Axile: le poids des apparences

Les danseuses Annie Deslongchamps, Catherine Soucy et Amélie... (Photo Spectre Média, Jessica Garneau)

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Les danseuses Annie Deslongchamps, Catherine Soucy et Amélie Lemay-Choquette du spectacle L'envers de moi, une création de la compagnie de danse Axile.

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Karine Tremblay
La Tribune

Au départ, Liliane St-Arnaud pensait créer un spectacle de danse sur la dure réalité des troubles alimentaires chez les jeunes. Le thème a dû être modifié en chemin : dans les écoles, on ne voulait pas que le sujet soit abordé de front.

« On travaillait sur le projet depuis un an et demi. On a dû retirer des textes, changer le fil conducteur, gommer des tableaux, en ajouter d'autres. »

L'exercice a été difficile mais profitable, pense la chorégraphe et directrice artistique de la com-

pagnie de danse sherbrookoise Axile.

« On a transformé tout ça pour parler d'image corporelle, d'estime de soi. C'est un sujet plus large et universel, qui touche tout le monde », explique Mme St-Arnaud, qui a oeuvré de concert avec Arrimage Estrie pour aller à la rencontre des jeunes, dans différentes écoles de la région.

Deux ateliers ont été réalisés auprès des écoliers : l'un qui leur demandait de nommer ce qu'ils vivaient et ce qu'ils ressentaient, l'autre qui les invitait à mettre en mouvements ce qu'ils avaient identifié. Dans un cas comme dans l'autre, les jeunes ont participé avec un empressement qui a étonné Liliane St-Arnaud.

« Je ne pensais jamais qu'ils seraient à ce point généreux, que ça serait si intense! En fait, j'arrivais avec certains préjugés, je croyais même qu'ils ne seraient pas très ouverts à partager leur vécu. Au contraire, ils ont nommé beaucoup de choses, ils se sont révélés avec beaucoup d'authenticité et de spontanéité. Ils m'ont emmenée ailleurs. Et ça, en création, c'est toujours agréable. »

Bas les masques

Pendant les différentes activités dans les polyvalentes, il y a eu des moments plus légers, mais d'autres où les masques sont tombés. La chorégraphe raconte cette fois où les adolescents devaient dire à tour de rôle pourquoi ils étaient bien dans leur peau. Et, ensuite, pourquoi ils ne l'étaient pas. L'une des jeunes participantes a révélé au reste du groupe qu'elle se sentait mal parce que les gens autour d'elle disaient qu'elle était grosse.

« Ça a suscité une grosse réaction chez ses camarades. Après, ils ont tous eu une belle discussion. La démarche était très positive. »

Liliane St-Arnaud souhaite que les retombées de toute cette belle aventure le soient aussi. Aux jeunes qu'elle a rencontrés, elle a demandé quel était le message qu'ils aimeraient transmettre aux adultes. Leur réponse est toute simple et si forte à la fois : « Ils veulent qu'on les accepte comme ils sont. Ils ont dit qu'ils avaient des défauts, mais qu'ils faisaient de leur mieux. Les plus vieux ont aussi noté que la beauté, ce n'était pas juste extérieur. »

Ces jeunes à qui elle a tendu l'oreille, elle a tenu à leur donner un espace pendant les représentations de ce spectacle qu'elle a finalement baptisé L'envers de moi. Des projections vidéo et des extraits d'entrevues seront diffusés lors du spectacle auquel participent quatre interprètes.

« La danse permet de dire beaucoup de choses. La mise en mouvements traduit fidèlement ce qui a été nommé, ce qui a été ressenti. Chez les élèves, mais aussi chez les interprètes et chez moi. Parce que le sujet touche tout le monde, au quotidien, je ne pouvais pas l'aborder n'importe comment. Il fallait un fil conducteur. »

Il a fallu y mettre les efforts. Et le temps. Après avoir travaillé pendant deux ans et demi sur sa création, Liliane St-Arnaud est maintenant prête à la présenter au grand public. Elle ne le cache pas, elle espère que L'envers de moi voyagera. Ici, d'abord, puisqu'elle souhaite que d'autres représentations s'ajoutent l'an prochain aux trois qui sont prévues cette année. Et puis à l'extérieur, ensuite, puisque le spectacle pourrait aisément trouver un écho positif ailleurs qu'en Estrie.

