Ouvrir les horizons

«C'est un souhait plus qu'une réalité», dit Richard Séguin à propos du titre de... (Spectre Média, Frédéric Côté)

Agrandir

Spectre Média, Frédéric Côté

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) «C'est un souhait plus qu'une réalité», dit Richard Séguin à propos du titre de son nouvel album, Les horizons nouveaux.

C'est probablement même plus que ça. Quelque chose comme une prise de position. Il y a dans cette neuve galette des textes forts, des mots qui portent. Des constats et des colères, aussi, mais pas de discours tristes désertés de tout.

«L'espérance, c'est un choix que je fais», confirme l'auteur-compositeur-interprète. Une avenue sciemment préférée au désespoir. Ou à la récrimination.

«On ne peut pas opposer sans proposer. J'y crois. Même dans la colère. Je sais bien quel est le discours néolibéral vis-à-vis des rêveurs. Je suis conscient de ce regard-là. Mais j'ai besoin de cette part de rêve dans ma vie, et j'ai besoin de l'envisager avec du concret, de l'incarner dans l'action.»

D'être un porteur de projets, en somme. Un semeur d'idées. Un rêveur de mieux. À 64 ans, Richard Séguin a le regard sage de celui qui en a vu d'autres en 45 ans de métier, mais il a aussi le regard jeune de celui qui espère grand.

«C'est une décision de ne pas aller vers l'abdication et le découragement. C'est quelque chose qu'il faut nourrir au quotidien. À mon âge, il faut faire attention à l'amertume... Je ne veux pas qu'il y en ait dans ce que je dis, dans ce que j'écris...»

La discussion glisse presque naturellement sur le terrain du grand projet de l'indépendance du Québec. Rêve évanoui pour certains. Amère déception pour d'autres.

«Il y en a qui sont découragés, qui disent qu'on n'aura pas de pays avant longtemps. Moi, je repense souvent à cette phrase de Miron: "Ce n'est pas tant de créer le pays imaginaire que de créer l'imaginaire d'un pays." Et c'est exactement ça. Il faut agir comme si on avait déjà le pays. Multiplier les gestes positifs. On peut créer du mieux, du grand. Et c'est ça qui va nous distinguer, au fond. Ça qui va faire la différence.»

À petite comme à grande échelle.

Règle de cinq

Il y a cinq ans déjà que le parolier de Saint-Venant n'avait pas lancé de nouvel album. Un cycle temporel qui lui sied, un rythme qu'il a fait sien. Les silences entre chaque disque lui permettent de consacrer du temps à la gravure. Ils lui donnent aussi la possibilité de laisser mûrir les sujets des chansons, lui qui en a signé tant et tant.

«J'ai toujours pensé que l'inspiration, c'était le fruit du travail. C'est mon 14e album d'écriture, le 21e si on compte tous les autres.»

Le nombre est saisissant, mais plus que la liste, ce qui impressionne, c'est la richesse du parcours. La pertinence du discours, toujours. Cette fidélité aux collaborateurs de longtemps, cette fidélité à soi, également. Le bouquet de neuves chansons s'écoute d'une traite. Les paysages chantés sont nouveaux, mais le pays qu'on entend, on le connaît. On n'est pas dans la redondance, pas du tout, mais on reconnaît la griffe Séguin.

«Il y a un calme qui s'est installé. J'ai mon vocabulaire musical, mes préférences, les cadres dans lesquels je suis à l'aise. Je veux vieillir dans le folk, le folk rock. Je ne ressens pas ce besoin de tout bousculer et d'aller complètement ailleurs. Moi, je ne déménage pas, je change les meubles de place. Il y a une continuité dans ce que je propose. Et je ressens un apaisement par rapport à ça.»

Ses 11 nouvelles compositions parlent autant des tempêtes qui traversent les régions (Dans mon coeur) que de celles qui secouent les familles (P'tit frère). Il y a aussi une salve contre la petite politique (Tant qu'y en a), un clin d'oeil aux racines (Quand on ne saura plus chanter) et la nécessité d'ouvrir les bras et le coeur aux migrants (Au bord du temps).

C'est de cette chanson phare, d'ailleurs, qu'est tiré le titre de l'album.

«J'ai pris beaucoup de temps pour l'écrire. Je ne voulais pas que ce soit larmoyant, je souhaitais beaucoup de nuances. Pour moi, c'est un sujet grave qui imposait une délicatesse.»

