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Le rire et l'hiver... avant  la « mari »

Le comédien Gilles Renaud et le réalisateur Louis... (Spectre Média, René Marquis)

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Le comédien Gilles Renaud et le réalisateur Louis Bélanger sont venus présenter le film Les mauvaises herbes hier à Sherbrooke. Le long métrage arrive sur les écrans demain.

Spectre Média, René Marquis

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Les mauvaises herbes, c'est l'histoire d'un acteur montréalais (Jacques), joueur compulsif surendetté et poursuivi par un usurier, et d'une jeune lesbienne (Francesca) rejetée par sa famille, employée d'une compagnie d'électricité, qui se retrouvent obligés d'aider un vieil homme grincheux (Simon) à mener à terme sa récolte de plants de cannabis. Tout ça au fin fond d'une région éloignée.

Film sur la réalité du commerce illicite de la marijuana en région?

En fait, ce qui a d'abord motivé le cinéaste Louis Bélanger pour ce nouvel opus de sa filmographie, c'était de trancher avec la noirceur de son précédent long métrage, Route 132, de réaliser une comédie... et de tourner un film d'hiver.

« Alexis et moi [Alexis Martin, qui a coscénarisé le film, en plus d'incarner le rôle de Jacques], nous nous étions dit que nous voulions faire quelque chose de moins sombre. On s'entend qu'il n'y a pas plus grand tabou que la mort d'un enfant », dit-il de son précédent long métrage de fiction, lequel mettait en scène un père (François Papineau) prenant la fuite dans le Bas-Saint-Laurent après le décès de son fils de cinq ans.

« Nous voulions réaliser une comédie, mais nous ne voulions pas faire des blagues juste pour des blagues. Une comédie dramatique, donc. Je me suis donc inspiré d'un roman que j'avais lu, La forêt des renards pendus du Finlandais Arto Paasilinna, racontant l'histoire de trois personnes qui n'ont rien à voir les unes avec les autres, mais qui doivent passer un hiver ensemble, en Laponie, dans un isolement presque total. »

Ce n'est qu'après qu'est venue l'idée d'une culture de cannabis cachée dans une grange. Même si ce n'est pas l'essentiel du propos, cette trame particulière décrit une réalité très répandue.

« J'ai un chalet à Nominingue, je connais bien le Québec rural, et ce serait hypocrite de dire que ça n'existe pas. Y en a en maudit! Dans certains coins, c'est même un apport économique essentiel », commente le cinéaste, qui s'est dépêché de faire son film avant que Justin Trudeau ne légalise le trafic des herbes folles.

« J'ai rencontré d'anciens fermiers, d'anciens bûcherons qui ont participé à ça, et ils ne correspondent pas à ma définition de criminels. Je les trouve sympathiques. Avec l'argent, ils se sont équipés pour la chasse ou la pêche. Ces gens-là occupent le territoire 365 jours par année et ils n'ont pas envie de se faire dire comment par des gens de Montréal. Cela dit, je trouve que c'est une bonne idée de désengorger notre système pénal des petits larcins. Il y a une part d'inconnu dans ce qui arrivera après, mais je crois qu'un jour, on regarde la cannabiculture comme on regarde la prohibition des années 1920 aujourd'hui, quand c'était illégal de boire un verre de scotch. »

Cannabis en tissu

Question : avez-vous utilisé de vrais plants pour le tournage?

« La demande a été faite aux autorités, mais elle nous a été refusée », rapporte Gilles Renaud, qui interprète le rôle de Simon. « Tu imagines, un camion de tournage avec plein de plants de cannabis qui croise une voiture de police? Le temps qui aurait été perdu à expliquer tout ça? De toute façon, la grange du film n'était pas véritablement chauffée, les plants seraient morts très vite. »

L'équipe de tournage a donc eu recours à des plants artificiels en tissu. « Toutes les entreprises qui fabriquent des plantes artificielles dans la région de Montréal ont été sollicitées. Parce qu'il fallait les avoir à quatre stades de croissance différents, ce qui veut dire environ 1000 faux plants. »

Quant au film d'hiver, cette saison incontournable dans nos vies mais peu présente dans notre cinéma et notre télé, Louis Bélanger le voit en quelque sorte comme un passage initiatique pour tout bon réalisateur québécois.

« L'hiver, ça peut être tellement beau! Mais j'ai évité de l'idéaliser. Il y a des scènes où ça a vraiment l'air du diable », rapporte le réalisateur, qui a tourné de janvier à mars, à Arundel, un petit village à 20 kilomètres de Saint-Jovite, dans les Laurentides.

Une chose est sûre : personne dans l'équipe n'a oublié cet hiver historiquement froid.

« On n'a jamais eu peur de manquer de neige. Mais ça a été dur pour les comédiens. Une des premières scènes tournées est celle où Jacques se promène dehors dans son costume de Beaumarchais. J'ai fait très attention à lui parce que je ne voulais pas qu'il ait son coup de mort au début du tournage. Dans une autre scène, Simon attache Jacques presque nu dehors pour lui donner une leçon. Mais pauvre Alexis : j'ai coupé la scène au montage! Je dois ajouter toutefois qu'après une semaine, nos corps s'étaient adaptés. Beaucoup plus que l'équipement technique! »

Gilles Renaud confirme. « J'ai été plus chanceux, mon personnage était souvent bien habillé. Mais le givre dans ma barbe, le rouge de mes joues après ma gorgée de gin, personne de l'équipe de maquillage n'a eu besoin de s'en occuper. Il faisait -39 degrés ce jour-là! »

Ode au monde ordinaire

Les habitués de l'oeuvre de Louis Bélanger retrouveront à nouveau des personnages écorchés, souvent durs les uns avec les autres, mais qui finissent par s'entraider et laissent percer une tendresse certaine.

« Je crois que c'est simplement ma façon de voir la vie et l'humain, répond Louis Bélanger. Mes films sont comme une ode au monde ordinaire. Les personnages finissent par se révéler autrement. Derrière Simon, ce vieux grigou, on découvre une certaine noblesse. Quand il est méchant, il poste un geste gentil après. Il engueule Jacques, puis lui offre du linge. C'est malhabile, mais ces trois-là finissent par former une famille. Dysfonctionnelle, mais une famille quand même. »

« Simon ne porte aucun jugement sur l'homosexualité de Francesca, contrairement à ses parents », souligne Gilles Renaud. « La récolte de cannabis les tient ensemble, mais elle les libère aussi. À la fin, tous auront avancé », ajoute celui qui fait aussi partie de la famille « élargie » de Louis Bélanger (c'est son quatrième film avec le cinéaste).

« Nous venons tous deux de milieux ouvriers, nous parlons le même langage quant aux émotions, à la sensibilité, à l'imagination. Son cinéma me rappelle ma famille. Ça me séduit énormément. »

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