Les amours dans nos pages

Professeure de littérature à l'Université de Sherbrooke, Marie-Pier... (Spectre Média, René Marquis)

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Professeure de littérature à l'Université de Sherbrooke, Marie-Pier Luneau a fait de la littérature sentimentale son prochain sujet de recherche. «Parce que ce type de production littéraire est un formidable laboratoire pour étudier le parcours d'une société», dit celle qui, au chapitre des histoires d'amour, a particulièrement aimé La princesse de Clèves, mais aussi Anna, de Louis Gauthier, et toute l'oeuvre de Jacques Poulin.

Spectre Média, René Marquis

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbroke) Pensez roman d'amour. Notez les premiers titres qui vous viennent à l'esprit. Il y aura probablement des classiques dans le lot (Tristan et Iseut ou le théâtral Roméo et Juliette). Des romans d'auteurs américains ou français qui ont fait des histoires de coeur l'épicentre de leur production littéraire (bonjour Nicholas Sparks, Danielle Steel, Marc Lévy, Guillaume Musso, John Green). Peut-être des bouquins qui ont créé la sensation lors de leur sortie (La délicatesse de Foenkinos ou Ensemble c'est tout, d'Anna Gavalda). Sans doute des écrits d'ici qui marient les faits historiques à la romance (Les filles de Caleb, la trilogie de Marie Laberge). Et assurément beaucoup d'autres titres encore.

« Des romans dont le thème est l'amour, il y en a des tonnes », remarque Marie-Pier Luneau, professeure de littérature à l'Université de Sherbrooke.

Chacun a donc son préféré. Soit. Il faut quand même davantage qu'une belle histoire d'amour pour qu'un roman puisse prétendre appartenir au genre littéraire sentimental.

« Pour être considéré comme tel, sa structure doit répondre à certains critères », indique Mme Luneau. Elle s'y connaît, elle en a fait le noeud de son prochain sujet de recherche. Avec le sociologue Jean-Philippe Warren, de l'Université Concordia, elle travaille sur un projet qui s'attardera à l'histoire du roman sentimental ici.

Du côté de la France, pareille étude a déjà été faite par Ellen Constans (Parlez-moi d'amour - Le roman sentimental : des romans grecs aux collections de l'an 2000). Cette dernière a bâti une grille dont s'inspireront les deux chercheurs québécois.

« Pour Ellen Constans, le schéma du roman sentimental est précis. Des amoureux se reconnaissent dès les premières pages d'un récit. Même s'ils se détestent, le lecteur sait qu'ils sont attirés l'un par l'autre. Puis, les deux protagonistes sont séparés pour une raison X. Ils se retrouvent à la fin, dans le malheur ou dans le bonheur », explique Mme Luneau, qui précise que toute la trame narrative doit être tissée autour de cette histoire d'amour unique. Ceci menant à cela, le livre Les liaisons dangereuses, par exemple, n'entrerait pas dans le moule.

Ce n'est pas d'hier que les épanchements du coeur font leur nid dans les pages des romans. Ce n'est pas d'avant-hier non plus. Selon Constans, on trouve les prémisses du roman d'amour dans l'Antiquité grecque. « C'est intéressant de voir comment l'élément qui perturbe la relation diffère selon les époques. Dans l'Antiquité, par exemple, ce sont les tempêtes et les naufrages qui séparent les amoureux », précise Mme Luneau.

La noblesse et la masse

La princesse de Clèves, écrit au XVIIe siècle, correspond parfaitement à la définition du roman sentimental, lequel était à l'époque populaire et valorisé. On lui reconnaissait des origines nobles. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que son étoile a commencé à pâlir. Madame Bovary se déploie d'ailleurs comme une critique du genre, un contre-roman sentimental, en quelque sorte.

« Lorsque les femmes se sont mises à investir cette sphère, en même temps que le développement de la presse à grand tirage a engendré les éditions de masse, la littérature sentimentale a été associée à un sous-genre destiné aux femmes à la maison », note Mme Luneau.

Probablement parce que ce type de production s'inscrit dans le courant de la littérature populaire, qui rejoint des lectrices beaucoup plus que des lecteurs, aujourd'hui encore, le préjugé persiste. Et Marie-Pier Luneau le réfute.

« Cette idée de prendre la masse pour un troupeau qui n'a aucun sens critique, je ne crois fondamentalement pas à ça », dit celle qui s'intéresse à la littérature populaire depuis toujours.

Le glissement est presque inévitable : au Québec, le créneau de la chick lit atteint des sommets de popularité. Il s'en publie énormément, il s'en vend tout autant. Si l'amour est souvent un moteur de la trame, il n'est pas abordé de la même façon que dans le typique roman sentimental.

« Ce qui distingue beaucoup les deux genres, c'est le ton. Dans les romans de chick lit, il y a beaucoup d'autodérision. L'héroïne a une bonne estime d'elle-même, elle est autonome, elle cherche l'amour, mais ne le trouve pas toujours. »

Un peu comme dans la vraie vie, quoi.

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