Pierre Flynn: les voyages immobiles

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Spectre Média, Jessica Garneau

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) En décembre dernier, quand les critiques culturels ont fait la liste de leurs galettes coups de coeur de 2015, celle de Pierre Flynn s'est retrouvée dans le peloton de tête et dans le top cinq de nombreuses fois. En résumé : elle a fait l'unanimité.

Pareille bordée d'éloges, ça produit son effet. « Ça fait du bien à l'égo, disons », confirme celui qui n'avait pas commis d'album de chansons originales depuis 14 ans. Autant dire une éternité, dans le monde de la musique. La lenteur ne fait manifestement pas peur au brodeur de chansons. Il n'en est pas moins fasciné par le temps qui passe, un thème qui se déploie de diffé-rentes façons dans son nouveau bouquet de compositions.

« Le temps, c'est mystérieux, élastique, sournois. C'est un ennemi et un ami tout à la fois. C'est ce qui nous ancre dans le présent, dans notre humanité. On sait qu'on est de passage, que notre vie n'est pas éternelle, qu'elle est précieuse parce qu'il y aura une fin. »

Chaque grain qui s'échappe du sablier nous rapproche de la dernière seconde. Mais il polit aussi notre présent, l'ennoblit, d'une certaine façon.

« Il n'y a pas que des désavantages au fait de vieillir. La vie fait son oeuvre. J'ai l'impression que ma voix véhicule plus de choses qu'il y a 25 ans. Qu'elle est capable d'exprimer davantage, avec des nuances autres. »

Voir loin

Son regard, lui, a toujours porté loin. « Il y a de grandes périodes de silence entre mes essais d'écriture. Je suis un observateur. Je voyage sans avoir à aller bien loin. »

Ses textes sont donc ancrés dans les lieux et dans le mouvement. New York, l'Abitibi, Mogador, le train, le bateau, la montagne et l'immensité du ciel se voisinent dans son opus. Il y a de l'infini, de l'horizon lointain, des parfums de ville dans ses paroles. Il y a aussi cette préoccupation franche de ce que devient le monde, de ce que c'est, la vie sur terre, ici et maintenant. Les perspectives ont déjà été plus lumineuses.

Le mur vers lequel on fonce collectivement, est-ce un peu ça qu'évoque la toute dernière chanson du disque, Capitaine, Ô Capitaine?

« Je n'ai pas décanté encore toute la signification de cette chanson-là. Elle est arrivée en dernier. J'avais la musique. Le Capitaine, Ô Capitaine m'est venu. C'est parti de là. Mais le mur... oui, ça me préoccupe. L'avenir incertain, ce qu'on laisse à nos enfants, nos petits-enfants, ceux qui suivront. Ces temps-ci, je regarde les nouvelles épidémies, tout ce qui se dessine, tout ce qui nous divise. On espère encore qu'on va reculer, on se dit tout le temps que ce n'est pas si mal. La vérité, c'est que je ne vois pas comment on pourra renverser la vapeur. Je ne suis pas un jovialiste. Et pourtant, on n'a pas le choix d'essayer, de verser du côté de l'espoir. Sinon, à quoi bon? Si on n'embrasse pas l'optimisme, on cesse d'essayer de faire en sorte que les choses aillent bien », dit celui qui a pondu plusieurs de ses 11 neuves chansons à l'ombre de la montagne, dans le coin de Owl's Head, où sa soeur a un chalet.

« Elle n'y était pas la semaine, alors moi, je m'y rendais pour écrire. La montagne du hibou, dans Le dernier homme, c'est pour ça. »

Les références aux lieux sont nombreuses, on l'a dit. Les clins d'oeil qu'il fait aux siens aussi.

« J'avais envie de parler de ce qui compte, sans entrer dans la confession, en restant universel, en ne voulant pas perdre le fil de la beauté du monde. C'est assez simple, en fait : j'ai fait le tour de mon jardin pour parler de la condition humaine. »

Concert de Pierre Flynn au Club Soda de... (La Presse, Bernard Brault) - image 2.0

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Concert de Pierre Flynn au Club Soda de Montréal en novembre dernier.