Il a donc brodé une fine dentelle de mots pour dire la nécessité du devoir d'humanité, du devoir d'accueil tel qu'il avait envie de l'exprimer à sa petite-fille.

«En prenant les choses sous cet angle, j'y suis allé avec une approche qui n'était pas frontale. C'est aussi que c'est arrivé comme ça. Ma petite-fille était venue passer un après-midi à la maison. Elle a vu des images des réfugiés. Plus tard, elle a demandé ce qui arrivait à ces gens-là, s'ils partaient pour faire la guerre. Le terrorisme et les migrants, tout ça se mélangeait dans sa tête. J'ai écrit cette chanson ensuite.»

Une chanson où l'avenir se dessine en contours plus lumineux.

«Dans tout le disque, l'espérance est un pivot. Il est aussi beaucoup question de mémoire.»

Je note que le temps et la route reviennent. Il acquiesce.

«Comme l'arbre et le cours d'eau, la route est une métaphore de la vie. Ça fait longtemps que l'image colle à mon univers musical. Elle est dans pas mal de mes chansons... La route, si on lui accorde une ouverture, est propice à la rencontre, à l'imprévu. Et c'est un peu notre deuxième maison, à Marthe (sa conjointe) et moi, quand on part en tournée.»

La route, il a hâte de renouer avec elle. La belle saison sera consacrée à la gravure, lui qui exposera une première fois à Montréal en février 2017. Le disque aura le temps de se déposer dans l'oreille des uns, dans le coeur des autres. L'automne venu, il amorcera tournée avec un noyau fort de trois musiciens. Hugo Perreault, réalisateur complice des 20 dernières années, et Simon Godin, guitariste avec qui il collabore depuis une décennie. Myëlle, voix d'or aussi violoncelliste et percussionniste découverte à Petite-Vallée, se joindra au trio. La dynamique à quatre sera belle, promet Séguin.

L'horizon est ouvert. Et il est beau.

Cinq chansons sous la loupe

P'tit frère

«Dans chaque famille, il y a un mouton noir, un bouc émissaire. Je l'ai écrit comme un petit tableau, presque comme une nouvelle de Russell Banks. Ça faisait longtemps que je la traînais dans mes carnets. Elle a pris différentes formes au fil des ans. Moi, je garde tout, même quand ce ne sont que de petites esquisses. Je ne suis pas capable de jeter. Je ressors parfois une feuille ou deux, je mets ça sur la table, je joue dans les textes.»

Roadie

«C'est un hommage aux techniciens avec qui on fait la route, ces précieux amis qui travaillent dans l'ombre lorsqu'on est en tournée. J'ai avec eu une relation très égalitaire avec eux, on choisit l'ordre des chansons ensemble. C'est beaucoup ça au Québec, mais ce n'est pas comme ça que ça se passe en Europe. Vincent Vallières et Patrice Michaud sont venus faire des voix. Je partage avec eux une certaine filiation. Dans la façon de composer, dans le retrait qu'on peut avoir face au métier.»

Dans mon coeur

«Je l'ai écrite après que le président de la Chambre de commerce de Montréal a eu l'idée insensée de suggérer qu'on ferme des villages dans les régions. Dans les années 1970, entre huit et douze villages ont disparu ainsi, en Gaspésie.»

Les vents contraires

«C'est la chanson que m'a écrite Marc Chabot. Je lui avais donné le titre du disque, il m'est revenu avec cette phrase. On y sent mes promenades dans mes sentiers de Saint-Venant. La musique n'est pas dans la légèreté, mais elle transporte l'énergie du printemps.»

Dans le désir du monde

«Le poète Pierre Morency m'avait laissé un recueil de ses textes écrits dans les années 1960 jusqu'aux années 1980. Dans un de ses poèmes, j'ai retenu une strophe de cinq lignes. J'ai bâti toute une chanson. C'est un des textes les plus proches de moi. Peut-être parce que, lorsque les mots d'un autre résonnent si fort en soi, ils touchent à quelque chose d'essentiel. Une part manquante de notre propre vocabulaire, peut-être. J'ai exagéré la musique, je l'ai rendue épique. J'ai dit aux musiciens d'y aller dans la démesure.»

VOUS VOULEZ ÉCOUTER

Richard Séguin

Les horizons nouveaux

FOLK ROCK FRANCO

Spectra musique

Concours

Vous aimeriez gagner un disque signé par Richard Séguin? La Tribune fera tirer trois exemplaires autographiés de l'album Les horizons nouveaux. Pour participer, filez sur notre page Facebook. Tous les détails s'y trouvent.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer