Plaidoyer pour l'art à l'école

Alain Savoie... (La Tribune, archives)

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Alain Savoie

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) « C'est à peu près partout la même chose : au Québec comme ailleurs, les arts sont moins valorisés que les autres matières », confirme Alain Savoie.

Professeur au département de l'enseignement préscolaire et primaire de l'Université de Sherbrooke, il étudie le sujet depuis une dizaine d'années. Les bienfaits des arts sont pourtant connus et reconnus, fait-il valoir. Autant les oeuvres qu'on réalise que celles qu'on apprécie laissent une empreinte dans le parcours de chacun.

« On sait que ça stimule la créativité, que ça aide l'enfant dans son développement global, que ça l'amène à être plus ouvert aux nouvelles choses et à exprimer ses émotions. À l'école, on insiste pourtant beaucoup plus sur le rationnel, la logique. La sphère créative, elle, est un peu laissée pour compte. Il faudrait y consacrer plus d'heures. C'est dans le programme du ministère, mais ce n'est pas vraiment appliqué. On le fait s'il reste du temps... Et comme le programme est chargé, du temps, il en reste peu. »

Certaines écoles alternatives ou d'autres à vocation artistique misent davantage sur les deux tableaux et c'est heureux, remarque l'enseignant, qui croit qu'on gagnerait à prendre exemple sur ce que fait la Finlande.

« Son système éducatif est très intéressant. Les Finlandais se hissent d'ailleurs toujours dans les premiers rangs lors des tests PISA. Les élèves n'ont à peu près pas d'évaluation pendant leurs premières années de primaire et une très grande place est accordée aux arts à l'école. Par-dessus ça, la profession enseignante est très valorisée. »

En plus de former les enfants à devenir des amateurs de culture, l'art à l'école permettrait, en outre, de les aider à développer une pensée divergente et plus créative. De sortir du cadre et de la pensée conforme, en somme.

« Tous les enfants apprennent les maths et le français, mais tous ne deviendront par nécessairement mathématiciens, ingénieurs ou écrivains. C'est pareil avec les arts. Certains deviendront peut-être des artistes, mais pas tous. »

Tous, par contre, tireront profit d'une exposition à la culture.

« Et ça ne devrait pas être compartimenté parce que c'est très intégrateur, ça touche à tout. Ça inculque aux enfants le réflexe de réfléchir autrement, ça contribue à faire d'eux des personnes innovatrices. Ceci parce qu'un enfant qui crée est constamment en train de faire des choix et de résoudre des problèmes, de façon très libre. Il exerce ainsi son jugement en apprenant à composer avec cette liberté. »

L'ère du numérique amène des changements. Et ceux-ci en appellent d'autres.

« L'école va se modifier énormément, je pense, au cours des prochaines années. L'internet, ça bouscule beaucoup de choses. C'est comme si on avait toujours un dictionnaire et une encyclopédie au bout des doigts. Dans ce contexte, les choses qu'on doit savoir par coeur perdent de leur pertinence. Il faut apprendre à apprendre, miser sur la curiosité des enfants, développer leur attention. L'approche artistique est une façon de le faire, à travers le jeu. Pour certains enfants, c'est aussi la possibilité d'exploiter certaines qualités qui ne sont pas tellement mises à profit autrement. L'enfant, naturellement, pose un regard neuf sur le monde. Les artistes ont probablement su conserver cette qualité-là. En ouvrant les vannes sur la culture, on nourrit cette vision, on la maintient en vie. »

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