La constellation Nerbonne

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(Ottawa) Un premier album solo (le très urbain XO, paru le 18 mars), une expo de peinture à la galerie Montcalm de Gatineau, sans oublier sa participation au tout récent disque de Stefie Shock et une autre sur le prochain album de l'« ami » Yann Perreau (Le fantastique des astres, prévu pour le 15 avril)... L'année 2016 démarre en trombe pour Laurence Nerbonne.

L'ex-voix d'Hôtel Morphée, dissolu en février 2015 quelques mois après la sortie de Rêve américain (la chanteuse se fera avare de précisions quant aux circonstances de cette implosion, si ce n'est pour reconnaître que ce n'était pas sa décision), est ravie de cet heureux hasard, qui lui permet de réaffirmer à tous son attachement à ses « racines en Outaouais », tout en laissant s'exprimer son coeur aujourd'hui montréalais.

Malgré les apparences et l'extrait Montréal XO, cet album très urbain, traversé de « beats hip-hop », est toutefois moins une déclaration d'amour à la métropole qu'à l'entrelacement de gens qui l'entourent, qui nourrissent sa créativité et qui, incidemment, habitent Mont-réal, enrichissant la ville de leur « cosmopolisme ».

Fini, les flammes rock. On est passé à des vagues et brumes éthérées. Créativement libérée, Nerbonne s'est complètement abandonnée à la composition numérique, à la recherche de grooves pop, de textures sophistiquées et de sonorités influencées par l'électropop scandinave, qui, portée par Mø au Danemark ou Elliphant en Suède, a le vent dans les voiles.

« Hôtel Morphée a été une très bonne école, mais un band, quel qu'il soit, ça finit par être un peu hermétique. »

La chanteuse est ainsi devenue productrice. Car, bien que ses pièces aient bénéficié des soins de son « super complice » Philippe Brault à la réalisation, elle a tout fait elle-même. « Et comme il y a peu de femmes productrices en mu-sique, je crois que c'est important d'assumer le terme », clame la chef architecte.

Dans le même bateau

La peinture et la musique font appel à deux zones distinctes du cerveau. « Mais il y a des liens entre les deux projets, puisque la création, c'est le résultat de toutes nos expériences, et qu'on est influencé tant par la culture que par les gens qui nous entourent. » D'où le titre du disque, qui répond à celui de l'exposition, GénérationXOXO, souligne-t-elle.

« Dans les deux cas, mais d'une façon complètement différente, il y a une analyse, ou une critique, de la société actuelle, de notre américanisation. On est un peu tous dans le même bateau par rapport aux médias, à la mondialisation, aux changements. Les barrières se sont effondrées, on est au courant de tout [...], constamment stimulés par la culture du rêve » qui entretient autant d'espoirs que de désillusions.

« En faisant un disque pop, ça m'intéressait de dépeindre la culture pop dans laquelle on vit. » Les termes XO et génération englobent « ces générations d'aujourd'hui qui sont en plein dans les changements », dit celle qui ne voulait pas résumer cela à l'âge ou à une génération X ou Y. Une génération dé-stabilisée, où les relations humaines ne se tissent plus en direct, mais par le truchement d'écrans et de filtres. C'est d'ailleurs le sujet de la chanson Tinder Love, « qui dépeint une histoire d'amour qui se déroule exclusivement par téléphone » interposé.

L'ordinateur comme meilleure position

Ce constat a aussi guidé toute la démarche créatrice de XO, album qu'elle a volontairement composé dans le repli sur soi. Laurence Nerbonne a mis de côté son violon pour approfondir sa connaissance des machines, logiciels et autres systèmes d'échantillonnages (« pour jouer avec le pitch des voix, surtout »).

« J'ai souvent eu envie de prendre mon téléphone pour m'entourer de musiciens, mais je me suis imposé [cet isolement] pour continuer à expérimenter sans me laisser influencer, et aller au bout du processus et de cette réalité très virtuelle. »

Mais, précise-t-elle, c'est aussi une façon d'inscrire le travail de l'artiste au diapason du reste de la société. Car désormais, « tout le monde travaille derrière son ordinateur. C'est donc la meilleure position pour vraiment vivre l'impact de la société actuelle ».

Elle s'est donc « lancée à pieds joints dans le courant », pour se sentir en osmose avec « toute la nouvelle génération de musiciens » qui s'est adaptée aux nouvelles réalités du métier et de l'industrie. Une génération que le manque de moyens financiers n'empêche pas de produire, que l'immédiateté du marché n'effraie pas, et qui parvient non seulement à survivre, mais aussi à s'épanouir, loin des instruments organiques et des distributeurs, observe-t-elle.

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