Rita Lafontaine s'éteint à 76 ans

La comédienne Rita Lafontaine s'est envolée pour un... (Archives, La Tribune)

Agrandir

La comédienne Rita Lafontaine s'est envolée pour un autre ailleurs lundi soir, laissant artistes et public en deuil.

Archives, La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Mario Gilbert
La Presse Canadienne
MONTRÉAL

L'actrice québécoise Rita Lafontaine, égérie de Michel Tremblay et adorée du public, s'est éteinte lundi soir à l'âge de 76 ans.

Elle avait été admise d'urgence dans un hôpital montréalais la fin de semaine dernière et aurait succombé à des complications liées à des problèmes intestinaux. La nouvelle est tombée mardi matin comme un glas.

Grande complice des géants du théâtre québécois Michel Tremblay et André Brassard, elle avait d'ailleurs été de la toute première distribution de la controversée pièce Les belles-soeurs, en 1968 au Rideau vert.

Elle avait par la suite joué à peu près tout Tremblay, notamment À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, Albertine, en cinq temps et Encore une fois, si vous permettez, où elle incarnait Nana, la mère du dramaturge.

Rita Lafontaine a également campé des rôles dans une trentaine de longs métrages québécois tels que L'homme de rêve, Noémie : le Secret et La grande séduction.

Au fil de sa carrière, la comédienne a été récompensée de quatre prix Gémeaux, notamment pour son interprétation dans L'homme de rêve en 1991. Son saut au petit écran lui a également valu un grand succès, avec Le retour (deux autres prix Gémeaux), notamment.

Muse de Tremblay

Née à Trois-Rivières le 8 juin 1939, Rita Lafontaine n'a pas fait les grandes écoles. Installée à Montréal, elle commence à jouer « sérieusement » dans la troupe d'amateurs mise sur pied par André Brassard au milieu des années 1960. C'est d'ailleurs le metteur en scène qui la « présentera » à Michel Tremblay en 1967, et le dramaturge gardera toujours près de lui cette actrice « qui lui soufflait des mots » pendant l'écriture d'une nouvelle pièce.

« Déjà, en écrivant Les belles-soeurs, j'ai pensé à elle pour un des personnages, qu'elle a créé d'ailleurs en 1968 », racontait l'écrivain en entrevue téléphonique, mardi. « Comme on se tenait beaucoup ensemble (avec Brassard) et que je le trouvais formidable, c'était normal d'avoir envie d'écrire avec elle (en tête), mais jamais je n'aurais pensé écrire pour elle pendant plus de 40 ans. »

Tremblay créera finalement pour elle une douzaine de personnages, jusqu'en 2008 avec Le paradis à la fin de vos jours, dernière pièce écrite pour sa muse.

L'homme de théâtre Jean-Claude Germain explique le jeu d'un naturel désarmant de Rita Lafontaine par une conjoncture favorable : « Elle est arrivée au théâtre en même temps que le joual, qui n'était pas simplement un changement de langage mais aussi un changement de jeu. »

Jusque-là plutôt portés sur le jeu « à la française », très projeté, les acteurs québécois pouvaient, grâce au joual, interpréter « de l'intérieur ». Et comme Tremblay lui écrivait des personnages sur mesure, Rita Lafontaine « ne jouait pas le personnage », explique Jean-Claude Germain : « Le personnage, écrit pour elle, parlait par sa bouche. »

Rita Lafontaine a quand même touché un peu aux classiques, comme Tchekhov, Feydeau, Euripide et les réalistes américains (Williams, Miller).

Actrice naturelle

Très rapidement, les réalisateurs de cinéma mettront à profit cette « actrice naturelle », qui semble s'effacer complètement dans un rôle. Elle sera de la première incursion du duo Tremblay-Brassard au cinéma, dans le court métrage Françoise Durocher, waitress (ONF, 1972), où 24 actrices donnent leur voix à ce métier très tremblayen. Suivront Il était une fois dans l'Est (1974) et Le Soleil se lève en retard (1977), de Brassard-Tremblay, mais aussi Parlez-nous d'amour (1976).

En 2003, dans La grande séduction, elle crée avec Clémence Desrochers une scène d'anthologie, dans laquelle deux femmes du village épient et commentent les conversations téléphoniques du bon docteur.

Le grand talent de cette actrice n'a pas échappé aux artisans de la télévision, dès 1976 avec Grand-Papa, puis dans Les Moineau et les Pinson, Cormoran, Les Super Mamies, Le monde de Charlotte, en passant par le grand succès Le retour.

Femme animée d'une spiritualité profonde, Rita Lafontaine s'est impliquée dans des causes sociales : elle a été notamment porte-parole de la Semaine de sensibilisation aux maladies mentales à Trois-Rivières et de la Grande Guignolée des médias.

L'actrice a aussi enseigné l'interprétation à l'École nationale de théâtre du Canada, à Montréal. À son initiative, un programme de certificat en interprétation théâtrale a été créé en 2010 à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

En 1998, elle s'était confiée à Claude Lapointe pour une biographie, Comment dire.

En novembre 2005, Rita Lafontaine a reçu le titre d'officière de l'Ordre du Canada, et en 2011 celui d'officière de l'Ordre national du Québec.

En 2013, un cancer fulgurant avait emporté sa fille unique, Elsa Lessonini, âgée de 48 ans, née d'une première union.

Rita Lafontaine laisse aujourd'hui dans le deuil son conjoint actuel, Jacques Dufour.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer