Le style d'abord pour David Goudreault

Un an presque jour pour jour après avoir... (Spectre Média, Julien Chamberland)

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Un an presque jour pour jour après avoir lancé son premier roman La bête à sa mère (qui lui a valu le Grand Prix littéraire Archambault le 23 mars dernier), David Goudreault fait paraître la suite, La bête et sa cage, laquelle se déroule en milieu carcéral... donc très loin des jeux pour enfants et des animaux en peluche...

Spectre Média, Julien Chamberland

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Un Grand Prix littéraire Archambault, ça ne change pas le monde. Sauf qu'il y a quand même du monde pour vous dire quoi faire dans les circonstances. Telles ces personnes qui ont conseillé à David Goudreault, après qu'il eut reçu la prestigieuse bourse de 10 000 $ le mois dernier pour son premier roman La bête à sa mère, de retarder la sortie du deuxième tome, La bête et sa cage, prévue pour le 27 avril. Pour de ne pas faire de l'ombre à son premier bébé, qui, grâce à cette récompense, revient sur le devant des présentoirs.

Mais ceux qui connaissent bien le slameur, poète et auteur de Sherbrooke savent bien que celui-ci n'est pas guidé par les stratégies de marketing. « Depuis le début, je fais tout ça à ma manière. Je n'ai pas de bac en littérature, je ne m'aligne pas sur les rentrées littéraires... mais ça marche quand même. Je n'écris pas pour m'enrichir (les possibilités pour ça sont d'ailleurs assez restreintes), mais pour aller à la rencontre du lectorat. Dans ce contexte, j'aime bien mieux écouter les lecteurs qui me disent qu'ils ont trop hâte de lire la suite! »

La bête et sa cage paraît donc un an presque jour pour jour après La bête à sa mère. Sa rédaction, contrairement à celle du premier, s'est élaborée autour d'une structure. David Goudreault connaissait la chute et les étapes pour y parvenir avant d'écrire la première ligne.

« L'expérience du premier m'a vraiment servi. Plutôt que de courir après mon histoire, j'ai vu tout un monde se déployer sur l'histoire complète. Au lieu d'avancer à tâtons, j'avançais par stations. Et ça n'a pas coupé mon élan. Au contraire, ça m'a libéré. J'avais l'esprit plus dégagé pour réfléchir à mes phrases. »

Le style est d'ailleurs ce qui prime pour David Goudreault, tant comme écrivain que comme lecteur. « Lorsque je regarde ma bibliothèque, je me souviens que tel auteur avait un style concis, qu'un autre était plus rythmé, et qu'un troisième avait un ton sarcastique. Mais ne me demande pas de me souvenir des histoires! C'est donc très important pour moi de ne jamais être hermétique, parce que je souhaite avoir un échange avec le lecteur, je veux qu'il ait du plaisir. »

On est ensemble?

On ne divulgâchera rien en rappelant que, dans La bête à sa mère, le personnage principal (un délinquant que l'on suit depuis son enfance volée, les familles

d'accueil, les centres jeunesse, jusqu'à ses premiers pas de petite crapule à l'âge adulte) a commis un meurtre, car David Goudreault révélait l'homicide dès les premières lignes. Ce n'est qu'à la fin que l'on apprenait l'identité de la victime et le mobile de l'assassinat.

La bête et sa cage s'ouvre de la même façon. « Pour être honnête, oui, c'est un piège pour le lecteur, qui aura envie de savoir ce qui s'est passé. Mais ce n'est pas l'intrigue principale du roman... qui est plutôt un roman d'amour. Le personnage tombe en effet amoureux d'une agente correctionnelle. Il forme même un couple avec elle... sauf qu'elle ne le sait pas... »

Le personnage sans nom, comprend-on, n'a donc pas vraiment changé et souffre toujours d'une distortion cognitive qui lui fait prendre ses rêves pour des réalités. On aura aussi deviné que La bête et sa cage se déroule en milieu carcéral. Un milieu que David Goudreault, travailleur social de formation, connaît bien, puisqu'il continue de donner des ateliers de création dans des centres de détention.

« Mais j'ai quand même fait davantage de recherches cette fois-ci, parce qu'on est ici dans un pénitencier fédéral, à Donnacona. Je me suis fait une liste d'une quinzaine de questions, que j'ai posées, d'une part, à des agents correctionnels et, d'autre part, à des anciens détenus. Autant leurs perceptions étaient parfois diamétralement différentes, autant elles pouvaient parfois se rejoindre de façon magique. »

David Goudreault y a notamment trouvé une confirmation de ce qu'il soupçonnait, selon laquelle les agents correctionnels forment un gang à leur façon.

« Ils n'ont pas le choix. C'est un milieu trop difficile pour se passer du soutien les uns des autres. Il n'y a rien de naturel dans l'enfermement, dans un lieu restreint, d'hommes qui, par définition, ont des troubles de comportement. On espère juste que ça n'explose pas. On m'a d'ailleurs raconté plusieurs anecdotes, certaines qui se retrouvent dans le roman, mais d'autres pas, car elles paraissent irréelles. Le lecteur n'y aurait jamais cru tellement c'est gros. »

Abattre la bête

Alors que le tome 1 survolait une période de 20 ans, la suite se déroule le temps d'un été. « La bête à sa mère, c'était l'évolution d'un personnage en quête de sa mère. Cette fois-ci, on est davantage dans un portrait du milieu carcéral, avec plusieurs personnages, autour desquels se créent des intrigues secondaires. Comme mon héros idéalise le monde criminel, il aspire à devenir chef, car il est persuadé d'avoir ce qu'il faut. Il va donc prendre les moyens, avec toute la maladresse qu'on lui sait, pour y arriver. »

Le romancier a déjà entamé l'écriture du troisième tome, dont le titre (Abattre la bête) ne laisse pas présager un grand salut pour son enfant de la DPJ qui a mal viré.

« Tout dépend de ce que le personnage considère lui-même comme ce qui serait bien pour lui... » mentionne David Goudreault avec un sourire. « Tout le monde peut être capable de résilience. Mais, pour ma part, je n'ai pas l'intention d'étirer la sauce. Je veux terminer en force et je ne veux pas traîner le même personnage toute ma vie. »

Vous voulez y aller

Lancement de La bête et sa cage

Lundi 25 avril, 18 h

Boquébière, Sherbrooke

Dimanche 1er mai, 11 h

Maison bleue de l'AAAE

151, rue l'Ontario, Sherbrooke

Dimanche 1er mai, 17 h

Librairie Le Buvard

231, route 257, Gould

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