Mathieu K. Blais: le feu de chaque matin

« La routine, c'est le prix à payer pour... (Spectre Média, René Marquis)

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« La routine, c'est le prix à payer pour vivre en Occident. Elle me pèse, en même temps qu'elle est un mal nécessaire », explique Mathieu K. Blais à propos de son premier recueil de poésie, Tabloïd, paru aux éditions du Quartanier.

Spectre Média, René Marquis

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Le quotidien est pétri de recommencements. Chaque matin, c'est le retour du même, de l'attendu, de l'obligé. Chaque matin, il faut redémarrer la machine. Chaque matin, l'habitude guide les gestes, dicte la direction.

Chaque matin. Les deux mots sont pesés et appuyés. Parce qu'ils sont la locomotive de chacun des poèmes de Tabloïd, premier recueil du Sherbrookois Mathieu K. Blais. L'amorce donne le ton et le sujet. Le carcan du quotidien est le fil conducteur du florilège de textes poétiques. Tous, ils commencent par : chaque matin. Comme des instantanés croqués avec un Polaroid, ils décrivent la routine dans ce qu'elle a de désespérant et d'aliénant, ils insistent sur la répétition qui use, ils cristallisent la tyrannie du quotidien.

« La routine, c'est le prix à payer pour vivre en Occident. Elle me pèse, en même temps qu'elle est un mal nécessaire. Quand je m'en éloigne trop, je deviens un peu anxieux. Mais à l'inverse, à trop se coller aux petites habitudes, on verse dans l'automatisme robotisé. »

Petit paradoxe : c'est la routine qui a permis à Mathieu K. Blais de livrer ce premier recueil. Papa de deux enfants, il trouvait le temps d'écrire avant le lever de tous. Chacune de ses journées commençait par une séance d'écriture. Dans le calme des premières heures, sur le bois de la table de cuisine, il noircissait des pages. Parfois, il écrivait aussi dans le bourdonnement matinal d'un café de quartier.

« L'écriture, je l'aborde vraiment comme un travail. »

Avec ce que ça veut dire d'efforts et de temps consentis.

D'une page à une autre, on sent le temps défiler, le passage des mois et des saisons, la petite vie dans ce qu'elle a de plus commun. Le gazon à couper, la fenêtre ouverte sur un horizon autre, la vaisselle dans l'évier, le premier café, l'odeur des rôties, le pare-brise à dégivrer, les restants de la veille, la neige à pelleter, la petite marche après le souper : autant d'éléments qui font image. Tout ça campe un rythme, un langage.

« Il y a une histoire qui se raconte, quelque chose de très narratif dans la mise en recueil. Même si le personnage n'a pas de nom, on entre dans sa vie, dans son univers. »

Au passage, on croise sa voisine sans jamais la voir.

« J'ai longtemps habité la rue Wellington, dans l'un de ces appartements mal insonorisés où on entend les autres locataires se brosser les dents tellement les murs sont en papier. Cette fausse proximité, ces autres qu'on entend vivre sans jamais les connaître, c'est un peu ce qu'imagent les poèmes dans lesquels il y a voisine. »

Il y a aussi du cynisme, ont remarqué certains lecteurs.  

« Disons un humour un peu désespéré. Un rire jaune », acquiesce l'auteur, qui enseigne la littérature au Cégep de Sherbrooke.  

Lettres et criminologie

Celui qui, il y a quelques années, a cofondé la troupe de théâtre L'Abattoir et animé moult soirées de lecture au Téléphone rouge (au sein du trio Les suspects de service) pourrait, dans le futur, être tenté par d'autres avenues d'écriture. Il aime créer. De tout. Dans ses carnets, il y a de la poésie, mais pas que.

« Maintenant, à 38 ans, je pense que le genre poétique est peut-être celui que je maîtrise le mieux, mais j'écris aussi de la prose. J'ai plein de maquettes, beaucoup d'idées. Pour moi, le sujet commande le genre littéraire. »

On n'est pas surpris de se faire raconter que l'auteur avait le monde des lettres dans sa mire depuis l'adolescence. Là où on s'étonne, c'est lorsqu'on apprend qu'il a fait un crochet en criminologie avant de réaliser sa maîtrise en études françaises.

« C'était un baccalauréat fascinant. J'ai fait un stage et j'ai travaillé dans ce domaine, mais sur le terrain, j'ai réalisé que ce n'était pas pour moi. Je voyais d'autres intervenants aller et je les trouvais vraiment bons. Ils avaient l'âme missionnaire. Moi, non. »

Lui, son feu sacré était ailleurs. Il avait cette envie d'écrire. Il l'a encore. Chaque matin.

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Tabloïd

Mathieu K. Blais

POÉSIE

Le Quartanier

107 pages

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