La Presse, Bernard Brault

Sur la terre, sur scène

sherbrooke - Une tournée avec les Mountain Daisies, le beau bateau des 12 hommes rapaillés et la comédie musicale Dracula, il y a déjà quelques saisons, ont gardé Pierre Flynn en contact avec la scène. Mais il y avait un bail qu'il n'avait pas promené ses chansons à lui avec un groupe de musiciens.

« J'ai fait beaucoup de shows en solo, formule piano-voix. J'ai appris. En étant seul, on est davantage exposé, plus vulnérable. On se présente sans filet. Ça oblige à être très présent. À nourrir cette proximité avec les gens. Je vais essayer de garder cet aspect-là, mais c'est un réel plaisir de me retrouver à nouveau sur une scène avec des musiciens. Et ils sont tellement bons! »

Ils sont pleins de ressources, aussi.

Les suggestions des uns et des autres ont pesé dans la balance. Elles ont permis d'habiller autrement certaines chansons, de leur donner une saveur autre.

« Ce sont trois têtes fortes. Ils m'arrivent avec plein d'idées. Je dois faiblir, je les écoute! Non, sérieusement, je me trouve chanceux de les avoir. J'étais presque surpris qu'ils soient tous dispo. »

L'équipée compte le guitariste André Papanicolaou, le batteur José Major et le bassiste Mario Légaré, ami des débuts, complice musical depuis le temps rock d'Octobre. « C'est un bon gars, mais un maudit bon musicien aussi. Il a un groove qui n'appartient qu'à lui. »

Les guitares, présentes, donnent le ton au tour de chant.

« Il y a une portion un peu plus ''feu de camp'' pendant laquelle on descend de nos grands chevaux rocks. Mais sinon, ça commence avec de la guitare, ça finit avec de la guitare. »

Peut-être parce que la plupart des chansons ont été écrites avec une six cordes.

« Ça me sortait de mon univers habituel, qui tourne davantage autour du piano », dit celui qui s'est adjoint le regard de Michel Faubert pour mettre le disque en scène et créer un fil conducteur.

« Habituellement, un spectacle est bâti comme une montée. Avec Michel, c'est un peu différent. Il n'aime pas ce qui est trop évident, ce qui est attendu. Il crée des vagues, il amène les artistes à dépasser leurs insécurités. »

Quand arrive le soir du show, il ne reste plus grand trac à traquer : « Un spectacle, pour moi, c'est un moment qu'on passe ensemble. Un instant partagé. Un bonheur. »

Et un moment où laisser le bon temps rouler. karine tremblay

Chansons racontées en quatre temps

Le temps d'avant

Duparquet

« Ma mère me parlait parfois de Duparquet. C'était toujours un peu romanesque. Un beau jour, j'ai mis un magnéto sur la table et je lui ai demandé de raconter. Pendant deux heures et demie, elle a relaté des souvenirs. Ça me fascine, ce côté boomtown western du Québec. Gilles Carle l'a un peu évoqué dans certains de ses films, ce Far West du Québec. Dans les années 20 et 30, l'Abitibi se développait, c'était toute une époque! Ma grand-mère est partie vivre à New York dans les années 20, avant de venir s'établir en Abitibi. C'est fou! C'est quelque chose qu'on connait peu des générations qui nous ont précédés, la vie nomade qu'ils ont eue, très aventurière par moments. »

Le temps, autrement

L'accompli et l'inaccompli

 « J'ai séjourné chez un ami qui vivait au Maroc depuis quelques années. Sa fille fréquentait l'école française, mais elle apprenait aussi l'arabe. Un soir, elle est revenue en expliquant que le passé, le présent et le futur n'existaient pas dans la conjugaison arabe, que le temps était divisé selon ce qui était accompli et ce qui était inaccompli. J'ai trouvé le concept fascinant. Il y a eu un déclic, il y a eu cette chanson. »

Le temps à venir

Si loin, si proche

« Cette chanson s'adresse à ma fille, qui avait 20 ans lorsque je l'ai écrite. C'est un peu la suite à Ma petite guerrière, que j'avais glissée sur Mirador. J'y repose la même question, différemment : quel monde sera le sien? »

Le temps qui défile

24 secondes

Impossible à manquer : il y a un clin d'oeil à la chanson En cavale dans 24 secondes : « Tout à fait. Parce qu'il est question de la même personne. Et de toutes ces années qu'on a passées ensemble. »

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