Le bonheur travaillé de Zaz

Pour Zaz, l'optimisme ne rime pas avec insouciance. Encore moins avec... (La Presse, Marco Campanozzi)

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La Presse, Marco Campanozzi

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Pour Zaz, l'optimisme ne rime pas avec insouciance. Encore moins avec inconscience. Celle qui veut de l'amour, de la joie, de la bonne humeur, qui sème ses chansons irrésistiblement gaies un peu partout sur la planète en abattant les barrières de langue n'a pas fait ce choix par simple légèreté, ni parce qu'elle refuse de regarder une partie de la réalité en face. Sa brillance est le fruit d'un long travail de soi. Un travail qui n'est pas terminé... et qui, en fait, ne le sera jamais.

« J'ai le bonheur facile, mais j'ai l'inverse aussi. L'adolescence est une période que j'ai mal vécue. J'étais partie en rébellion, en totale révolte devant les injustices, l'incompréhension du monde, l'absence de reconnaissance, de dialogue. J'étais très, très fâchée contre le système. Mais vers mes 20 ans, il y a eu un événement où je me suis promis que je ferais tout pour être heureuse, et que ça m'incombait. C'est-à-dire que s'il y a des choses qui ne me plaisent pas, c'est à moi d'apporter ce que j'ai en moi pour les changer. Je suis passée du rôle de victime à celui d'actrice. C'est véritablement un acte conscient. »

Aujourd'hui, à force d'avoir mis les bons réflexes en pratique, Isabelle Geoffroy peut mieux rebondir devant la grisaille et l'adversité. « Mais il faut d'apprendre à se connaître, savoir ce qui t'appartient ou non, vérifier si tu vis vraiment ton rêve, pas celui de tes parents ni de la société, pour ensuite être libre. »

Il reste que le soir du 13 novembre 2015, alors qu'elle amorçait une tournée de spectacles au Japon avec le spectacle de son album consacré à la Ville Lumière, chanter Paris sera toujours Paris fut loin d'être une évidence. Opter pour le côté lumineux de la vie ne rend pas invulnérable, loin de là.

Partagée entre la colère et la tristesse, constamment questionnée par les médias sur le drame se déroulant dans la capitale française, la Tourangelle d'origine s'est retrouvée avec un poids dont elle se serait bien passée. Même si, le soir de son premier concert, les spectateurs japonais avaient affiché le drapeau français sur leur cellulaire.

« Ce matin-là, je m'étais levée très tôt, à cinq heures et demie, et j'ai tout suivi en direct. Je me disais que ce n'était pas possible, que c'était une blague! Ça m'a donné un coup! Mais j'ai fini par me dire : "Continue de faire ce que tu fais depuis toujours! Apporte de la joie et de la lumière!" Soudainement, mes chansons sur Paris avaient encore plus de valeur. Au contraire, si on tombe dans l'obscurantisme et la peur, on donne raison à ces gens-là. Plus on aura peur, plus on sera divisés et ces gens réussiront leur truc. »

Plus facile à dire qu'à faire, reconnaît-elle. « Mais on est vivant et on est là, et il y a moyen de continuer parce que les choses prennent encore plus de sens. Et il ne faut surtout pas oublier. Parce qu'on a tendance à oublier vite, et c'est ça qui est dommage. »

Le monde en français

Cet hiver, en plus d'avoir repris la tournée sur le territoire français et de visiter le Québec pour trois soirs à la fin de février, Zaz sillonne aussi l'Allemagne, la République tchèque et la Hongrie... Au printemps, ce sera au tour de l'Autriche et de la Russie. Précédemment, elle s'est aussi rendue en Espagne, en Pologne, à Buenos Aires et Sao Paulo. Au Japon, où son album Paris est entré dans le top 10 des meilleures ventes, elle est devenue la première Française à chanter sur l'émission nationale NTV Sukkiri, regardée par 13 millions de téléspectateurs.

Une petite leçon à donner à tous ces jeunes chanteurs francophones qui pensent qu'une carrière internationale ne passe qu'avec l'anglais?

« C'est vrai que ce n'est pas ordinaire. Il n'y a pas eu beaucoup de chanteurs francophones qui marchent comme ça dans le monde. Mais d'une certaine façon, je ne suis pas étonnée, parce que les valeurs que j'exprime résonnent avec un plus grand nombre de personnes. Il n'y a pas que Zaz en tant qu'artiste : il y a aussi Isabelle, les valeurs que je mets en place, les versements aux associations, le projet Zazimut... »

Dans chaque ville où elle donne un concert, Zaz essaie de s'associer à un organisme local qui porte les mêmes valeurs qu'elle : respect de l'humain et de la nature, éducation, etc. L'organisme a droit à un kiosque à côté de celui des produits dérivés.

