix aux sans-voix», même si les néophytes l'associent souvent au mouvement peace and love... et à la consommation de certaines plantes, disons, apaisantes.

« Oui, l'Afrique aime la danse et les réjouissances, mais elle a aussi besoin de savoir son histoire, parce que personne ne pourra changer la situation à la place des Africains eux-mêmes », commente l'artiste, qui a notamment repris Get Up, Stand Up de Bob Marley en hommage aux soulèvements populaires survenus au Burkina Faso, au Congo et au Burundi. « Je suis fier de constater que ma génération est prête à risquer sa vie pour avoir le droit de choisir sa destinée. »

Entre Slavery Days de Burning Spear et African de Peter Tosh, Tiken Jah a inséré Brigadier Sabari, de son compatriote Alpha Blondy. Longtemps en froid, les deux artistes se sont réconciliés pour donner l'exemple lors de la fin de la guerre civile en Côte d'Ivoire.

« C'est le premier reggae interprété dans un dialecte africain [le dioula] », rappelle-t-il.

Le choc du Bataclan

Une semaine avant les attentats de Paris, Tiken Jah Fakoly était en spectacle au Bataclan. La tragédie l'a fortement secoué.

« Nous avons été beaucoup affectés. Ça a été un choc pour nous, surtout quand nous avons appris que des gens étaient morts dans la même loge où nous étions avant et après le concert. Ça aurait pu être nous. Ces actions terroristes très graves nous ébranlent. On se demande dans quel monde nos enfants vivront. »

Vous voulez y aller?

Tiken Jah Fakoly

Première partie : Pomerlo

Jeudi 5 mai, 20 h

Théâtre Granada

Entrée : 48,50 $

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