Vidéo Phase : Voir la musique

Julien Compagne : « Vidéo Phase est un beau... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Julien Compagne : « Vidéo Phase est un beau projet hybride, une belle passerelle entre la musique expérimentale et la musique grand public, même si le but premier n'était pas ce rapprochement mais la création de quelque chose de nouveau. »

Spectre Média, Frédéric Côté

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Si la musique contemporaine rebute une grande partie du public, c'est souvent parce que ce dernier n'arrive pas à la comprendre. Julien Compagne et Julien-Robert, deux musiciens et compositeurs aguerris, ont eu une idée pour construire un nouveau pont avec l'auditoire. Au lieu de simplement jouer la musique, ils ont décidé de la montrer.

Le résultat est un spectacle multimédia intitulé Vidéo Phase... et l'intérêt est tel que le tandem présente même son spectacle auprès d'un public scolaire.

Il faut dire que Vidéo Phase a un côté très ludique et que les percussions et la musique électronique y jouent un rôle prépondérant. Les jeunes sautent à pieds joints dans cet univers fait de coups de mailloches, de mains qui claquent et même d'une bicyclette devenant instrument de musique (la pièce s'intitule La Voie lactée est-elle une piste cyclable?).

« L'aspect visuel les stimule beaucoup. Il faut dire qu'il y a beaucoup de références de notre génération et de la leur, par exemple les jeux vidéos », explique Julien Compagne, un musicien originaire de Besançon, en France, mais qui est établi au Québec depuis 2004 et qui a déjà collaboré avec plusieurs artistes connus, dont Johnny Hallyday, Michel Legrand, Patrick Watson et Aretha Franklin. C'est lui qui assume l'interprétation des percussions sur scène, alors que son coéquipier se charge de la vidéo et de l'électronique.

« C'est un beau projet hybride, une belle passerelle entre la musique expérimentale et la musique grand public, même si le but premier n'était pas ce rapprochement mais la création de quelque chose de nouveau. Plusieurs aspects du spectacle parlent à un grand nombre, mais le côté expérimental n'est pas sacrifié. Nous avons même déjà donné des prestations au Centre des sciences de Montréal, avec des explications scientifiques sur le son. »

Dans Marimba Phase, de Steve Reich, Julien Compagne... (Delphine Delair) - image 2.0

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Dans Marimba Phase, de Steve Reich, Julien Compagne joue un motif musical au marimba en même temps qu'une projection de lui-même, laquelle interprète le même motif mais un peu plus rapidement. Il en résulte un décalage que le spectateur peut visualiser grâce à la projection du cadran d'une horloge.

Delphine Delair

S'amuser à comprendre

La principale qualité de Vidéo Phase, c'est donc de montrer la musique. « En musique actuelle, ce qui manque aux gens, ce sont les clefs. Les auditeurs ne comprennent pas ce qui se passe ou ont le sentiment que c'est n'importe quoi. Dans Vidéo Phase, l'aspect visuel permet de déceler plus facilement cette musique plus complexe et plus abstraite. », explique Julien Compagne.

Le percussionniste donne comme exemple une pièce de Steve Reich (compositeur américain contemporain) intitulée Marimba Phase, dans laquelle Reich a travaillé sur les décalages de phase.

« Reich y a superposé deux lignes musicales semblables... sauf que la deuxième est légèrement plus rapide. Les deux motifs finissent donc par se décaler, ce qui crée des combinaisons sonores nouvelles. Visuellement, on me voit jouer en réel, puis une projection de moi, jouant le deuxième motif, se superpose sur un tulle, avec le cadran d'une horloge qui permet de voir le cycle du décalage. »

Autrement, une partie du public n'entendrait qu'un « petit chaos » ou pourrait même avoir le sentiment qu'il y a des erreurs dans la musique.

Le montage scénique est tel que Julien Compagne peut activer la vidéo simplement en jouant. Par exemple, dans Brasil Elétrico, une des compositions des deux Juliens (ils en ont trois dans le spectacle), le simple fait de frapper sur le clavier fait jaillir des bulles sur le tulle. Pas besoin, comme à une autre époque, de suivre une bande préenregistrée et de frapper exactement au même moment où les bulles apparaissent sur l'écran.

Nouvelle forme d'art

Avec Vidéo Phase, on parle même, dans le milieu musical, d'une nouvelle forme d'art, où la musique et le visuel ne font qu'un.

« Le visuel n'est pas juste une représentation de ce qui est abstrait ni un accompagnement de la musique. Même que, souvent, lors de la création du spectacle, l'idée visuelle est arrivée en premier, avant la musique. Cela donne un processus de gestation plus long, car musique et vidéo naissent en parallèle », explique Julien Compagne. « Mais les possibilités sont infinies », ajoute-t-il, soulignant que le spectacle flirte aussi avec la musique du monde et la pop.

Le duo tentera de poussera l'expérience encore plus loin avec son nouveau spectacle, Lumens, lequel sera créé à Montréal le 6 mai prochain. « Nous allons essayer que cela soit encore plus spectaculaire, avec des gestes plus amples de ma part, plus d'expressions corporelles, mais aussi en utilisant la reconnaissance faciale et des caméras Kinect [qui interagissent par commande vocale et reconnaissance du mouvement et d'image]. Nous voulons aussi créer une chorale virtuelle. »

Julien Compagne et Julien-Robert ont produit Lumens notamment par une campagne de sociofinancement sur Indiegogo. « Nous devions amasser 3000 $, et au moment où l'on se parle, on est à 200 $ des 5000 $. »

Vous voulez y aller?

Vidéo Phase

Vendredi 15 avril, 20 h

Théâtre Centennial

Entrée : 31 $ (étudiants : 18 $)

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