Le cas Harlequin

Vous avez l'impression que la définition du roman sentimental de Constans... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Spectre Média, Jessica Garneau

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Vous avez l'impression que la définition du roman sentimental de Constans décrit le squelette de tout roman Harlequin? Vous avez raison.

La collection née au Canada anglais en 1949 a bâti sa réputation sur une recette éprouvée de mielleuses histoires d'amour. Une première percée au Québec, en 1960, s'est soldée par un échec. Les bouquins traduits à Montréal n'ont pas séduit le lectorat d'alors. Vingt ans plus tard, après un détour par la France, les petites plaquettes roulaient tempête sur les tablettes des pharmacies québécoises. Elles existent encore aujourd'hui, même si leur cote de popularité semble moins grande qu'auparavant.

« On ne trouve pas grandes qualités purement littéraires aux romans Harlequin, c'est vrai. Et personne ne vous nommera un titre de cette série comme étant son histoire d'amour préférée. Mais il reste que ce sont des objets d'étude intéressants. Pas pour réhabiliter

ce genre de production, mais pour mieux comprendre notre évolution. La littérature, c'est un laboratoire pour observer le cheminement d'une société », précise Mme Luneau, qui a écumé les ventes de garage pour se constituer un corpus d'oeuvres à l'eau de rose.  

Coup d'oeil à l'éventail qu'elle a sorti de ses archives. Les pages couvertures ne mentent pas : dans les années 50 et 60, l'héroïne était souvent infirmière, en phase avec son époque. Dans les années 2000, on voit apparaître dans le récit des enfants nés de précédentes unions, ce qui aurait été impensable auparavant.

« C'est le propre du roman populaire : on veut en vendre le plus possible. Et pour ça, on adapte le contenu à ce que les gens veulent lire. Harlequin est reconnue comme une maison d'édition qui multiplie les sondages et les focus group pour connaître les goûts de ses lectrices », indique Marie-Pier Luneau.

Dans l'un de ses cours, celle-ci fait analyser un roman Harlequin à ses étudiants. Ceux-ci choisissent celui qu'ils veulent, du moment que c'est une parution récente. Au fil des sessions et des lectures, une constante s'est dessinée, un constat s'est imposé : au moins la moitié des romans Harlequin contiennent des scènes de séquestration. Parfois, elles frôlent le viol.  

« Ce que ça révèle est dérangeant, oui. Mais ce qui est rassurant, c'est la réaction des étudiantes. Elles disent que ça n'a pas de sens, que c'est bien normal que les Harlequin soient sur le déclin », souligne Marie-Pier Luneau.

Et pour les relations hommes-femmes équilibrées, on repassera.

« La narratrice est traitée comme une enfant qui se fait materner par son prétendant, souvent envahissant et dominateur. Et il y a ce côté chevaleresque omniprésent. À tout bout de champ, l'héroïne se fait sauver par son prétendant. Encore aujourd'hui. »

La plus belle histoire d'amour

Elles nous bercent, nous traversent, nous transportent au fil des pages qu'on tourne. Les histoires d'amour des romans nous laissent rarement froids, mais certaines parviennent mieux que d'autres à nous réchauffer le coeur. Nous vous avons demandé quelle était la plus belle histoire d'amour que vous avez lue. Voici ce que vous nous avez répondu :

Les plus populaires

Tristan et Iseut

L'amour au temps du choléra, Gabriel Garcia Marquez

Les filles de Caleb, Arlette Cousture

La délicatesse, David Foenkinos

L'amant, Marguerite Duras

37,2 le matin, Philippe Djian

D'autres titres

Le rivage des Syrtes, Julien Gracq

Miss Septembre, François Gravel

L'hiver de force, Réjean Ducharme

Anne, la maison aux pignons verts, Lucy Maud Montgomery

L'ours traversa la montagne, Alice Munro

Elle et lui, Marc Lévy

La vie d'un homme inconnu, Andreï Makine

Le choix d'Anne Brigitte Renaud

Auteure (Sueurs froides), éditrice (Les Éditions Chauve-souris), présidente du c.a. du Salon du livre de l'Estrie

« Il y a des histoires d'amour dans les romans qui passent et d'autres qui nous hantent. Celle d'Élisabeth d'Aulnières et de Nelson Tassy dans Kamouraska fait partie de cette dernière catégorie. Peut-être parce que l'histoire est habitée par le fleuve et la neige... Peut-être aussi parce que la soumission est l'issue de la souffrance, de la haine et du sacrifice qui cohabitent dans le récit intime d'Élisabeth au chevet de son deuxième mari me révolte encore. Et il y a les histoires d'amour qui jalonnent Dragonville de ma grande amie et complice Michèle Plomer. Ici, il y a le lac et le village, l'océan à traverser et Lee, à la peau douce qui peint sans fin son amoureuse. Cette fois, une saga qui berce le coeur, qui voyage entre la Chine et le Québec, entre le réel et l'imaginaire. »

Le choix de Mathieu K. Blais

Auteur (Tabloïd) et professeur de littérature au Cégep de Sherbrooke

« Avec son roman L'avortement, Richard Brautigan tricote l'histoire d'amour la plus ordinaire jamais écrite. Celle entre Vida, jeune femme à la beauté parfaite, et le narrateur, employé d'une bibliothèque où sont archivés des livres impubliables. Mais leur romance trébuche quand Vida tombe enceinte : le titre de l'oeuvre trahit la suite. Au fil des pages, une passion peinarde, sans débordements ni déchirure. Et pourtant la magie opère. Une magie que distille la prose incomparable de Brautigan. Modeste chef d'oeuvre plein d'un humour acidulé, L'avortement est une histoire d'amour pour amoureux des petits riens. »

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