Les fils de la mémoire

Détentrice d'une formation en graphisme et en arts... (La Tribune, Maryse Carbonneau)

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Détentrice d'une formation en graphisme et en arts visuels, la Sherbrookoise Johanne Côté a véritablement entrepris sa carrière artistique en 2013.

La Tribune, Maryse Carbonneau

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(Coaticook) À travers Mémoire féminine, sa troisième exposition solo, Johanne Côté explore les mystères de la mémoire, la transmission du savoir-faire et les technologies obsolètes, en tissant entre eux des liens tangibles et intan-gibles. Des oeuvres qui reflètent les questionnements de l'artiste sur le codage et le déchiffrage du monde qui nous entoure.

Détentrice d'une formation en graphisme et en arts visuels, la Sherbrookoise a véritablement entrepris sa carrière artistique en 2013. « Mon intérêt pour tout ce qui est lié à la mémoire m'a amenée vers les technologies dites obsolètes, explique Johanne Côté. Les vieilles diapos, les disquettes souples, les rubans huit pistes... Tout ce qui a été utile, qui retient de l'information et qui tend à être de plus en plus illisible, notamment parce que les lecteurs ne sont plus disponibles. »

« En contrepartie, ce sont des éléments qui sont matériellement intéressants à réutiliser et à rehausser en les combinant avec d'autres matériaux comme du papier de piano mécanique. »

Un papier troué qui, tel un métier à tisser, lui sert de fil de chaîne où elle alterne des rubans de cassette audio.

Johanne Côté a d'ailleurs entrepris d'acquérir les rudiments du tissage auprès de celles qui, depuis 100 ans, sont reconnues comme les gardiennes du savoir-faire textile : les Cercles des fermières. Plus particulièrement auprès des cercles de Saint-Jean, Saint-Edmond et Saint-Marc qu'elle a côtoyés durant son séjour à Coaticook l'été dernier dans le cadre du programme Artiste en résidence.

« Pour moi, le but était d'apprendre, mais aussi de discuter avec ces femmes, car il y a des trucs qui ne sont jamais écrits dans les livres. Surtout qu'on tend à banaliser l'art textile, alors que c'est un travail qui prend du savoir-faire, de la patience et du temps, sans compter que c'est très physique. Ça prend des bras et des jambes! »

Tisser en morse

L'exposition comprend d'ailleurs trois volets. La série F08, réalisée avec du fil de coton ocre, du fil de coton gris et du ruban de cassette audio, recourt au code morse, qui permet de déchiffrer le nom du Cercle des fermières dans lequel l'oeuvre a été tissée.

Une seconde série aborde la broderie par le point de croix, et s'inspire aussi du code morse et de l'alphabet braille. Les visiteurs auront d'ailleurs accès à de petits alphabets papier qui leur permettront de décoder les messages qui se cachent sous les fils. Une invitation à s'attarder et prendre le temps de regarder.

Quant à la troisième série, plus hétéroclite, elle est réalisée avec du ruban de cassette audio, du ruban huit pistes, du fil à broder, des éléments de couture ou du papier de piano mécanique.

Inutile de dire que l'artiste porte une affection particulière à ces lieux qui offrent, à tout petits prix, des objets abandonnés en attente d'un nouveau propriétaire, incluant les ventes de débarras et les dons qu'elle reçoit à l'occasion.

Pour l'avenir, la tisserande de la mémoire entend poursuivre ses apprentissages et, ce faisant, élargir son champ de création. « On ne finit jamais d'apprendre puisque, pour mélanger des techniques, je dois d'abord les maîtriser », confie Johanne Côté.

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