« Mais au-delà de la langue, je crois qu'il y a aussi une compréhension instinctive. Ça me touche lorsque des gens apprennent le français avec les chansons pour vérifier si l'émotion qu'ils ressentent est cohérente avec ce qui est écrit. Pour le reste, je crois simplement que je ne pourrai jamais exprimer autant d'émotions que dans ma propre langue. »

N'empêche, elle aimerait bien apprendre l'anglais une fois pour toutes en 2016. « Parce que j'ai parfois le sentiment que je perds des rencontres et des échanges, surtout en voyage », dit celle qui, à l'occasion, part encore à l'aventure, sac au dos, avec des potes.

« Ma phrase favorite en voyage est mais qu'est-ce qu'i' dit et ça m'énerve! Je vois surtout l'anglais comme un super outil de communication. On verra, ensuite, si cette langue m'inspire assez pour écrire des chansons. »

Trop de matos

Même si elle habite la ville de Paris depuis six ans, Zaz ne peut pas dire encore qu'elle se sent Parisienne. Celle qui se considère davantage comme une fille de montagnes et une citoyenne du monde a décidé de faire un album en hommage à Paname surtout à la demande d'admirateurs étrangers, qui lui réclamaient un répertoire de vieilles chansons françaises.

« Ce que j'aime de Paris est ce que j'aime des grandes capitales : la vie culturelle très forte et très intense, la présence de nombreux étrangers, l'énergie incroyable, la possibilité de connecter avec les autres et de réaliser plein de trucs si on a la jugeote et l'audace de le faire... »

Concrétiser l'album Paris dans une facture jazz lui permettait aussi de réaliser un rêve : travailler avec le célèbre réalisateur et producteur Quincy Jones, qui a dans son c.v. l'album le plus vendu de tous les temps (Thriller de Michael Jackson).

« Quincy connaît très bien la France : il a déjà été directeur musical pour Barclay, il a plein d'amis ici, dont Aznavour... Il était très, très content de revenir. C'est un projet qui s'est emballé super vite, avec tellement d'enthousiasme que je ne pouvais pas passer à côté. »

Le spectacle qu'elle vient présenter au Québec n'est pas le même de sa tournée actuelle en Europe. C'est plutôt la reprise, en formule jazz et réduite (« seulement » sept musiciens, dit-elle), d'un spectacle promené l'été dernier, avec les pièces de son plus récent album ainsi que quelques chansons des deux premiers.

« On ne pouvait pas apporter le spectacle actuel parce qu'il y a trop de matos [équipement]. Mais j'espère qu'on pourra plus tard. »

Sinon, il y aura le CD avec DVD Zaz sur la route qui sortira le 12 février prochain.

Pour Zaz, l'optimisme ne rime pas avec insouciance. Encore moins... (Yann Orhan) - image 2.0

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Yann Orhan

La surprise de Marc

La visite de Zaz au Québec en décembre pour participer à la spéciale du jour de l'An d'En direct de l'univers fut très brève mais très chaleureuse. Étourdie par toute l'effervescence et le fourmillement du plateau de télé, après avoir chanté On ira et Champs-Élysées, la chanteuse a quand même eu le temps de dire bonjour à Marc Labrèche, celui dont elle était la surprise, et a pu visionner le résultat final après coup, l'équipe de France Beaudoin lui ayant fait parvenir une copie de l'émission.

« L'accueil était hallucinant! Les gens étaient super contents qu'on soit là, remplis de bienveillance et de bons sentiments, et on sentait que c'était sincère. Un pur bonheur, quoi! Ça m'a fait rire aussi, parce qu'on n'a pas ce genre d'émission en France, cette proximité avec la tradition et les vieilles chansons, mais justement, j'ai trouvé ça vivant, authentique, pas du tout mécanique. »

Hommage à Balavoine

Zaz le confirme : dans le spectacle qu'elle présentera au Québec, elle insérera sa version de Tous les cris, les SOS, la chanson de Daniel Balavoine qu'elle interprète sur l'album qui vient de paraître en hommage au défunt chanteur français, disparu il y a 30 ans dans un accident d'hélicoptère au Mali.

« J'ai choisi celle-là parce que c'est une chanson que j'adore, qu'elle est encore d'actualité, et tant mieux si je peux faire connaître cet artiste à une nouvelle génération. Même si c'est encore un album de reprises, je n'allais pas me priver de ce plaisir. »

On l'a informée du très grand succès remporté ici en 1988 par la version de Marie-Denise Pelletier, tellement que la plupart des Québécois ignorent même qu'il s'agit d'une chanson de Balavoine.

« Balavoine était un chanteur engagé. Il a dit des trucs qui sont en train d'arriver. Ses chansons sont difficiles, car elles sont très intenses et qu'elles montent très haut. Mais les textes ont beaucoup de sens, de justesse et de profondeur. Elles unissent les gens et font du bien... et c'est ce que j'aime faire. »

Vous voulez y aller?

Zaz

Jeudi 25 février, 20 h

Théâtre Granada

Entrée : 49,50 $

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