Véronique Grenier: l'amour dévastation

Véronique Grenier publie un premier roman et s'éloigne... (Spectre Média, René Marquis)

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Véronique Grenier publie un premier roman et s'éloigne de l'habituelle niche qui est la sienne. Accoutumée à de se dévoiler un peu, beaucoup et intensément dans ses billets de blogue (Les p'tits pis moé) autant que dans ses chroniques (Urbania et, auparavant, La Nouvelle), l'auteure sherbrookoise embrasse ici la fiction. Récit en fragments, Hiroshimoi raconte l'histoire d'amour en dents de scie d'un couple pour qui le « nous » est impossible à vivre au grand jour.

Spectre Média, René Marquis

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbroke) Dans les billets de son blogue Les p'tits pis moé tout autant que dans les chro-niques qu'elle a signées pour La Nouvelle de Sherbrooke et Urbania, Véronique Grenier a mis tripes sur table. Elle s'est racontée beaucoup, beaucoup. Sans se ménager, sans faire de cachettes, sans enjoliver le réel. Sans tabou, jamais.

Cette fois, c'est différent. L'auteure sherbrookoise bascule du côté de la fiction. Hiroshimoi, son premier livre, est un récit en fragments à propos d'une histoire d'amour compliquée.

« C'est rare que je me permets d'inventer. J'avais des carnets, des papiers, ça s'est écrit en cinq jours. Comme un déversement. J'avais l'impression de tenir quelque chose, mais je ne savais pas c'était quoi. Je l'ai fait lire à deux, trois personnes. »

Ces premiers regards ont confirmé l'intuition : les pages avaient de la portée. Aux Éditions de Ta Mère, on a accueilli avec enthousiasme le manuscrit de celle qui enseigne aussi la philosophie au Cégep de Sherbrooke.

« J'aime l'esthétisme de cette maison d'édition avec laquelle c'était vraiment agréable de collaborer. J'ai bougé quelques segments, mais sinon, tout s'est fait assez rapidement. »

Le bouquin se lit aussi d'une traite. Avec un titre comme Hiroshimoi, on ne peut pas se méprendre, le clin d'oeil est là. Tout de suite on pense à Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras.

« Tout est dans cette citation : Tu me tues, tu me fais du bien », résume l'écrivaine qui, dans sa plaquette de 65 pages, nous plonge dans l'amour sans dentelle.

L'amour qui déchire, celui sur lequel on se brûle les ailes et on se râpe le coeur. Il y a toutes ces promesses de mieux qui restent sans avenir. Il y a surtout cette histoire au nous impossible, même s'il est pourtant ardemment désiré. Dans tout le récit, pas de noms. Un Il, un Elle, ici racontés au je et au tu.

Éclatements inévitables

Lui est déjà en couple, mais présent plus souvent qu'à son tour dans la vie de la narratrice. Elle, elle aime éperdument, en dépit de la souffrance que génère l'absence répétée de son aimé. Elle ne récolte que des miettes, mais s'en contente pourtant. Les éclatements inévitables ne changent rien : le besoin de l'autre est toujours plus grand que tout le reste.

On pourrait résumer grossièrement en disant que c'est la relation secrète qu'entretient une maîtresse avec son amant engagé ailleurs, au grand jour, avec une autre.

« C'est plutôt un regard sur une relation entre deux personnes qui sont amoureuses alors qu'elles ne le devraient pas », nuance l'auteure, qui souhaitait raconter une histoire où l'émotion prend le pas sur tout le reste, une histoire où « l'autre devient ta géolocalisation ».

« J'avais envie de parler de ces moments-là qui nous dépossèdent, lorsqu'on a l'impression d'être autre que soi en même temps que tellement, tellement soi. J'avais le goût d'écrire sur cette crainte de la fin qui est dévastatrice parce que les émotions sont si fortes qu'elles balaient tout le reste. J'avais l'idée d'aborder la force des sentiments qui fait que, même si tu sais qu'une relation peut te détruire, tu restes dedans. »

Au fil des pages, elle campe des moments, insiste sur de petits détails qui révèlent néanmoins beaucoup de choses.

« L'ordinaire, j'aime ça. Dans tout ce que ça a de beau, dans tout ce que ça a de dévastateur. Tout est dans les détails. »

Livre rêvé

Celle qui s'est beaucoup fait connaître à travers le web savoure le passage au livre relié. Parce que c'est un rêve de petite fille. Et parce qu'un livre, ce n'est pas pareil.

« Le web, ça se consomme vite. Un livre, on le choisit, on l'achète, on prend le temps de le lire. »

Son écriture, elle, diffère de celle que les lecteurs ont pu découvrir en ligne.

« J'ai l'impression que c'est le point de jonction entre ce que j'écrivais avant, qui était plus littéraire, et ce que j'ai écrit sur le blogue, très près de l'oralité. »

Soit. Reste le trait commun, le trait d'union : qu'elle patauge dans la fiction ou qu'elle raconte des pans de sa vie à elle, Véronique Grenier ne craint pas les tabous, les sujets épineux, les sentiments troubles.

Des projets, des projets...

À peu près toutes les cases du calendrier de Véronique Grenier sont noircies d'activités et d'engagements. Ici, elle tourne des capsules web pour La Gazette des femmes. Là (le 22 février), elle va jaser féminisme lors d'une conférence à l'Université. « Il y a des choses dont je ne peux pas parler encore, et d'autres projets d'écriture, aussi », dit celle qui, à travers tout ça, continue d'écrire pour Urbania, d'enseigner au Cégep de Sherbrooke à temps plein et de prendre soin de ses deux enfants.

« C'est un casse-tête d'agenda, mais c'est formidable. Maintenant, j'ai les moyens de mes idées, j'ai la chance de collaborer avec plein de monde extraordinaire. J'ai été portée par des gens qui ont cru en moi, qui m'ont donné un porte-voix, comme Sonia Bolduc à La Nouvelle. Ces gens-là, je leur dois beaucoup. »

Le 11 mars, la pièce de théâtre qu'elle a écrite, Moé pis toé, sera de nouveau présentée à Sherbrooke, à la Salle du Parvis de Sherbrooke, pour souligner la Journée internationale de la femme. Même version, même distribution que lors de la création originale, en juin dernier. Une joie pour son auteure : « Lorsqu'elle a été jouée à Montréal par l'Absolu Théâtre, au Festival Fringe, ça s'est vraiment super bien passé. Ici, on avait seulement présenté la mise en lecture du texte, alors je suis contente qu'on la repasse dans le coin. »

La représentation débutera à 19 h 30, les billets sont en vente au coût de 12 $.

Vous voulez y aller?

Lancement de Hiroshimoi

Véronique Grenier

Éditions de Ta Mère

Mardi 9 février, 19 h

Taverne O Chevreuil de Sherbrooke

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