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Clémence DesRochers perd une grande amie

Rita Lafontaine... (Archives La Presse)

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Rita Lafontaine

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(SHERBROOKE) On pourrait dire que tout le Québec a été témoin de l'amitié qui s'est tissée entre Rita Lafontaine et Clémence DesRochers, lorsque toutes deux ont incarné un tandem d'«écornifleuses» dans le film La grande séduction. Les deux comédiennes sont restées très proches par la suite. Mais comme Rita Lafontaine était toujours très discrète sur ses ennuis de santé, son décès a été une totale surprise pour son amie.

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Clémence DesRochers

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Clémence DesRochers se souvient de sa «petite Rita», qui venait la chercher chaque matin à son appartement de L'Île-des-Soeurs, car les deux actrices ont joué toutes leurs scènes à Montréal, et non à Harrington Harbour en Basse-Côte-Nord.

«La grande séduction a finalement été un grand succès. J'ai gagné le prix pour le meilleur second rôle, mais ça aurait pu être elle, parce que la force de chaque personnage venait de nous deux.» Le tandem avait d'ailleurs été sollicité pour une publicité de Loto-Québec peu après. Clémence DesRochers et Rita Lafontaine n'avaient jamais travaillé ensemble avant cette comédie de Jean-François Pouliot.

«Depuis, on se voyait lors de soupers au restaurant, pas souvent, mais chaque fois, on se sautait dans les bras, c'était une vraie amitié, avec beaucoup de tendresse et de plaisir. Jacques est un homme qui a beaucoup d'esprit... et moi, je peux faire rire un peu. Alors on faisait rire Rita. Nous avons eu de très beaux moments ensemble. C'était une femme attachante, sensible, toute simple, sans éclat, qui ne jouait pas à l'actrice. Tout le monde l'aimait pour sa vérité.»

Témoin d'une déception

Clémence DesRochers a été témoin des difficultés de son amie lorsqu'elle a tenté de lancer un théâtre d'été dans l'ancienne église de Ham-Sud, tentative qui s'est soldée par un échec, après seulement trois étés de représentations. L'édifice a été finalement vendu en 2009 à une compagnie qui a finalement déclaré faillite, puis a été démoli en 2014.

«Nous trouvions que l'aventure était risquée, que c'était trop loin pour attirer autant de spectateurs, que ce n'était pas une région assez touristique. Rita espérait de grandes choses et ce fut très décevant pour elle. Elle y a perdu beaucoup d'argent. Elle espérait faire des productions et enseigner l'art dramatique aux jeunes. Finalement, cette partie de son rêve, elle l'a réalisée à l'université de Trois-Rivières», dit-il à propos du certificat en interprétation théâtrale mis sur pied en 2010 de concert avec l'actrice.

«Vers la fin de sa vie, Rita était triste parce qu'elle ne travaillait presque plus. Elle avait un petit rôle dans L'auberge du Chien noir, mais c'était tout. Ça lui manquait beaucoup. Elle vivait un grand vide.»

En tant que spectatrice, Clémence DesRochers a été le plus touchée par Rita Lafontaine chaque fois que cette dernière incarnait le personnage de Nana, la mère de Michel Tremblay. «On ne voyait pas l'actrice : on voyait la mère de Michel Tremblay. Elle se perdait totalement dans ce rôle. Rita est pratiquement devenue la collaboratrice de Michel Tremblay. Il avait toujours besoin d'elle.»

«Je pense que c'est tout le monde qui est en deuil aujourd'hui, car Rita était l'amie de tout le monde», conclut Clémence DesRochers.

Plein d'âme et d'amour

Le comédien Normand Chouinard a croisé la route de Rita Lafontaine pour la première fois sur les planches du TNM.

«On la connaît beaucoup pour ses grandes qualités de tragédiennes et ses rôles dans l'oeuvre de Tremblay, mais on l'associe moins à la comédie. Pourtant, elle y excellait. J'ai joué à ses côtés dans la pièce Le dindon, de Feydeau, montée par André Brassard, en 1979. Elle était très drôle, elle avait du punch, comme on dit dans le métier. On n'a jamais rejoué ensemble sur scène, mais on s'est quand même recroisé parce qu'on baignait tous les deux dans le domaine du théâtre d'été dans la région. C'est une femme qui aimait travailler avec les jeunes et qui croyait beaucoup en eux. C'était une passeuse. Je garde d'elle le souvenir de quelqu'un qui travaillait dans la simplicité, qui mettait plein d'âme dans son jeu, qui avait plein d'amour pour son métier.»

Marcel Leboeuf a pour sa part joué le fils de Rita Lafontaine dans Les Moineau et les Pinson. «C'était mon premier téléroman et on est tombés en amour, on s'aimait ben gros. On est ensuite toujours restés très proches, même si on était parfois longtemps sans se voir. C'était une actrice extrêmement polyvalente. J'ai essayé de l'aider quand ça a mal viré avec son théâtre. Le décès de sa fille lui est rentré dedans. J'ose croire qu'elle est allée la trouver. Rita croyait qu'il y avait quelque chose de l'autre bord. Elle faisait les cartes du ciel de ses amis, y compris la mienne.»

Jean Francoeur était technicien au Théâtre de l'Atelier de Sherbrooke quand, au début des années 80, Rita Lafontaine a joué dans plusieurs productions de la compagnie sherbrookoise. Il se souvient de l'humanité de la comédienne : «C'était une soie! Elle traitait tout le monde de la même façon. Pour elle, les techniciens, l'accessoiriste, les comédiens : tous étaient sur le même pied. Elle savait où elle s'en allait, mais elle ne disait jamais un mot plus haut que l'autre. Le travail se faisait dans le plaisir, le respect, la douceur.»

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