Bonifassi retrouve ses racines

Parce qu'elle sentait qu'elle n'était pas encore allée... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Parce qu'elle sentait qu'elle n'était pas encore allée au bout de son exploration des chants d'esclaves et de prisonniers afro-américains, notamment à la suite d'une rencontre avec Angélique Kidjo, Betty Bonifassi revient avec un nouvel album consacré à ce répertoire, comportant notamment cinq textes qui étaient déjà sur son album paru en 2014, mais qu'elle ressert cette fois dépouillés d'arrangements électros, dans des versions beaucoup plus organiques.

Spectre Média, Jessica Garneau

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(Sherbrooke) Y a-t-il encore place pour l'humanisme? Betty Bonifassi le souhaite, elle qui a trouvé dans les chants des esclaves et des prisonniers afro-américains une source d'humanité qui l'a nourrie au cours de la dernière décennie et pourrait bien la porter un moment encore si le public répond en choeur.

Après l'album éponyme proposant une douzaine de titres fin 2014, la voici en effet qui récidive avec Lomax, une visite dépouillée d'arrangements électros et beaucoup plus organique de certaines captations du répertoire afro-américain effectuées dans les années 1930-1940 par l'ethnomusicologue Alan Lomax.

« En théorie, ça peut sembler une profession bien plate, ethnomusicologue, mais je me suis complètement prise d'amour pour le travail de cet homme. C'était un véritable humaniste. Mais voilà, je ne sais pas si l'industrie a envie de faire place à l'humanisme. Les gens, le public qui vient remplir mes salles, lui, je sais que oui. Ils réagissent et sont le meilleur miroir qui nous soit offert », raconte au bout du fil une Betty Bonifassi un peu nerveuse quant à l'accueil qui sera réservé à ce second opus, arrivé le 4 mars sur les tablettes.

Des huit chants proposés sur Lomax, cinq sont de nouvelles versions de pièces déjà sélectionnées sur l'album de 2014, mais il faut prêter l'oreille pour ne pas être berné, tellement les arrangements musicaux et vocaux sont à des lieues sur la nouvelle mouture. La guitare, qui avait été laissée de côté en premier lieu, retisse les liens vers le blues et un choeur de voix féminines vient donner la réplique à Bonifassi dans l'essence même des chants issus de l'esclavagisme ou du travail des prisonniers.

« On avait d'abord opté pour une musique électro, un peu bling-bling, car ça me plaisait d'être en modernité, par rapport à l'agressivité et l'oppression, explique la chanteuse montréalaise.

« Mais l'an passé, en travaillant avec Angélique Kidjo, on jase de cette musique, puis elle me dit : "Tu as compris l'essence. Cette mu-sique, c'est un dialogue et une suite de questions et de réponses. Je me suis dit : "Ah! Mais ce n'est pas ça sur l'album! C'est moi qui me réponds à moi-même..." »

Hasard de la vie ou pas, elle croise peu après Jesse Mac Cormack, ils en parlent, décident de retravailler les chansons en retournant au coeur même de la musique avec la guitare de Mac Cormack, la basse de Mathieu Désy, la batterie de Martin Lavallée, le piano de Martin Lizotte et le choeur des Marjo's de son amie Ève Landry.

« On a brassé ça comme une messe vaudou interdite du jeudi soir! »

lance l'artiste de 43 ans, qui avait choisi d'enregistrer dans la chaleur du Studio B-12, à Valcourt. « C'est un espace live intéressant, l'acoustique est magnifique. On est arrivés très bien préparés, Jess avait terminé les arrangements musicaux, moi, les voix, ç'a été du plaisir. Et là, je me retrouve entourée d'un nouveau groupe avec qui j'ai hâte de remonter sur scène. »

Dialogue avec la vie

On entend une multitude de choses en cours d'entrevue avec Betty Bonifassi. Quelques notes d'amertume d'une artiste considérant que l'industrie et les critiques ont parfois la gâchette rapide quand vient le temps de tuer un projet, un peu d'impatience aussi par rapport à l'étiquette d'artiste émergente qui lui colle encore à la peau 12 ans après avoir interprété Belleville Rendez-vous (Les triplettes de Belleville) en direct de la soirée des Oscars.

Mais ce qu'on entend surtout, c'est la détermination d'une chanteuse décidée à faire les choses à sa façon. « Après le premier album, je savais inconsciemment que ce n'était pas terminé, mais je me demandais si c'était vraiment pertinent d'y revenir, précise-t-elle. Ce n'est pas juste un album, c'est quelque chose sur l'humain, sa façon de survivre. Il y a là des messages musicaux très forts. »

Impossible, dit-elle, de déterminer le nombre exact de chants afro-américains répertoriés par Alan Lomax et son père John avant lui, l'ethnomusicologue ayant aussi capté des chants traditionnels aux quatre coins du monde jusqu'à la fin de sa carrière en 1996. Betty Bonifassi, elle, a sélectionné une cinquantaine de chansons du répertoire afro-américain, certaines en une douzaine de versions, dont Grizzly Bear et Old Hannah, que l'on prendra plaisir à comparer sur les deux albums.

« Je ne crois pas que les gens seront perdus en raison de titres similaires. Du moins j'espère que non, car je veux seulement les emmener vers de belles choses qui vont les intéresser », note la chanteuse originaire de Nice.

« En spectacle, on se promet de ramener quelques chansons du premier album vers le roots, de proposer du très beau et du très doux au public », promet-elle. « On va s'adapter pour les plus petites salles, mais en grande salle, on va se faire une messe à 11 musiciens et un choeur », prévient celle qui vise aussi une tournée aux États-Unis, peut-être même au Brésil.

« Avec Robert Lepage, on est en préparation d'un spectacle autour de ces chants. C'est un travail qu'on a amorcé il y a deux ans et demi, mais qui ne sera terminé qu'en février 2018. C'est un gars occupé, mais j'aime assez l'idée qu'il veuille faire la mise en scène de mon spectacle », lance en riant une Betty Bonifassi beaucoup plus décontractée.

Vous voulez y aller?

Betty Bonifassi

Samedi 26 mars, 20 h

P'tit Bonheur de Saint-Camille

Entrée : 39 $

Vendredi 22 avril, 20 h

Pavillon des arts de Coaticook

Entrée : 28 $

Samedi 30 juillet, 20 h 30

Jardins Lumières de L'Avenir

Entrée : 34 $

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