L'univers Boulerice

Marie Bernier et Gabriel Szabo incarnent Morgane et... (Suzane O'Neil)

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Marie Bernier et Gabriel Szabo incarnent Morgane et Félix dans la pièce Tu dois avoir si froid. Signée Simon Boulerice, celle-ci aborde le thème du désamour chez les parents et elle est présentée demain après-midi au Théâtre Léonard-St-Laurent.

Suzane O'Neil

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(Sherbrooke) Certains cultivent des univers foisonnants d'où l'on peut tirer des personnages magnifiques et magiques, d'autres n'ont pas accès à ce même espace ludique. Peu importe, croit Simon Boulerice, tout le monde porte en lui quelque chose d'intéressant que l'on peut mettre en lumière selon l'angle que l'on choisira d'aborder.

L'auteur, comédien, danseur et metteur en scène se nourrit ainsi aujourd'hui davantage des rencontres avec son plus jeune public que lui offre la vie au gré du théâtre, du livre, des ateliers. Mais s'il puise dans leurs histoires, leurs questions et leurs réponses quelques filons de création, le prolifique auteur ne s'en cache pas, sa meilleure matière, c'est encore lui.

« Je me sens comme un puits sans fond de matériaux pour mes histoires parce que j'ai beaucoup de souvenirs de mon enfance, mais surtout parce que ce sont des souvenirs très précis », lance Simon Boulerice, dont la pièce Tu dois avoir froid réchauffera la salle Léonard-St-Laurent, demain.

Écrite pour les enfants de cinq à neuf ans, la production de l'Arrière Scène invite son jeune auditoire à passer un moment aux côtés d'un Félix à l'univers éclaté et de sa cousine Morgane, un brin aigrie par le désamour de ses parents. Tous deux ont trouvé refuge en cette fête de Noël au milieu des manteaux empilés sur le lit des grands-parents, le genre de souvenirs communs à bon nombre.

« Plus c'est personnel, plus c'est universel », rappelle Boulerice, toujours non pas entre deux projets, mais nécessairement aux commandes simultanément d'une demi-douzaine de romans, d'albums, de recueils, de pièces de théâtre qui poppent tantôt pour les plus jeunes, tantôt pour les adultes, tantôt encore pour ces nombreux entre-deux de l'adolescence.

« Je mène toujours cinq ou six trucs de front, et toujours des projets très différents, explique davantage l'auteur montréalais. Je gère tout ça de façon instinctive. Même si j'ai l'air plutôt brouillon dans la vie, j'arrive à bien organiser et compartimenter l'écriture pour éviter les contaminations de contenus. C'est comme ma mère qui arrive à suivre un paquet de téléromans en même temps sans mélanger ses personnages. J'écris tous les jours, mais comme c'est sur autant de projets, ça n'avance pas très vite. »

N'empêche que le trentenaire aux traits et à l'attitude juvéniles empile recueils de poésie, pièces de théâtre, romans, albums et livres jeunesse comme d'autres des regrets.

« Il y a tellement de sujets qui me passionnent et j'ai tellement peur de manquer de temps, c'est à la fois stimulant et épuisant. J'en ai parfois des vertiges, mais je suis tellement heureux dans le travail. En fait, c'est étrange, j'accueillerais une certaine accalmie avec plaisir, mais je ne la cherche pas. »

L'univers des différences

Point d'accalmie donc pour celui revenu de France il y a deux semaines après y avoir présenté Les mains dans la gravelle, mis en scène par le même Serge Marois qui propose ici Tu dois avoir si froid.

« C'est une complicité toute naturelle entre nous malgré l'écart générationnel», note Boulerice au sujet de son aîné septuagénaire qui l'avait découvert au sortir de l'option théâtre du cégep Lionel-Groulx, il y a neuf ans.

«Serge et moi partageons le même amour des enfants et des sujets épineux», ajoute encore Boulerice.

Sujets épineux souvent fondés sur les différences et une certaine marginalité, comme c'est le cas dans Tu dois avoir si froid, pièce qui aborde le thème du désamour parental et dans laquelle un Félix rêveur, imaginatif et poétique rencontre une Morgane glaciale et ancrée dans les conventions.

Chez ces deux personnages comme chez tous ceux à qui Boulerice donne vie, cette marginalité et ces différences, qui sont aussi parfois les siennes.

«Il y a toujours ces deux personnalités en tiraillement, à savoir l'enfant très flamboyant et celui qui cherche à attirer l'attention le moins possible», reconnaît Simon Boulerice, qui souhaite bien sûr inculquer une acceptation des différences, quelles qu'elles soient.

«Il y a deux ou trois ans, j'avais ce sentiment qu'on vivait de mieux en mieux avec les différences qui nous entourent, mais en ce moment, quand je lis les commentaires qui suivent certaines chroniques de journaux, je sens tellement d'intolérance, ça m'attriste terriblement. C'est peut-être un moteur d'écriture, mais c'est surtout une grande tristesse», confie l'auteur montréalais, impliqué depuis deux ans auprès de jeunes immigrants en processus de francisation.

«C'est tellement beau de les voir vivre et accepter leurs différences, et de les voir surtout s'entraider dans leur nouvel univers. J'aimerais bien que les intolérants viennent voir ces jeunes-là, ça leur inspirerait sans doute autre chose que de l'intolérance.»

Vous voulez y aller?

Tu dois avoir si froid, de Simon Boulerice

Compagnie L'Arrière Scène

Mise en scène de Serge Marois

Avec Gabriel Szabo et Marie Bernier

Théâtre Léonard-St-Laurent

21 février à 14 heures

Entrée : 12 $

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