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Chilly Gonzales : le retour du pianiste prodigue

Après un long exil de 18 ans, le... (Photo Alexandre Isard)

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Après un long exil de 18 ans, le pianiste Chilly Gonzales, ce collaborateur des Daft Punk, Feist et Drake, s'apprête à prendre une année sabbatique dans son Québec natal.

Photo Alexandre Isard

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(QUÉBEC) Chilly Gonzales rentre au bercail. Après un long exil de 18 ans, ce collaborateur des Daft Punk, Feist et autres Drake s'apprête à prendre une année sabbatique dans son Québec natal. Mais avant, l'artiste qui aime autant le rap que la musique classique se permet un dernier tour de piste autour du piano, l'instrument qu'il démocratise avec humour et esprit. Entretien avec celui qui est né Jason Beck.

Chilly Gonzales est le personnage que vous avez créé, il y a une quinzaine d'années. Sous ce nom, vous montez sur scène en robe de chambre et vous êtes allé jusqu'à vous autoproclamer génie musical. Vous avez toutefois rectifié le tir avec la chanson (Not a) Musical Genius... Parlez-moi de l'importance de ce personnage.

Dans les paroles de la chanson, je dis que j'ai menti. Même moi, je ne comprenais pas trop pourquoi [je m'étais autoproclamé génie de la musique]. C'est avec le recul que j'ai compris que c'était mon fantasme. Je n'ai jamais fait le rapprochement entre le fait qu'à mes débuts, en 2000, 2001, 2002, c'était important que je me perde

dans le personnage de Chilly Gonzales. J'ai voulu me perdre dans ce personnage parce que j'ai voulu incarner un fantasme. Et je savais que lorsqu'on montre les fantasmes, il y a un autre niveau d'intimité qu'on crée avec le public. Il y a souvent des musiciens qui disent : « Je suis authentique, donc je ne prends pas de personnage quand je monte sur scène. » Je peux respecter ça, mais ils passent à côté de l'intimité. Quand on se protège de nos fantasmes, on est un peu dans une réalité mondaine, sans sa contrepartie.

Génie ou non, vous continuez à faire appel à ce personnage. C'est lui qui vous fait avancer?

Quand le microphone est là, quand la caméra tourne, que le public est là, je le suis, je me perds dedans de nouveau. Mais c'est moins extrême que lorsque j'ai commencé, où je voulais être Chilly Gonzales 24 heures sur 24. Il y a des moments pour être moi dans la vie, où je comprends que je ne suis pas un génie musical, et il y a des moments où ça continue

de me donner un feu dans le ventre, l'oeil du tigre et une érection musicale géante! Toujours! Mais il y a un moment pour ça maintenant. Je comprends qu'il faut les deux : la réalité, le fantasme.

Vous avez fait une série de vidéoclips de classes de maître, diffusés dans le web où vous analysez la musique pop à la lumière du classique. Nicki Minaj, Taylor Swift ou Lana Del Rey peuvent ainsi se retrouver aux côtés de Mozart et Pachelbel... Que voulez-vous montrer?

J'essaie de montrer quels sont les outils qu'utilisent les artistes pour leur tube de pop. S'ils utilisent un arpège, par exemple, je vais montrer l'arpège qui date de 1600 quelque chose, sur lequel le jazz, le rock et la pop sont passés auparavant. Oui, on utilise un sampler, c'est nouveau sur le plan culturel, mais on n'a pas réinventé les outils musicaux chaque fois avec les styles de musique. En étant humaniste musical, j'essaie de montrer ces connexions.

Outre les classes de maître, il y a, avec votre récent album, Chambers, un commentaire du compositeur, où vous expliquez votre travail. Vous avez aussi fait Re-Introduction Etudes, un livre destiné à ceux qui veulent réapprendre à jouer du piano. Est-ce qu'il y aurait un professeur en vous, qui avez pourtant été un décrocheur du conservatoire?

Justement, c'est le fait que j'ai été un drop-out et que j'ai poursuivi mes fantasmes de devenir une créature de la pop qui fait peut-être que les gens vont m'écouter plus que quelqu'un qui vit dans une tour d'ivoire. Je suis bien placé pour inspirer et inclure les gens. Maintenant, pour ce qui est d'être professeur, j'ai trop de problèmes avec l'autorité pour dire que je suis leur professeur!

Qu'est-ce qui vous a convaincu de revenir au Québec pour passer une année sabbatique?

Le Canada me manque, ma ville natale [Montréal] me manque, j'ai des amis qui me manquent. Ça fait 18 ans que je n'ai pas vécu au Canada, je suis parti pour des raisons de carrière. Mais je comprends que je dois aller dans le même lieu où j'ai grandi, où je suis tombé amoureux de la musique, où j'ai fait mes études de musique, à McGill. Il faut que je sois plus proche de ça. L'Europe m'a donné ma carrière et j'en suis très reconnaissant. J'adore l'Allemagne, pour plein de raisons. La France moins, mais l'Europe est devenue la scène pour moi. C'est là où j'ai commencé. Je parle de la musique qui est née en Europe et de ce qu'elle est devenue, après avoir dominé pendant des centaines d'années : la musique classique. Et pourquoi on a l'impression que c'est mort. Je ne crois pas que c'est mort, mais c'est en danger de mourir. Pourquoi? C'est une question qui résonne de manière très forte quand je donne mes concerts ici [en Europe]. Ça résonne moins fort aux États-Unis. Mais au Canada, vu que je suis du Canada, j'arrive à articuler ma vision.

Vous voulez y aller

Chilly Gonzales

Jeudi 11 février, 20 h

Théâtre Granada

Entrée : 39 $

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