Arrêt sur image... de soi

Après deux ans de travail, Liliane St-Arnaud présente... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Après deux ans de travail, Liliane St-Arnaud présente sa nouvelle création chorégraphique, L'envers de moi, laquelle traite du thème de l'image corporelle et de l'estime de soi avec justesse et profondeur. La directrice artistique de la compagnie sherbrookoise Danse Axile a rencontré des adolescents d'écoles de la région pour nourrir sa démarche. Leur prise de parole a inspiré les tableaux de son spectacle tout neuf.

Spectre Média, Maxime Picard

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Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) C'est un sujet qu'on n'aborde généralement pas de front. Sans être un grand tabou, l'image corporelle et l'estime de soi des adolescents ne sont pas souvent au menu des conversations en famille. Il est encore moins courant d'en faire le noyau d'une création chorégraphique. Liliane St-Arnaud a eu du flair. Du doigté. Beaucoup de sensibilité, aussi. L'envers de moi, son tout récent spectacle, traite du thème avec grande efficacité, mais sans trop de lourdeur.

Tout au long de l'oeuvre dansée, on sent le poids de cette image de soi qu'on trimballe parfois comme un boulet. Cette image qui nous colle à la peau et dont on a souvent du mal à se défaire. Cette image qui se dessine à travers un miroir déformant. Cette image que nous renvoie le regard pesant des autres, jeunes comme adultes. Cette image qui, parce qu'elle ne correspond pas aux standards, crée parfois des orages dans le corps et le coeur et la tête.

J'exagère? Pas tellement. D'entrée de jeu, la chorégraphe et directrice artistique de Danse Axile met cartes sur table et cite cette statistique, dérangeante : 60 pour cent des jeunes sont insatisfaits de leur image corporelle. Elle a pu vérifier la donnée sur le terrain, elle qui a rencontré des classes d'écoliers pour nourrir sa réflexion et sa démarche. Elle leur cède d'ailleurs la parole à quelques reprises en projetant sur grand écran leurs témoignages. Ils se révèlent alors beaucoup, leur voix teinte la lecture de l'oeuvre qu'elle propose. C'est bien dommage: la prise de son (ou le volume?) ne permet pas de saisir tous leurs propos.

En différents tableaux, sur une musique savamment choisie et sous des jeux de lumière simples, mais efficaces, les interprètes Annie Deslongchamps, Amélie Lemay Choquette, Catherine Soucy et Zoé Hockhoussen expriment en mouvement ce que les jeunes ont généreusement révélé. La pression de correspondre aux diktats de la beauté et de «fitter» dans le cadre est clairement nommée, clairement montrée. Les jeux de perception, l'image manipulée, le sport pratiqué au-delà de l'équilibre, l'envie de revêtir une autre peau que la sienne, de faire disparaître la chair jugée en trop, de muscler le biceps et de creuser davantage encore le ventre creux : tout ça est évoqué. Avec délicatesse.

Témoignages et chorégraphies amalgamés produisent leur effet. Je retiens ce commentaire émis par un jeune et cité dans le spectacle «le plus difficile, c'est d'être capable d'en parler et de se confier.» Aller voir une création comme celle-là, déjà, c'est un premier pas pour briser la glace. Et amorcer la conversation.

Vous voulez y aller?

L'envers de moi

Danse Axile

Aujourd'hui, 13 h 30, et demain, 20 h

Centre Québecor (135 rue Don-Bosco Nord)

Entrée : 20 $ (étudiant : 12 $)

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