Danse pour tous

Elle le précise plus d'une fois : s'il a été d'abord pensé pour les adolescents, le spectacle ne s'adresse pas qu'à eux seuls. Au contraire.

« Les adultes seront eux aussi touchés par le propos des chorégraphies. J'espère que des parents viendront le voir avec leur enfant. Qu'ils seront ensuite capables d'en parler ensemble, que ça ouvrira un dialogue, peut-être. »

La création proposée par la compagnie, qui fêtera ses 30 ans d'existence l'an prochain, se décline en différents tableaux dans lesquels on retrouve un personnage principal, interprété par Zoé Hockhoussen. Les danseuses Annie Deslonchamps, Amélie Lemay-Choquette

et Catherine Soucy incarnent, elles, diverses facettes de ce même personnage.

Liliane St-Arnaud, chorégraphe et directrice artistique de la... (Photo Spectre Média, Jessica Garneau) - image 2.0

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Liliane St-Arnaud, chorégraphe et directrice artistique de la compagnie de danse sherbrookoise Axile, et la coordonnatrice d'Arrimage Estrie, Julie Witty-Chagnon.

Photo Spectre Média, Jessica Garneau

S'arrimer à Arrimage

Fondé il y a trois ans, Arrimage Estrie prône le développement d'une image corporelle positive et accompagne les personnes touchées par un trouble du comportement alimentaire (anorexie, boulimie, etc.). L'organisme était encore vert lorsque Liliane St-Arnaud a proposé un partenariat.

« On fait beaucoup de prévention et de sensibilisation dans les écoles. On utilise souvent l'art-thérapie dans nos ateliers, mais la danse, c'était une première expérience. J'ai été surprise, d'abord, mais j'ai vu sur le terrain toutes les possibilités que ça permettait. Ça a nourri notre façon de nous adresser aux jeunes sur le terrain. C'est fou comment le mouvement permet de faire ressortir certaines choses! » exprime la coordonnatrice d'Arrimage Estrie, Julie Witty-Chagnon.

Celle-ci voit d'un très bon oeil la démarche et le spectacle d'Axile. Parce que des choses sont dites, des problématiques sont nommées. Et cette prise de parole est saine.

« C' est le silence, toujours, qui accentue le mal-être. L'image corporelle, ça concerne tout le monde. On subit tous une pression sociale. Jeunes comme vieux, hommes comme femmes. Les jeunes en sont très conscients, ils ne savent juste pas quoi faire avec ça. Même nous, en tant qu'adultes, on ne sait pas toujours comment gérer tout ça. En parlant de diversité corporelle, on est capable de développer un esprit critique, de prendre du recul », remarque Julie Witty Chagnon.

Chorégraphe engagée

En abordant le sujet de la surdité en 1997 dans sa création Doux silence, Liliane St-Arnaud a fait un premier pas dans la danse engagée. Jamais, depuis, elle n'a quitté ce créneau. Ce registre est en quelque sorte devenu une signature. Une niche bien à elle.

« Je n'ai aucun regret. Ça me donne la possibilité de toucher à différents phénomènes de société, de creuser des sujets en profondeur. Et ça permet aussi aux gens de voir que la danse contemporaine peut être accessible », exprime la créatrice.

Au fil du temps et des chorégraphies, elle a touché à des thèmes aussi variés que les femmes victimes de violence, le vieillissement, le handicap et la différence.

« Il y a eu de riches rencontres à travers tout ça, des projets vraiment porteurs. Je pense, par exemple, à Vieillesse et prouesse, un conte dansé qu'on a présenté près de 50 fois, dans des lieux non conventionnels, c'est-à-dire dans des résidences pour personnes âgées. J'ai vu des gens pleurer pendant le spectacle. C'était suivi d'un atelier où ce qui était nommé était souvent touchant, parfois bouleversant. Des expériences pareilles, c'est précieux. »

Le prochain filon qu'elle pourrait creuser est le cancer. Ceux qui en sont atteints, ceux qui ont à vivre avec la maladie de leur proche.

« Tout ça reste encore à définir, mais déjà, dans le cadre de Québec Danse, j'offrirai un atelier lié à cette idée. »

Vous voulez y aller?

L'envers de moi

Le corps parfait, ce corps que personne n'aura jamais

5 avril, 11 h 15

6 avril, 13 h 30

7 avril, 20 h

Centre Québecor,

135, rue Don-Bosco Nord,

Sherbrooke

Entrée: 20 $ (étudiants) 12 $

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