Paradoxal Parachute

Le plus beau moment fut ce duo de... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Le plus beau moment fut ce duo de danseuses tiré de Macbeth bâtard, où, sur une trame sonore très forte, deux amoureuses, une vivante et une morte, se font leurs adieux dans une douleur muette.

Spectre Média, Frédéric Côté

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) CRITIQUE / Le sentiment d'avoir goûté à quelque chose dont on avait envie depuis longtemps... mais de ne pas être parvenu à y mordre à pleines dents. C'est l'impression laissée par Parachute, la toute première production du chorégraphe Dave Saint-Pierre à faire une tournée en dehors des grands centres.

L'exercice est en partie réussi parce que les quelque 175 personnes présentes au Théâtre Centennial mercredi soir ont eu un excellent avant-goût de l'« énergie Saint-Pierre », mélange de dureté et de douceur, de violence et d'empathie, de saccades et d'ondoiements. La sensation de faim inassouvie vient plutôt de l'atténuation imposée à sa signature, par compromission.

Comprendre que le chorégraphe « maudit », rendu célèbre pour son esthétisme d'une grande crudité, souvent brutal, choquant, ordurier diront même certains, est, avec ce spectacle collage baptisé Parachute, en « médiation culturelle » : il glisse un orteil hors capitales avec une formule édulcorée.

Une opération que déteste le principal intéressé (le spectacle prévoyait qu'il intervienne avant chaque segment du spectacle pour mettre le public en contexte), mais à laquelle il s'est plié de bonne grâce, soucieux de joindre un nouveau public et désireux d'explorer de nouveaux territoires et des formes plus modestes, lui qui a toujours fait du grand déploiement et de la grande salle.

N'empêche : opter pour des formes plus petites n'implique pas de modifier l'esthétisme. Le metteur en scène de danse a toutefois tamisé les lumières chaque fois qu'il y avait de la nudité, alors qu'il la laisse généralement s'exprimer dans une lumière éclatante. Les danseurs ne se sont pas non plus trop approchés du public. Les chaudières de sang ont été remplacées par de l'eau.

Bref, on a ménagé l'épiderme prétendument sensible des spectateurs néophytes, ce qui était certes décevant pour les avertis.

Dérangeant de minimalisme

Mais si on prend le spectacle pour ce qu'il est au lieu de ce qu'il n'a pas été, Parachute a quand même révélé une bonne part de ce qu'est Dave Saint-Pierre... et vers quoi il se dirige, avec notamment trois extraits de spectacles récents (jamais présentés au Québec dans leur forme complète) ou à venir.

Les deux premiers segments, un duo extrait de Fléau (2017) et un solo provenant de Fake (2015), ont donné une bonne idée de la direction dérangeante de minimalisme souhaitée par le créateur, après une décennie d'expansivité. Surtout le solo, avec ses danseurs immobiles dans le noir rappelant les acteurs représentant l'absence chez Beckett, et son interprète se tordant d'abord au sol, devenant lumineuse et aérienne dès qu'elle se débarrasse de ses vêtements.

Débuts lents menant vers la frénésie, successions de tensions et de relâchements, amorces terriennes se transmutant en élévation, présence d'animaux à la symbolique plurielle (innocence et animalité de l'homme), musique urbaine électronique avec des coups de tonnerre font aussi partie de la griffe Saint-Pierre.

Le plus beau moment du spectacle fut ce duo de danseuses tiré de Macbeth bâtard, où, sur une trame sonore très forte, deux amoureuses, une vivante et une morte, se font leurs adieux dans une douleur muette.

La balle est maintenant dans le camp des diffuseurs qui, l'espère-t-on, offriront la prochaine fois un Dave Saint-Pierre sans médiation et ne laisseront pas décider ceux qui n'ont pas vu.

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